Et si les déchets nucléaires produisaient de l’hydrogène ?
Des chercheurs viennent de montrer que certains déchets radioactifs, au lieu d’être simplement enfouis pour des milliers d’années, pourraient servir à produire de l’hydrogène. L’idée serait de se servir de leur radioactivité elle-même, pour accélérer une réaction chimique vieille comme le monde : la séparation des molécules d’eau en hydrogène et oxygène.
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Des chercheurs proposent de profiter de la radioactivité de nos déchets nucléaires pour faire de l’hydrogène
Quand on pense “déchet nucléaire”, on pense logiquement à une source d’ennuis présents et futurs. Une « honte » qu’il faudrait enterrer dans des tunnels sans fin, en espérant être en capacité de régler le problème plus tard.
Des scientifiques de l’université de Sharjah, aux Émirats arabes unis, ont décidé de poser une question différente :
« Si cette radioactivité qu’on redoute tant pouvait encore servir à quelque chose ? »
Le résultat de leur travail a été publié dans la revue Nuclear Engineering and Design.
De l’eau, des atomes instables et une réaction qui s’accélère
Le principe est finalement assez simple :
Des atomes instables libèrent de l’énergie qui est canaliée pour casser les molécules d’eau. Une fois cassées, il reste d’un côté l’oxygène, de l’autre, l’hydrogène. Et cet hydrogène peut être stocké, utilisé, ou converti en électricité.
Avec la méthode classique (l’électrolyse), il faut beaucoup d’électricité, et un bon catalyseur.
Mais dans les méthodes décrites par les chercheurs, la radioactivité joue elle-même le rôle de catalyseur ou d’accélérateur.
Résultat ? Dans certains cas, la production d’hydrogène est multipliée par dix.
Par douze, même, si on ajoute un peu d’acide formique à la solution, selon les calculs les plus récents.
Valoriser ce qu’on ne voulait plus voir
Ce qui rend cette piste intéressante, c’est sa logique presque inversée.
On ne cherche pas à éliminer les déchets, ni à les neutraliser. On les réintègre dans un cycle en leur donnant une dernière utilité, exploitant leur rayonnement, sans les transformer ni les brûler.
Cela ne signifie pas que ces déchets deviennent inoffensifs pour autant. Il ne s’agit pas d’un recyclage miraculeux mais si une partie de leur énergie pouvait encore servir, on éviterait peut-être de les stocker pour rien.
Des techniques déjà identifiées, mais encore peu explorées
La publication ne parle pas d’un seul procédé, mais d’un ensemble de méthodes.
Parmi elles :
- l’électrolyse assistée par rayonnement, où l’eau est décomposée grâce aux rayonnements ionisants ;
- la catalyse à l’uranium, qui remplace les métaux rares et coûteux utilisés habituellement dans les électrolyseurs ;
- le reformage du méthane, dans lequel la radioactivité améliore la conversion du gaz en hydrogène ;
- ou encore la radiolyse, une technique plus ancienne, revisitée avec des paramètres nouveaux.
Certaines de ces méthodes ne sont encore qu’au stade des modèles.
D’autres ont été testées en conditions réelles, mais avec des sources de radiation « simulées », car la réglementation actuelle interdit l’usage direct de déchets nucléaires en laboratoire.
C’est d’ailleurs l’un des points soulevés par les auteurs : les règles de sécurité, bien que nécessaires, ralentissent fortement l’innovation dans ce domaine.
Une demande d’hydrogène en pleine explosion
Aujourd’hui, la planète consomme plus de 90 millions de tonnes d’hydrogène chaque année, principalement pour le raffinage du pétrole et la production d’ammoniac. Cette production repose encore à 95 % sur des procédés fossiles, fortement émetteurs de CO₂.
Le Graal souhaité par le monde entier est ainsi le fameux « hydrogène vert », fabriqué à partir d’énergies renouvelables.
D’ici 2050, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale pourrait doubler ou tripler, tirée par l’industrie lourde, le transport maritime, la sidérurgie, ou la production d’électricité en complément des énergies renouvelables.
Le marché global de l’hydrogène bas-carbone, toutes applications confondues, est évalué à plus de 600 milliards d’euros par an à horizon 2050. En retenant un prix moyen de 2 euros par kilogramme, cela représenterait un marché annuel d’environ 1 320 milliards d’euros. Autrement dit, l’hydrogène pourrait devenir l’un des plus grands marchés énergétiques mondiaux d’ici une génération.
Dans ce contexte, chaque nouvelle méthode de production, surtout si elle valorise un flux déjà existant, comme les déchets radioactifs, mérite d’être explorée avec sérieux.
Non pas pour tout remplacer, mais pour diversifier les solutions, et élargir l’éventail des possibles.
Un potentiel réel, des limites bien identifiées
Les chercheurs ne promettent pas une révolution pour demain matin.
Ils soulignent eux-mêmes les obstacles :
- la réglementation stricte,
- les risques de contamination,
- la difficulté à tester certains procédés à grande échelle.
Mais ils posent une question simple, qui mérite d’être reprise ailleurs :
avons-nous vraiment tout essayé pour tirer quelque chose de nos déchets ?
Source :
Nuclear waste for hydrogen production: methods, advantages, and future perspectives,
Nuclear Engineering and Design (en français : « Déchets nucléaires pour la production d’hydrogène : méthodes, avantages et perspectives futures »),
Shatha Alyazouri, Muhammad Zubair,
Journal Nuclear Engineering and Design,
Volume 445,
Année 2025,
Article n°114511,
ISSN 0029-5493,
https://doi.org/10.1016/j.nucengdes.2025.114511
Données sur la consommation actuelle d’hydrogène
Agence internationale de l’énergie (AIE / IEA)
Rapport “Global Hydrogen Review 2023”
Environ 94 millions de tonnes d’hydrogène consommées en 2022, dont 95 % issues de sources fossiles (vaporeformage de gaz naturel notamment).
🔗 Source officielle : iea.org/reports/global-hydrogen-review-2023
Projections à horizon 2050
Hydrogen Council / McKinsey & Company
Rapport : “Hydrogen Insights 2021”
La demande mondiale pourrait atteindre 660 millions de tonnes d’ici 2050, selon les scénarios de neutralité carbone.
🔗 Source : hydrogencouncil.com
Image : Maquette de conteneur de déchets nucléaires au Deutsches Museum.





Alors, non, les déchets nucléaires ne sont pas “une source d’ennuis présent et futur” et encore moins une “honte de l’humanité” (Jugement de valeur absurde sur un aspect technique).
Ces déchets doivent simplement suivre une procédure sécurisée normale et parfaitement maîtrisée.
Pour l’avenir les zones de stockage sont évidemment marquées et on ne risque pas de manquer d’endroit avant très longtemps étant donné la longue vie des cellules de carburant.
L’énergie nucléaire est la plus abondante, efficace, sûre et décarbonnée qui existe.
Ça serait bien de tourner la page sur la stigmatisation du nucléaire, on n’est plus en Allemagne des années 70.
Hors mis les quelques erreurs graves qui on causé des accidents de centrales, les procédures de sécurité et la qualification des employés des centrales sont tellement élevés qu’elles font pâlir les centrales à charbon.