Des scientifiques français dévoilent la loi universelle de la casse.
Ce traumatisme, tous les Français l’ont vécu au moins une fois. Vous êtes en retard pour le travail le matin, vous voulez attraper la bouteille de lait pour vous servir rapidement un café au lait avant de partir et… patatra ! Le pot de moutarde que vous n’aviez pas vu qui tombe et se brise avec fracas en une chaotique nuée d’éclats de verre.
Cela n’apaisera sans doute pas votre douleur mais si on vous disait qu’il existe désormais une méthode pour prédire comment ce pot de moutarde va se briser sur le sol ?
Car sous ce chaos apparent, une équipe française vient de démontrer qu’il existe bel et bien une loi mathématique universelle qui dicterait comment les choses se brisent du verre aux bulles, en passant par les liquides !
Lire aussi :
- Nouveau record battu par les Américains avec le plus puissant ordinateur du monde sur une simulation de dynamique de fluides
- Le « roi des métaux » a été malmené comme jamais auparavant pour révéler son dernier secret lors d’une expérience scientifique à un térapascal de pression
Et si casser un objet, c’était moins chaotique qu’il n’y paraît ?
C’est Emmanuel Villermaux, chercheur à l’Université d’Aix-Marseille et à l’Institut Universitaire de France, qui a mis le doigt sur cette étonnante régularité. En observant des dizaines d’expériences : depuis des bouteilles explosées jusqu’aux gouttes d’eau éclatant sur une plaque chaude, il a compris que même le désordre a ses lois.
En deux mots : Quand un objet casse, il tend vers la configuration la plus désordonnée possible.
Un peu comme si la nature cherchait à produire le maximum de bazar… tout en respectant des limites très précises. Car il ne s’agit pas non plus d’un capharnaüm total : le volume total est conservé, et cette contrainte suffit à structurer le désordre.
Vous allez voir, c’est plus simple qu’il n’y parait.
Une balance invisible entre gros et petits morceaux
Le principe est simple et puissant : plus il y a de petits fragments, moins il reste de matière pour former les gros… et vice versa. Cette balance naturelle, Villermaux en a fait une loi mathématique qui permet de prédire, dans de nombreux cas, la taille des fragments après rupture. Le tout repose sur deux piliers :
- Le hasard maximal, c’est-à-dire que la fragmentation se fait de la manière la plus irrégulière possible.
- Une loi de conservation du volume et des contraintes physiques, déjà identifiée dans des travaux antérieurs.
Comme souvent en physique, c’est la combinaison des deux qui donne naissance à une régularité… même dans l’irrégulier !
Le chercheur l’a ainsi résumé :
« Une contrainte cinématique appliquée à un principe de hasard maximal permet de déduire à la fois la forme en loi de puissance de la distribution des tailles de fragments et la valeur de son exposant, qui dépend de la dimension. »
Expérience maison : quand un sucre en morceaux prouve la théorie
Pour valider son intuition, Villermaux n’a pas sorti un laser ultra-puissant ou un microscope à électrons. Il a simplement écrasé des morceaux de sucre. Il a ensuite compté les tailles des grains obtenus.
Sa loi a prédit précisément la répartition des tailles, en tenant compte de la forme du sucre initial !
Ce qui est encore plus frappant, c’est que cette loi fonctionne aussi bien pour des solides cassants (verre, sucre, pierre) que pour des liquides (comme une goutte d’huile explosant en microgouttelettes) ou même des bulles d’air. Autrement dit : ce n’est pas la matière qui dicte les morceaux, mais les règles profondes de la physique.
Où la loi ne marche pas (et pourquoi c’est passionnant aussi)
Certains cas échappent encore à cette règle. Quand le matériau est trop mou (comme certains plastiques), il se déforme plus qu’il ne casse. Ou lorsque la rupture est très ordonnée, comme un jet d’eau qui se fragmente en perles régulières sous l’effet de la tension de surface. Là, on est dans un autre monde : celui de la physique déterministe, pas du chaos organisé.
Mais pour tout le reste : tasses qui tombent, roches qui explosent, gouttes qui se fragmentent etc cette loi pourrait devenir un outil clé pour mieux comprendre les risques industriels, les phénomènes naturels… ou tout simplement les accidents du quotidien.
Des applications qui vont du nucléaire aux météorites
Pourquoi s’intéresser à une tasse cassée ? Parce que comprendre la fragmentation, c’est aussi mieux anticiper la chute de satellites, les explosions de réservoirs, les impacts de météorites, ou encore la dispersion des éclats lors d’une détonation. Même en médecine, on s’en sert : dans la lithotritie, qui brise les calculs rénaux avec des ondes de choc, maîtriser la taille des fragments est vital.
Villermaux offre ici une clé conceptuelle pour unifier toutes ces situations. Un langage commun pour parler du désordre.
Une géométrie du chaos qui va vous permettre au prochain pot de moutarde brisé de dédramatiser la situation et de répondre à votre conjoint(e) :
« Non chérie (e), ce n’est pas un accident, c’est une démonstration mathématique ! »
Source :
Fragmentation : principes contre mécanismes,
Emmanuel Villermaux
Phys. Rev. Lett. 135, 228201 publié le 26 novembre 2025
DOI : https://doi.org/10.1103/r7xz-5d9c
Image réalisé à l’aide de Flux 2 et de Canva à des fins de représentation de l’article.



