Un tunnel pour relier la Chine à elle-même : le défi des Tian Shan.
La Chine a annoncé son intention d’ouvrir d’ici la fin de la l’année son nouveau chef d’œuvre d’ingénierie : le tunnel Tianshan Shengli. Ce dernier sera long de 22,13 kilomètres et s’enfoncera sous les monts Tian Shan pour relier directement le nord et le sud de la région du Xinjiang (région la plus à l’Ouest de la Chine).
Ce tunnel va par ailleurs encore une fois inscrire la Chine au panthéon des records avec le titre de plus long tunnel autoroutier du monde, surpassant ceux de Norvège, de Suisse ou du Japon (voir tableau en fin d’article).
Il s’intègrera à l’autoroute Ürümqi–Yuli, axe majeur du développement ouest-chinois, et permet désormais de traverser une barrière montagneuse en seulement 20 minutes.
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La Chine va ouvrir le plus long tunnel autoroutier du monde de plus de 22 km : le tunnel Tianshan Shengli
Creuser plus de 22 kilomètres de tunnel à travers l’une des chaînes les plus instables et froides du monde n’a rien d’un parcours de santé.
Les températures extrêmes, les pressions géologiques élevées, les risques d’éboulements et la présence de nappes phréatiques imprévisibles ont nécessité des innovations constantes. Pour mener à bien ce projet, les ingénieurs chinois ont mobilisé des milliers de techniciens et d’ouvriers, épaulés par des systèmes de forage de nouvelle génération, des radars de surveillance de la stabilité rocheuse et un réseau de capteurs intelligents embarqué dans toute la structure.
Le tunnel dispose de deux tubes séparés, chacun avec deux voies de circulation, de sorties de secours automatisées, d’un système de ventilation à flux contrôlé et d’une surveillance 24h/24 en temps réel. Un centre de contrôle ultra-moderne pilote l’ensemble.
Il ne s’agit donc pas seulement de creuser. Il s’agit de garantir la fluidité et la sécurité dans un environnement naturellement hostile, pendant plusieurs décennies.
Réduire les distances, recréer une cohésion
Historiquement, le Xinjiang est resté à l’écart des grands centres économiques chinois. Isolé par la géographie et freiné par des infrastructures insuffisantes, il peinait à se développer au même rythme que les provinces côtières.
Avec le tunnel Tianshan Shengli, les temps de trajet sont réduits de plusieurs heures à une vingtaine de minutes.
Pour les habitants, c’est un accès facilité à l’emploi, à la santé, à l’éducation. Pour les entreprises, c’est un gain logistique majeur.
Ce tunnel dessine une autoroute du rééquilibrage, en reliant ce qu’on appelait hier des « marges » au cœur du pays.

Une construction « record » parmi tant d’autres
Ce projet s’inscrit dans une série de grandes réalisations techniques qui affichent le savoir-faire chinois dans les zones extrêmes : pont Hong Kong–Zhuhai–Macao, réseau de trains à grande vitesse, tunnels ferroviaires du Tibet, plateformes offshore dans la mer de Chine etc.
Ci-dessous un exemple marquant avec la gare de Xiamen, qui a « glissé » sur 300 mètres, signant un record du genre :
Le Tianshan Shengli Tunnel rejoint cette constellation d’infrastructures qui peuvent être considérées comme des symboles de prestige pour l’Empire du Milieu. Construire dans les Tian Shan, c’est montrer que la Chine maîtrise ses reliefs, ses climats, ses pressions tectoniques et qu’elle peut ainsi exporter ce savoir-faire, dans le cadre de ses grands projets internationaux.
Derrière le béton, il y a un langage géopolitique.
Route de la Soie, version souterraine
Pour finir, ajoutons que ce tunnel est une des parts d’un projt dont nous vous parlons souvent sur ce site : la Nouvelle Route de la Soie (aussi appelée Belt and Road Initiative). L’axe Ürümqi–Yuli est appelé à devenir un segment clé du corridor eurasiatique qui relie la Chine à l’Asie centrale, puis à l’Europe via le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Iran et la mer Caspienne.
Ce tunnel pourrait ainsi demain accélérer les flux de marchandises entre la Chine occidentale et les marchés européens, avec un temps de transit réduit, des itinéraires plus stables, et un contournement partiel des routes maritimes contrôlées par des puissances concurrentes.

Les plus longs tunnels autoroutiers du monde en 2025
| Tunnel | Pays | Longueur | Type | Mise en service |
|---|---|---|---|---|
| Tianshan Shengli | Chine | 22,13 km | Autoroutier (2×2 voies) | 2025 |
| Rogfast (en construction) | Norvège | 26,7 km | Autoroutier (2×2 voies) | 2033 (prévu) |
| Ryfylke | Norvège | 14,4 km | Autoroutier | 2019 |
| Gotthard Road Tunnel | Suisse | 16,9 km | Autoroutier | 1980 |
| Arlberg Road Tunnel | Autriche | 13,9 km | Autoroutier | 1978 |
Sources :
- China.org.cn, Le tunnel Tianshan Shengli entre en service, 19 décembre 2025
http://french.china.org.cn/china/txt/2025-12/19/content_118236951.htm - Tibet.cn, Un tunnel de 22 km sous les Tian Shan, 31 décembre 2024
http://m.tibet.cn/fr/index/current/202412/t20241231_7733027.html - Wikipedia EN, Tianshan Shengli Tunnel
https://en.wikipedia.org/wiki/Tianshan_Shengli_Tunnel - Gouvernement chinois, China’s Xinjiang completes world’s longest expressway tunnel through challenging mountains, 30 décembre 2024
https://english.www.gov.cn/news/202412/30/content_WS67723dffc6d0868f4e8ee5f4.html



