Une boucle souterraine de 90 kilomètres pour faire respirer Melbourne.
La Suburban Rail Loop est une boucle ferroviaire souterraine de 90 kilomètres, pensée comme un périphérique urbain enterré sous Melbourne.
Le projet est tout simplement le plus vaste chantier d’infrastructure jamais lancé en Australie. Son coût total est aujourd’hui évalué à plus de 125 milliards de dollars australiens, soit environ 75 milliards d’euros pour la boucle complète.
Dans cette aventure hors normes, un acteur français s’impose comme pièce maîtresse : Alstom. Le groupe vient de décrocher une part de 1 milliard d’euros dans le contrat attribué pour la section Est du projet, confirmant son statut de partenaire industriel stratégique pour l’État de Victoria.
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Alstom en première ligne d’un chantier hors catégorie
La section SRL Est constitue la première brique concrète de cette boucle géante. Elle représente 26 kilomètres de tunnels, six stations souterraines, et une flotte de métros entièrement automatisés destinés à relier directement des zones aujourd’hui mal connectées entre elles, sans repasser par le centre-ville.
Le contrat global, d’un montant de 8,8 milliards de dollars australiens (environ 5 milliards d’euros), a été confié à l’alliance TransitLinX. La part d’Alstom, 1 milliard d’euros, couvre un périmètre particulièrement sensible : le matériel roulant, la signalisation, les systèmes numériques, la cybersécurité, l’intégration globale et la maintenance sur quinze ans.
C’est un lot technique, industriel et politique. Technique, parce qu’il touche au cœur du système ferroviaire. Industriel, parce qu’il engage des décennies d’exploitation. Politique, parce qu’il conditionne la crédibilité du projet dans son ensemble.
Un projet colossal, déjà confronté à ses premières turbulences
Le sous-sol de Melbourne est géologiquement hétérogène, avec des nappes phréatiques importantes, des zones argileuses profondes et une densité urbaine élevée. Creuser ici demande du temps, des précautions extrêmes et des moyens lourds.
À cela s’ajoutent des dérives de coûts, liées à l’inflation mondiale des matériaux, à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et à la hausse des coûts énergétiques. Résultat : le calendrier global du projet a déjà été révisé, et le Suburban Rail Loop fait l’objet de débats politiques intenses en Australie, certains élus questionnant son ampleur, d’autres rappelant qu’un tel projet se raisonne sur 50 à 70 ans.
Dans ce contexte tendu, la capacité à livrer des systèmes éprouvés, fiables et maintenables devient un enjeu central. C’est précisément là que l’expertise d’Alstom pèse lourd.

Des métros sans conducteur, mais pas sans intelligence
Alstom fournira 13 rames Metropolis, composées de quatre voitures chacune, opérant sous le niveau d’automatisation GOA4, le plus avancé au monde. Aucun conducteur à bord. Tout repose sur un pilotage numérique intégral.
La clé du système, c’est la signalisation CBTC Urbalis Forward, déjà déployée dans plusieurs grandes métropoles. Elle gère en temps réel la vitesse, l’espacement entre les trains, les arrêts en station et les situations dégradées. Un cerveau électronique qui ne connaît ni fatigue ni approximation.
L’Australie n’en est pas à son coup d’essai. Sydney exploite déjà une ligne automatique fournie par Alstom depuis 2019. Melbourne franchit aujourd’hui une étape supplémentaire, avec une infrastructure encore plus vaste et interconnectée.
Dandenong, l’usine australienne au cœur du projet
Ces trains ne viendront pas d’Europe mais seront assemblés à Dandenong, sur le site industriel d’Alstom situé à une quarantaine de kilomètres de Melbourne. Un choix stratégique qui renforce l’acceptabilité politique du projet et irrigue l’économie locale.
Le contrat inclut également 15 ans de maintenance, via la solution FlexCare Perform, conçue pour garantir une disponibilité maximale du matériel. Un dépôt dédié sera construit à Heatherton, avec une capacité finale de 36 rames. Le système est pensé dès le départ pour monter en puissance.

Un système ferroviaire conçu comme un tout
Au-delà des trains, Alstom agit comme architecte du système global. Signalisation, communications filaires et sans fil, cybersécurité, portes palières, supervision centralisée : tout est intégré pour fonctionner comme un ensemble cohérent.
Ce rôle de chef d’orchestre s’exerce au sein de l’alliance TransitLinX, qui réunit John Holland, KBR, WSP et RATP Dev. Une coalition taillée pour absorber la complexité d’un chantier où chaque erreur se compte en millions d’euros et en années de retard.
Alstom ne sera pas le seul Français embarqué dans l’aventure
Dans cette aventure australienne, Alstom n’est pas le seul drapeau tricolore planté sous Melbourne. Autour du champion du ferroviaire, deux autres acteurs français majeurs sont pleinement engagés dans la Suburban Rail Loop East : RATP Dev et Bouygues Construction. Une présence française à tous les étages du projet, des tunnels jusqu’à l’exploitation quotidienne.
Côté exploitation, RATP Dev a été confirmée le 18 décembre 2025 par la Suburban Rail Loop Authority comme membre de la Linewide Alliance, aux côtés de John Holland, Alstom, KBR et WSP. Son rôle commencera bien avant l’arrivée des premiers voyageurs. Pendant dix ans, l’exploitant interviendra comme futur opérateur, directement associé à la conception et à la construction de la ligne SRL Est. L’objectif est simple et très concret : concevoir aujourd’hui un métro qui fonctionnera efficacement demain, aux heures de pointe comme en situation dégradée, avec des flux massifs de voyageurs bien réels.
À partir de 2035, la joint-venture TransitLinX, formée par RATP Dev et John Holland, prendra le relais pour exploiter et maintenir la ligne pendant quinze ans. Forte de 14 lignes de métro automatique GoA4 déjà exploitées dans le monde, de Paris à Sydney en passant par Riyad, RATP Dev apporte à Melbourne une expérience vécue de l’automatisation à grande échelle.
Bouygues Construction de son côté a été sélectionné l’an dernier (contrat de 343 millions d’euros) et est en charge d’un des principaux lots de génie civil pour réaliser les tunnels nord du projet.
Une démonstration que, sur la Suburban Rail Loop, la France ne fournit pas seulement des technologies, mais bien une chaîne complète de compétences, du béton à l’algorithme, du chantier à l’exploitation.

Sources :
- https://www.alstom.com/fr/press-releases-news/2025/12/en-australie-la-part-dalstom-dans-le-contrat-pour-la-ligne-suburban-rail-loop-de-melbourne-seleve-10-milliard-deuros
- https://bigbuild.vic.gov.au/projects/suburban-rail-loop
- https://mediaroom.bouygues-construction.com/bouygues-construction-remporte-un-important-lot-du-projet-suburban-rail-loop-east-a-melbourne-en-australie
Image : Un site de lancement géant est en passe d’être achevé pour deux tunneliers (TBM), qui se dirigeront vers le sud afin de creuser les deux tunnels jumeaux du SRL East entre Burwood et Glen Waverley.



