Une croissance à deux chiffres qui marque un tournant industriel pour le Français.
Pendant longtemps, Framatome a donné l’image d’un industriel en reconstruction. La grande restructuration du nucléaire français après l’ère Areva, les retards de certains projets et une filière qui tournait au ralenti avaient laissé des traces.
Le groupe s’est alors concentré sur l’essentiel : remettre ses usines à niveau, sécuriser sa chaîne industrielle et retrouver de la crédibilité sur les grands chantiers. Aujourd’hui, le décor est différent. Les résultats publiés début mars 2026 montrent une entreprise qui n’est plus en phase de réparation, mais clairement en phase d’accélération.
Lire aussi :
- Déchets nucléaires en France : volumes réels, classification, Cigéo et risques expliqués
- Cette découverte majeure dans le nucléaire pourrait épargner aux générations futures d’avoir à gérer les déchets à haute activité pendant 100 000 ans
Framatome explose ses compteurs en 2025 avec une croissance à 15,5%
En 2025, Framatome affiche 5,399 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 4,676 milliards en 2024, soit +15,5 % en un an. L’EBITDA (indicateur financier qui mesure la performance opérationnelle d’une entreprise, c’est-à-dire l’argent qu’elle génère avec son activité avant de payer les intérêts, les impôts et avant de tenir compte de l’usure comptable des équipements) atteint 665 millions d’euros, tandis que les entrées de commandes grimpent à 5,924 milliards d’euros.
Dit autrement : l’entreprise vend plus, signe plus de contrats et remplit son carnet plus vite qu’elle ne produit.
Ce qui est intéressant, c’est que cette progression ne repose pas sur un seul méga-contrat spectaculaire. Elle vient d’un mélange assez solide :
- les grands projets EPR qui avancent en Europe
- la maintenance du parc nucléaire existant
- les ventes de combustible
- les systèmes de contrôle et de sûreté
Quand plusieurs moteurs tournent en même temps, la croissance devient plus robuste.
Flamanville, Hinkley et Sizewell : les gros chantiers reviennent
Côté construction de réacteurs, le calendrier s’est remis à bouger.
En France, Flamanville 3 a atteint 100 % de puissance le 14 décembre 2025. Un symbole pour une filière qui a longtemps traîné ce chantier comme un boulet.
Au Royaume-Uni, les travaux progressent aussi sur Hinkley Point C. Les principaux composants du circuit primaire de l’unité 1 sont désormais installés et soudés.
Les industriels regardent désormais la suite avec Sizewell C, qui doit reprendre la même architecture.
Derrière ces projets, plusieurs sites français tournent à plein régime : Le Creusot, Saint-Marcel, Chalon. C’est toute la mécanique industrielle bourguignonne du nucléaire qui redémarre.
Le parc existant reste une mine d’activité
Construire des réacteurs ne fait pas tout. Le parc existant représente un marché énorme.
Framatome a mené en 2025 plusieurs opérations lourdes :
- remplacement de gros composants sur des réacteurs nord-américains
- interventions sur des centrales en Afrique du Sud
- lancement en France du remplacement de quatre générateurs de vapeur sur Flamanville 2
Ces opérations sont cruciales. Un réacteur peut fonctionner cinquante ou soixante ans à condition d’être régulièrement modernisé et chaque arrêt de tranche est un chantier industriel majeur, avec retombées économiques à la clé.
Le combustible reste le cœur discret du business
On parle souvent des réacteurs, beaucoup moins du combustible. Pourtant, c’est un pilier du secteur.
Framatome a signé plusieurs contrats importants en Europe et continue de gagner du terrain en Amérique du Nord. L’entreprise a aussi produit les premiers assemblages destinés à la centrale de Barakah, aux Émirats arabes unis.
En France, l’usine de Romans-sur-Isère prépare déjà l’avenir avec le développement du combustible TRISO, utilisé dans certains réacteurs avancés.
Le nucléaire devient aussi une affaire de cybersécurité
Un autre changement se dessine dans les activités du groupe.
La branche instrumentation et contrôle-commande progresse grâce aux nouveaux projets nucléaires et aux modernisations d’installations existantes. Framatome développe aussi une offre en cybersécurité industrielle.
C’est logique, les centrales modernes reposent sur des systèmes numériques complexes. Les protéger contre les cyberattaques devient aussi important que protéger les installations physiques.

Rachetée en 2024 par Framatome et Naval Group, elle produit notamment des composants essentiels aux pompes du circuit primaire des réacteurs nucléaires.
Une nouvelle activité défense avec le CEA
L’année 2025 marque aussi un virage côté défense.
Framatome et le CEA ont décidé de structurer une ligne d’activité dédiée aux programmes nucléaires militaires sur le site de Jeumont.
Ce site est déjà connu pour ses moteurs électriques de forte puissance et ses équipements nucléaires et va devenir désormais un maillon plus visible de la chaîne industrielle liée à la propulsion nucléaire navale française.
Une filière nucléaire qui se remet en mouvement
Si l’on prend un peu de recul, les résultats de Framatome racontent surtout quelque chose de plus large.
Pendant une dizaine d’années, la filière nucléaire française a traversé une période compliquée : peu de nouveaux projets, investissements prudents, perte de compétences dans certains domaines.
Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser.
Trois facteurs tirent la machine :
- la relance mondiale du nucléaire pour produire de l’électricité bas carbone
- la prolongation de la durée de vie des centrales existantes
- la nécessité de sécuriser des infrastructures énergétiques stratégiques
Dans ce contexte, les sites industriels historiques comme Le Creusot, Saint-Marcel, Chalon ou Jeumont retrouvent une importance qu’ils avaient un peu perdue.
Et les besoins de recrutement repartent aussi : ingénieurs, techniciens, spécialistes de la métallurgie lourde, du contrôle-commande ou du combustible.
Bref, la filière nucléaire française est clairement en train de sortir de sa phase de convalescence pour redevenir un moteur économique et stratégique déterminant pour l’Hexagone.
Tableau récapitulatif des résultats Framatome 2025 :
| Indicateur | Valeur 2025 | Évolution |
| Chiffre d’affaires | 5,399 milliards € | +15,5 % |
| EBITDA | 665 millions € | +6,7 % |
| Entrées en carnet de commandes | 5,924 milliards € | Niveau record |
| Cash-flow opérationnel | 49 millions € | Conforme aux objectifs |
| Projets majeurs | Flamanville 3, Hinkley Point C, Sizewell C | Expansion internationale |
| Activités en croissance | Combustible, maintenance, contrôle-commande | Marché mondial |
| Nouvelle activité stratégique | Ligne défense avec le CEA | Site de Jeumont |
Sources :
- Creusot-Infos, Nucléaire : Framatome a enregistré 5,924 milliards d’euros d’entrée en carnet de commandes en 2025 (4 mars 2026)
- Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Framatome et le CEA créent une ligne d’activité dédiée à la défense à Jeumont (01 octobre 2025)
- Framatome, Framatome publie ses résultats financiers 2025 (4 mars 2026)
Image de mise en avant : Assemblages de combustible nucléaire de nouvelle génération développés par Framatome dans le cadre du programme PROtect.
Ces éléments intègrent des pastilles enrichies en chrome et des gaines revêtues de chrome afin d’améliorer la résistance du combustible en cas d’accident et renforcer la sûreté des réacteurs.




