Framatome rachète Sebim et muscle sa filière robinetterie pour répondre à la relance nucléaire mondiale.
Le 2 juin 2026, Framatome a finalisé l’acquisition de Trillium Flow Technologies France, rebaptisée immédiatement Sebim (un spécialiste de la robinetterie nucléaire), auprès du groupe britannique Trillium Flow Technologies.
L’entreprise équipe en composants critiques plus de 170 réacteurs nucléaires à travers la planète. En l’achetant, Framatome ne fait pas seulement une opération financière, il rapatrie une compétence stratégique sous pavillon français et complète sa boîte à outils pour répondre à un marché qui explose.
Lire aussi :
- Ce village français de 600 habitants va bientôt recevoir l’équivalent d’un réacteur nucléaire EPR en électricité pour alimenter le plus grande datacenter d’Europe
- Les Français ne connaissent pas son nom et pourtant sans cette entreprise leur pays n’aurait ni sous-marin ni porte-avions nucléaires : TechnicAtome
Sebim, la pépite des soupapes nucléaire que la France voulait sécuriser
Sebim, c’est en réalité l’histoire d’un retour aux sources. La société a été fondée en 1968 à Châteauneuf-les-Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, par des entrepreneurs français spécialisés dans les soupapes de sécurité industrielles. À partir de 1981, EDF en fait l’un de ses fournisseurs stratégiques pour équiper le parc nucléaire français en pleine expansion. La technologie SEBIM® de soupapes pilotées devient une référence mondiale.
En 1998, l’entreprise passe sous pavillon britannique avec le rachat par le groupe Weir, puis en 2019 elle est cédée à Trillium Flow Technologies, autre groupe britannique. En juin 2026, c’est le retour au bercail : Framatome la rapatrie et lui redonne son nom historique de Sebim.
Près de soixante ans après sa création, l’entreprise française redevient française !
Quelques informations sur Sebim :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Effectif total | 330 salariés |
| Sites de production | Saint-Victoret (Bouches-du-Rhône), Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) |
| Spécialité principale | Soupapes de sécurité et services associés |
| Compétences industrielles | Production, usinage, soudage, assemblage, test |
| Réacteurs nucléaires équipés dans le monde | Plus de 170 |
| Marchés desservis | Nucléaire, pétrochimie, aéronautique, industries de procédés |
| Autres activités | GNL, offshore pétro-gazier, unités flottantes, commandes de vol |
| Ancien propriétaire | Trillium Flow Technologies (groupe britannique) |
| Nouveau nom | Sebim (réactivation d’une marque historique française) |
L’entreprise opère de nos jours depuis deux sites français : Saint-Victoret dans les Bouches-du-Rhône et Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais… 330 personnes qui maîtrisent un métier extrêmement pointu, héritage de décennies de travail pour la filière nucléaire française.

Au-delà du nucléaire, Sebim travaille aussi sur des marchés tout aussi exigeants. Le gaz naturel liquéfié, où des pressions et des températures extrêmes obligent à concevoir des équipements ultra-fiables, le pétrole, le gaz offshore et même l’aéronautique, où l’entreprise apporte ses compétences en mécanismes, transmissions de puissance et commandes de vol.
À quoi sert vraiment une soupape de sécurité ?
Dans une centrale nucléaire, l’eau circule sous très haute pression dans le circuit primaire, autour de 155 bars. C’est ce qui permet de garder l’eau liquide à 320 °C, alors qu’à la pression atmosphérique elle se serait transformée en vapeur depuis longtemps. Sauf qu’en cas d’incident (panne d’une pompe, perte de refroidissement, montée en température anormale), la pression peut grimper brutalement et, si rien ne la contrôle, le circuit peut exploser.
Le rôle des soupapes de sécurité est ainsi de surveiller la pression en permanence et se déclencher automatiquement dès qu’un seuil critique est dépassé. Quand la soupape s’ouvre, la vapeur sous pression s’échappe vers un réservoir spécial, ce qui fait redescendre la pression dans le circuit primaire. Sans cette respiration, l’enceinte du réacteur ne tient pas. La soupape est en quelque sorte l’équivalent du fusible dans un compteur électrique.
L’histoire industrielle a appris cette leçon de manière brutale. En 1979, dans la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie, une soupape de décharge s’était bloquée en position ouverte sans que les opérateurs s’en rendent compte. Pendant deux heures, l’eau de refroidissement s’était alors échappée par cette soupape coincée. Le cœur du réacteur avait par la suite partiellement fondu et la centrale avait été perdue, pour un coût total d’un milliard de dollars de l’époque. L’industrie nucléaire américaine a mis trente ans à s’en remettre.
C’est pourquoi de nos jours les soupapes critiques font l’objet d’une qualification réglementaire ultra-stricte. Chaque soupape installée dans un réacteur est tracée, testée, recertifiée à intervalles réguliers, et remplacée selon des protocoles précis.
Le grand pôle Robinetterie de Framatome se complète
Avec ce rachat, Framatome continue méthodiquement de construire un véritable champion européen de la robinetterie nucléaire. La ligne de produits Robinetterie de Framatome compte désormais quatre sociétés françaises, qui couvrent à elles toutes la quasi-totalité des composants à fonctionnement mécanique d’un réacteur nucléaire.
| Société | Spécialité | Propriété |
|---|---|---|
| Vanatome | Vannes de procédé et de sûreté pour le nucléaire civil et de défense | Framatome (70 %) + TechnicAtome (30 %) |
| Segault | Robinets et vannes pour le naval nucléaire (sous-marins, porte-avions) | Framatome (70 %) + TechnicAtome (30 %) |
| Valserve | Maintenance et services de robinetterie sur le parc nucléaire | Filiale Framatome |
| Sebim (nouvellement intégrée) | Soupapes de sécurité critiques pour nucléaire, pétrochimie, GNL, aéro | Filiale Framatome (depuis juin 2026) |
Le CEO de Framatome Grégoire Ponchon a ainsi résumé le rachat : « Cette acquisition vient ajouter une expertise clé complémentaire à notre portefeuille de solutions de robinetterie. Elle s’inscrit dans notre stratégie de croissance et de sécurisation de notre chaîne d’approvisionnement. En intégrant de nouvelles compétences clés, nous renforçons notre souveraineté industrielle et notre capacité à répondre aux besoins de nos clients. »
La relance du nucléaire mondial n’est plus une promesse
Les investissements mondiaux dans le nucléaire ont progressé de 50 % en cinq ans pour atteindre 70 milliards de dollars en 2025, d’après les données de l’Agence internationale de l’énergie. L’AIEA, dans son scénario haut révisé à la hausse pour la cinquième année consécutive, projette désormais une capacité installée mondiale de 992 GW en 2050, soit 2,5 à 2,6 fois plus qu’aujourd’hui. Soixante-et-onze nouveaux réacteurs sont actuellement en construction à travers le monde, qui s’ajoutent aux 441 déjà en service. Et plus de 120 modèles de petits réacteurs modulaires (SMR) sont en cours de développement.
Une partie conséquente vient des géants de la tech américaine. Google, Amazon, Microsoft et Meta au premier chef, qui cherchent désespérément à sécuriser de l’électricité décarbonée pour leurs centres de données IA. Microsoft a notamment signé pour relancer le fameux site de Three Mile Island. L’AIE projette jusqu’à 25 GW de SMR en projets mondialement, dont une bonne partie pour les hyperscalers. Le nucléaire devient le carburant de l’intelligence artificielle.
Ce que ce rachat raconte vraiment de la stratégie Framatome
On comprend dès lors que le rachat de Sebim est en réalité significatif d’une chose : Framatome se prépare. Le carnet de commandes mondial du nucléaire civil s’allonge dans des proportions historiques, et chaque acteur de la chaîne d’approvisionnement va devoir absorber une demande sans précédent depuis trente ans. Or les composants critiques comme les soupapes de sécurité ne se fabriquent pas du jour au lendemain. Il faut des forges qualifiées, des ouvriers formés sur des années, des protocoles de qualification d’une lourdeur extrême. Ce sont des goulets d’étranglement industriels classiques.
En rachetant Sebim, Framatome se garantit l’accès à ces composants pour ses propres EPR2 français ainsi que pour les Hinkley Point C et Sizewell C britanniques. Plutôt que de dépendre d’un fournisseur britannique qui pourrait demain être racheté par un fonds américain ou japonais, le groupe possède la PME.
Question de souveraineté, oui, mais surtout question de planning industriel.
Le mouvement ne fait probablement que commencer. Framatome a augmenté son chiffre d’affaires de 15,5 % en 2025. Le groupe recrute massivement, investit dans ses usines du Creusot et de Saint-Marcel, modernise ses lignes de combustible. EDF, sa maison-mère, a déjà repris Arabelle Solutions à General Electric en mai 2024 pour récupérer les turbines à vapeur. Le pôle Robinetterie qui se construit avec Vanatome, Segault, Valserve et désormais Sebim est cohérent avec cette logique : reprendre la main dans l’Hexagone sur tout ce qui touche de près ou de loin au nucléaire.
Sources :
Framatome, Framatome acquiert Trillium Flow Technologies France et renforce sa ligne de produits Robinetterie (2 juin 2026) https://www.framatome.com/medias/section/themes/projets-et-realisations/
Communiqué officiel du rachat, intégration au pôle Robinetterie et citations de Grégoire Ponchon.
Sfen, La relance n’est plus une promesse, elle est devenue réalité (octobre 2025) https://www.sfen.org/rgn/la-relance-nest-plus-une-promesse-elle-est-devenue-realite/ Bilan détaillé de la relance nucléaire mondiale, avec chiffres d’investissement (+50 % en 5 ans, 70 Md$ en 2025) et panorama par pays.
AIEA, Les grands réacteurs, futur fer de lance de l’expansion électronucléaire malgré la progression des petits réacteurs modulaires
https://www.iaea.org/fr/bulletin/les-grands-reacteurs-futur-fer-de-lance-de-lexpansion-electronucleaire-malgre-la-progression-des-petits-reacteurs-modulaires
Projection de l’AIEA de doublement à 992 GW de capacité nucléaire mondiale en 2050.
ONU Info, L’intelligence artificielle va-t-elle déclencher une nouvelle ère pour l’énergie nucléaire ? (janvier 2026)
https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158247
Données AIEA actualisées : 71 réacteurs en construction, 441 en service, doublement de capacité attendu d’ici 2050.




