Trojena, le projet pharaonique de station de ski au milieu du désert stoppé dans son élan alors que 30% des travaux du lac artificiel avaient déjà été effectués

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Dans le désert saoudien, un lac artificiel stoppé net en plein chantier.

Dans un coin de montagne où l’eau douce n’existe pas naturellement, l’Arabie saoudite avait imaginé un décor idyllique : un lac de 2,8 kilomètres de long, perché en altitude, alimenté par un système hydraulique entièrement artificiel. Le projet s’inscrivait dans le cadre de la station de ski Trojena, l’une des vitrines les plus ambitieuses du « colossal » programme NEOM.

Malheureusement, les fans de beaux chantiers vont devoir sécher leurs larmes puisque le commanditaire de ce dernier vient d’interrompre le contrat. Le groupe Webuild, chargé de ces infrastructures, a confirmé que NEOM avait activé une clause dite termination for convenience (en français « résiliation pour convenance »).

L’arrêt deviendra effectif le 29 mars 2026, alors que 30 % des travaux étaient réalisés, avec encore 2,8 milliards d’euros de chantier à exécuter (sur les 4 milliards d’euros du projet).

Lire aussi :

Le saoudien NEOM résilie le contrat de Trojena à 4,7 milliards de dollars avec Webuild

Trojena, une station de ski… au cœur du désert

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le genre de projet à présenter à vos amis écologistes !

Trojena était prévue pour devenir une station de sports d’hiver implantée entre 1 500 et 2 600 mètres d’altitude, dans la province de Tabuk, au nord-ouest de l’Arabie saoudite, sur une surface d’environ 60 km². Sur le papier, l’idée était tout de même de proposer du ski, des activités nautiques, du VTT, des sentiers de randonnée… dans un environnement désertique ! On peut trouver ça démentiel ou grandiose mais on louera tout de même l’ambition initiale du projet…

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Le projet prévoyait des hôtels, des chalets, des villas, des centres de bien-être et des zones commerciales, organisés autour d’un élément central : ce fameux lac artificiel d’altitude, destiné à devenir le cœur du site.

Pour rendre cela possible, l’idée était de recréer des conditions qui n’existent pas naturellement sur place. La neige, par exemple, aurait du être produite artificiellement à partir d’eau dessalée, le lac devant servir à la fois de réserve, de régulateur thermique et d’attraction touristique.

Trojena devait accueillir les Jeux asiatiques d’hiver de 2029, une décision qui avait surpris de nombreux observateurs compte tenu du climat local. Depuis, face aux retards accumulés et aux difficultés techniques, cet événement a finalement été réattribué  à Almaty, au Kazakhstan.

Ce qui explique probablement la mise en sommeil du projet pharaonique.

Un barrage… là où il n’y a pas d’eau !

Pour saisir l’ampleur initial du projet, il faut oublier l’image classique d’un barrage sur une rivière puisqu’ici, il n’y a tout simplement pas de rivière.

L’objectif consistait à créer un système hydrique complet, capable d’alimenter, de réguler et de maintenir un lac artificiel dans un environnement désertique. Le dispositif reposait sur trois barrages, conçus pour stocker et gérer l’eau, auxquels s’ajoutait une structure architecturale majeure appelée The Bow.

Dans ce type d’environnement, l’eau doit être captée, transportée, stockée, puis protégée contre l’évaporation. Chaque paramètre compte : température, pression, circulation, qualité.

Autrement dit, il ne s’agissait pas simplement de construire un ouvrage. Il fallait fabriquer un équilibre hydrologique entier dans un territoire qui en est dépourvu.

Le barrage principal devait être construit en béton compacté au rouleau (RCC), avec une hauteur de 145 mètres et une longueur de 475 mètres, pour un volume d’environ 2,7 millions de m³. Deux autres ouvrages complètent le projet, dont un en RCC et un en enrochements, tandis que le lac artificiel couvrira 1,5 km² avec une île dédiée à la découverte botanique.
Le barrage principal devait être construit en béton compacté au rouleau (RCC), avec une hauteur de 145 mètres et une longueur de 475 mètres, pour un volume d’environ 2,7 millions de m³. Deux autres ouvrages complètent le projet, dont un en RCC et un en enrochements, tandis que le lac artificiel couvrira 1,5 km² avec une île dédiée à la découverte botanique.

Un chantier déjà profondément engagé

Les équipes du chantier avaient déjà franchi un cap important avec la mise en place de plus de 1 million de mètres cubes de béton compacté au rouleau, soit environ 25 % du volume total prévu. Ce matériau permet de construire rapidement des structures massives, capables de résister à des contraintes mécaniques importantes.

Les fondations du système hydraulique étaient donc bien en place et le chantier avait déjà pris forme dans le paysage.

L’arrêt intervient à un moment où l’infrastructure commence à exister physiquement, ce qui rend la décision encore plus marquante.

Une résiliation encadrée et anticipée

Webuild précise que tous les coûts engagés jusqu’à la date d’arrêt seront remboursés, ainsi que ceux liés au retrait du chantier, notamment la démobilisation des équipes et des équipements. Cette clause de résiliation, prévue dès le départ, permettait justement d’éviter un impact financier direct pour l’entreprise.

Le groupe indique par ailleurs que son carnet de commandes, hors projet Trojena, reste supérieur à 50 milliards d’euros, ce qui lui offre une marge de manœuvre confortable.

Outre le projet de barrage, Webuild travaille également sur plusieurs infrastructures stratégiques en Arabie saoudite, notamment une ligne ferroviaire à grande vitesse de 57 km pour NEOM, des sections du métro de Riyad et des installations hydrauliques, confirmant son rôle central dans le développement du pays.
Outre le projet de barrage, Webuild travaille également sur plusieurs infrastructures stratégiques en Arabie saoudite, notamment une ligne ferroviaire à grande vitesse de 57 km pour NEOM, des sections du métro de Riyad et des installations hydrauliques, confirmant son rôle central dans le développement du pays.

NEOM, une ville futuriste… et un projet en pleine révision

NEOM, lancé dans le cadre de la stratégie Vision 2030 portée par Mohammed ben Salmane, représente toute l’ambition d’un pays : créer une zone urbaine de 26 000 km², soit l’équivalent d’un petit pays, avec un budget annoncé dépassant 460 milliards d’euros !

L’idée initiale était de bâtir une économie post-pétrole fondée sur l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables, l’industrie de pointe et le tourisme haut de gamme avec plusieurs projets à la clé :

  • The Line, une ville linéaire de 170 kilomètres, pensée sans voitures, avec des bâtiments verticaux atteignant 500 mètres de haut
  • Trojena, la station de montagne où devait s’intégrer le lac artificiel
  • Oxagon, une zone industrielle maritime présentée comme alimentée à 100 % par des énergies propres

Sur le papier, l’ensemble dessine une utopie technologique. Sur le terrain, les ajustements sont nombreux et depuis 2024, les autorités saoudiennes ont engagé une réévaluation de leurs grands projets.

La première phase de The Line a notamment été réduite à environ 2,4 kilomètres, avec une ouverture désormais envisagée autour de 2034.

NEOM évolue progressivement vers une logique plus pragmatique, avec un accent renforcé sur les centres de données, l’énergie et les infrastructures industrielles.

En parallèle, plusieurs critiques persistent, concernant notamment les déplacements de populations, les conditions de travail sur les chantiers et l’impact environnemental réel de ces infrastructures dans un environnement désertique.

Sources :

  • International Water Power & Dam Construction (LinkedIn), Webuild Has Confirmed That Its Contract for Trojena Has Been Updated (2026),
    https://www.linkedin.com/posts/international-water-power-dam-construction_webuild-has-confirmed-that-its-contract-for-activity-7443064060021166080-RvTJ/
    publication relayant la confirmation par Webuild de l’évolution de son contrat sur le projet Trojena en Arabie saoudite, avec des précisions sur l’avancement du chantier et les enjeux d’infrastructures dans le cadre du projet NEOM.
  • Webuild Group, Update on Trojena Contract in Saudi Arabia (NEOM) (10 mars 2026),
    https://www.webuildgroup.com/en/media/press-releases/update-trojena-contract-saudi-arabia-neom/
    communiqué officiel détaillant l’évolution du contrat de Webuild pour le projet Trojena, incluant les travaux d’infrastructure liés à la station de montagne futuriste du programme NEOM et les perspectives de développement associées.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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