Au moment où les Britanniques se demandent encore s’ils auront un jour leur train à grande vitesse, ce sont les Français qui construisent son cerveau et son garage.
Le 13 mai 2026, VINCI a annoncé avoir décroché un contrat de 990 millions d’euros, sur le chantier HS2 au Royaume-Uni.
À travers Taylor Woodrow, filiale britannique de VINCI Construction associée à 50/50 avec Aureos Rail, le groupe va concevoir et bâtir le centre de maintenance ferroviaire et le centre de contrôle opérationnel de la future ligne à grande vitesse britannique, près de Birmingham.
Le moment pour nous de vous faire une petite rétrospective pour vous rappeler que que ce projet est un des plus grands fiascos de l’histoire moderne britannique !
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VINCI rafle un milliard sur HS2, le chantier ferroviaire le plus chaotique d’Europe
Le cerveau et le garage de HS2
Le site, posé sur une ancienne friche industrielle de 70 hectares à Washwood Heath, près de Birmingham, sera plus qu’un banal hangar puisqu’il abritera un bâtiment de maintenance et une installation de lavage des rames. Il servira à également à l’inspection automatique des véhicules, comme voies de remisage, voie d’essai, et surtout le poste de pilotage de tout le réseau HS2 !

Quand les trains rouleront, c’est de là qu’ils seront supervisés, comme un aiguilleur du ciel veille sur les avions depuis sa tour et c’est de là qu’ils sortiront chaque matin pour rejoindre les voies, à 360 km/h en théorie, peut-être plutôt 300 demain.
Près de 500 emplois sont attendus pendant la phase de construction, et un millier d’emplois pérennes à terme. Pour une ville post-industrielle comme Birmingham, qui a perdu une partie de sa base manufacturière depuis les années 1980, l’enjeu est aussi celui d’une régénération urbaine. Une fraction des terrains sera consacrée à des développements économiques annexes et à des espaces verts.
HS2, le chantier le plus chaotique d’Europe
C’est un joli contrat décroché par VINCI et encore plus sûrement un soulagement pour le Royaume-Uni qui voit le bout du tunnel.
HS2 devait initialement relier Londres à Manchester et à Leeds via Birmingham, à grande vitesse et à faible empreinte carbone.
En 2010, le projet avait été chiffré à 33 milliards de livres (37,8 milliards d’euros). En 2019, il atteignait déjà 71 milliards (81,4 milliards d’euros).
En octobre 2023, le gouvernement britannique a fini par purement et simplement annuler toute la branche nord, ne conservant que Phase 1, entre l’ouest de Londres (Old Oak Common) et Birmingham… et encore puisque même le budget de cette portion réduite déraille !
| Année | Coût annoncé | Périmètre |
|---|---|---|
| 2010 | 33 Md£ (≈ 38 Md€) | Londres – Manchester – Leeds |
| 2019 | 71 Md£ (≈ 82 Md€) | Idem |
| 2023 | 45 à 54 Md£ pour Phase 1, prix 2019 (≈ 52 à 63 Md€) | Réduit à Londres – Birmingham |
| 2025 | Jusqu’à 81 Md£ pour Phase 1, prix 2019 (≈ 94 Md€), ≥ 100 Md£ après inflation (≈ 116 Md€) | Idem |
| Février 2026 | 43,6 à 46,2 Md£ déjà dépensés (≈ 51 à 54 Md€) | Idem |
L’ouverture, prévue à l’origine pour 2026, est désormais repoussée à 2036 au plus tôt, et plus probablement 2039. Mark Wild, patron de HS2 Ltd, a annoncé en mai 2026 qu’il faudrait attendre la fin 2026 pour avoir un nouveau calendrier fiable.
La ministre des Transports britannique a même demandé d’étudier le passage à 300 km/h au lieu de 360, faute de quoi les trains devraient être testés à l’étranger.

Mais derrière les impressionnants viaducs, tunnels et gares géantes en construction depuis 2019, HS2 est devenu l’un des projets d’infrastructure les plus controversés du Royaume-Uni. Les coûts estimés sont passés d’environ 36 à plus de 100 milliards de livres sterling, poussant le gouvernement britannique à abandonner progressivement plusieurs extensions majeures du tracé. Malgré ces coupes, la future ligne reste un chantier colossal destiné à désengorger le réseau ferroviaire classique et à réduire fortement les temps de trajet entre Londres et les Midlands.
Les Français raflent la mise
Outre le site de Washwood Heath, VINCI participe également au consortium Balfour Beatty VINCI (BBV), responsable de la section nord, depuis les Long Itchington Wood Tunnels jusqu’à Birmingham. Le groupe est aussi dans BBVS (Balfour Beatty VINCI Systra), qui construit la nouvelle gare de Old Oak Common à l’ouest de Londres, le futur point de départ de la ligne, avec environ 1 400 emplois mobilisés.
Il y a par ailleurs d’autres entreprises françaises impliquées comme Bouygues qui pilote le consortium Align, en charge de la section centrale, du Chiltern Tunnel au viaduc de Colne Valley, l’une des pièces d’ingénierie les plus visibles du projet, livrée en 2025.
Eiffage est associé à Kier, Ferrovial et BAM Nuttall au sein de EKFB, qui couvre une autre portion centrale du tracé entre les Chilterns et Brackley.
Systra, l’ingénieriste français issu de la SNCF et de la RATP, accompagne plusieurs de ces lots en tant que concepteur. Setec, autre bureau d’études tricolore, est partenaire d’EKFB.
Autrement dit, quatre des principaux maîtres d’œuvre français du génie civil et du rail sont engagés sur HS2, souvent en première ligne, ce qui souligne l’expertise acquise dans le domaine depuis des décennies par la France.
Ajoutons pour finir qu’en décembre 2021, le groupement franco-japonais Alstom-Hitachi a raflé le contrat des trains eux-mêmes : 54 rames à grande vitesse pour 1,97 milliard de livres (soit environ 2,3 milliards d’euros), dérivées de la plateforme Zefiro. Ce sont elles qui rouleront, à terme, entre Old Oak Common et Curzon Street. Alstom, le constructeur du TGV français, devient donc aussi le fournisseur du futur train à grande vitesse britannique.
| Groupe français | Consortium | Lot sur HS2 |
|---|---|---|
| VINCI | BBV, BBVS, Taylor Woodrow / Aureos Rail | Tunnels nord, gare d’Old Oak Common, centre de maintenance de Birmingham |
| Bouygues | Align JV | Chiltern Tunnel et viaduc de Colne Valley |
| Eiffage | EKFB JV | Section centrale, des Chilterns à Brackley |
| Systra / Setec | BBVS, EKFB (design) | Ingénierie et conception |
| Alstom | Alstom-Hitachi | 54 rames à grande vitesse (contrat de 2,3 Md€ signé en 2021) |
Sources :
- VINCI, VINCI remporte un important contrat de construction dans le cadre de la future ligne HS2 au Royaume-Uni (13 mai 2026) https://www.vinci.com/newsroom/communiques-presse/vinci-remporte-un-important-contrat-de-construction-dans-le-cadre-de-la
Communiqué officiel détaillant le périmètre, le montant et les emplois liés au contrat de Washwood Heath. - Rail Magazine, HS2 faces £100bn cost and delay until late-2030s, government told (mai 2025)
https://www.railmagazine.com/news/2025/05/07/hs2-faces-100bn-cost-and-delay-until-late-2030s-government-told
Analyse des derniers chiffrages de HS2 Ltd et de la trajectoire vers 81 milliards de livres. - UK Parliament — Written Statements, HS2 Update (23 mars 2026) https://questions-statements.parliament.uk/written-statements/detail/2026-03-23/hlws1438
Données officielles : 43,6 milliards de livres dépensés à fin février 2026, état des chantiers civils, fonds communautaires. - New Civil Engineer, HS2 new cost and completion timeline estimates delayed again until end of year (8 mai 2026)
https://www.newcivilengineer.com/latest/hs2-new-cost-and-completion-timeline-estimates-delayed-again-until-end-of-year-08-05-2026/
Point sur le reset Mark Wild et la révision possible de la vitesse à 300 km/h.




