En Provence, ITER vient de signer un record du monde qui nous rapproche un peu plus de la fusion nucléaire et qui confirme le nouveau calendrier établi en 2024

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Une opération de levage à un million de dollars la seconde qui vient de conclure 15 ans de travaux industriels, et qui remet le grand chantier de la fusion nucléaire dans une dynamique positive.

Le 23 juin 2026, à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, les équipes d’assemblage d’ITER ont procédé à la mise en place du sixième et dernier module du solénoïde central.

La pile complète, désormais dressée à 18 mètres de haut pour 1 000 tonnes de masse, constitue le plus grand électroaimant supraconducteur pulsé jamais construit dans le monde. Un jalon technique majeur pour le grand projet international de fusion nucléaire, alors que ce dernier repart d’un pied plus solide après les gros retards accumulés ces dernières années.

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ITER termine l’empilement de son solénoïde central, l’aimant supraconducteur le plus puissant du monde vient de dresser ses 18 mètres à Cadarache

Une opération de précision millimétrique sur un composant de 110 tonnes

Le solénoïde central d’ITER, c’est une véritable pièce d’orfèvrerie industrielle. Chacun de ses six modules pèse plus de 122 tonnes et a été enroulé à partir d’environ 6 kilomètres de câble supraconducteur en niobium-étain (Nb₃Sn), fabriqué au Japon puis expédié aux États-Unis pour l’assemblage final chez General Atomics, à Poway en Californie. Une fabrication qui a duré 15 ans. Chaque module traversait ensuite l’Atlantique en cargaison spéciale pour rejoindre l’Assembly Hall d’ITER à Cadarache.

Le 23 juin 2026, l’équipe d’assemblage a soulevé le sixième module de 110 tonnes, l’a hissé au-dessus des cinq modules déjà empilés, puis l’a redescendu entre les extensions de barre omnibus (busbars) avec un dégagement de seulement 50 mm d’un côté et 65 mm de l’autre. La tolérance d’alignement finale : 2 millimètres ! Le puzzle le plus compliqué du monde.

« Chaque module avait des dégagements légèrement différents, et le dernier était particulièrement délicat parce qu’il fallait éviter les extensions de barre omnibus des deux modules précédemment installés », explique Carl Cormany, l’ingénieur supraconducteur d’ITER qui a supervisé l’opération. Patrick Petit, chef du projet Assemblage Intérieur du Cryostat, confirme : « C’est une démonstration concrète de la coopération efficace entre ITER et ses partenaires. »

Les équipes vont maintenant procéder au relevé métrologique détaillé des six modules, connecter la tuyauterie d’hélium liquide, installer l’instrumentation, assembler l’exosquelette de soutien structurel (plus de 9 000 pièces fabriquées par 8 fournisseurs américains), et pré-comprimer l’ensemble. Toutes ces opérations vont durer plus d’un an avant que l’aimant ne soit prêt à être transféré vers le puits du tokamak, au cœur de la machine.

La dernière opération de levage a été particulièrement délicate. Après avoir été soulevée au-dessus des cinq modules déjà empilés, la pièce de 110 tonnes a été descendue en place entre les barres omnibus, avec un dégagement de seulement 50 millimètres d'un côté et 65 millimètres de l'autre.
La dernière opération de levage a été particulièrement délicate. Après avoir été soulevée au-dessus des cinq modules déjà empilés, la pièce de 110 tonnes a été descendue en place entre les barres omnibus, avec un dégagement de seulement 50 millimètres d’un côté et 65 millimètres de l’autre.

Un aimant qui va allumer le plasma du tokamak

À quoi sert exactement ce mastodonte de 1 000 tonnes ? À jouer le rôle de véritable moteur électrique du réacteur ITER. Explication.

Dans un tokamak (le type de réacteur choisi par ITER), le principe de la fusion nucléaire consiste à chauffer un plasma de deutérium et de tritium (deux isotopes de l’hydrogène) à plus de 150 millions de degrés Celsius. Soit dix fois plus chaud que le cœur du Soleil. À ces températures, les noyaux atomiques peuvent se rapprocher suffisamment pour surmonter leur répulsion électrique naturelle (la barrière de Coulomb) et fusionner, en libérant une énergie considérable. Le problème, c’est qu’aucun matériau connu ne peut contenir un plasma à 150 millions de degrés sans se vaporiser instantanément. Une des solutions trouvées consiste à utiliser des champs magnétiques ultra-puissants pour faire léviter le plasma en forme de tore (une sorte de « donut »), sans qu’il touche jamais les parois de la chambre à vide.

C’est ici que le solénoïde central entre en scène. Comme un immense transformateur électrique posé au centre de la machine, il génère un champ magnétique variable qui, par induction, va créer et maintenir un courant électrique de 15 millions d’ampères dans le plasma. Ce courant a une double fonction : d’une part, il chauffe le plasma par simple effet Joule (comme le filament d’une ampoule mais à l’échelle industrielle), d’autre part, il génère lui-même une composante du champ magnétique de confinement.

Pour que la magie opère, le solénoïde doit être supraconducteur. Autrement dit, ses fils électriques doivent conduire le courant sans aucune résistance, sans aucune perte d’énergie. Or les matériaux supraconducteurs ne fonctionnent qu’à des températures extrêmement basses. Le niobium-étain choisi pour ITER doit ainsi être maintenu à -269 °C (soit 4 kelvins, la température de l’hélium liquide) pour conserver ses propriétés. On imagine la prouesse thermique et mécanique : à seulement quelques mètres de distance, on a un plasma à 150 millions de degrés d’un côté, et un aimant à -269 °C de l’autre. Les gradients de température sont vertigineux, et tout doit être conçu pour tenir sur plusieurs décennies.

Pour donner une idée du champ magnétique en jeu : un IRM médical performant tourne à environ 3 teslas, un aimant de train à sustentation magnétique atteint 5 teslas, et les aimants les plus puissants du grand collisionneur du CERN plafonnent à 8 teslas. Le solénoïde central d’ITER, lui, atteint 13 teslas. Personne, jamais, n’a construit un aimant supraconducteur de cette puissance et de cette taille combinées !

Sauf que quand il va se déclencher pour ses premiers essais, il exercera aussi une force verticale de 60 méganewtons sur sa propre structure. Soit environ deux fois la poussée d’une fusée au décollage. D’où l’exosquelette en acier haute résistance qui va l’entourer, conçu pour absorber ces forces sans laisser plier la structure d’un seul millimètre.

ITER a du revoir son calendrier mais le nouveau tient

L’événement du 23 juin 2026 tombe évidemment bien pour le grand projet international, dont le calendrier a été profondément revu ces dernières années. Petit rappel utile : lorsque le projet ITER a été officiellement lancé en 2007, l’objectif affiché était un premier plasma en 2016. Ce jalon a été repoussé à plusieurs reprises pour raisons techniques, financières et politiques. En juillet 2024, l’ITER Organization a officiellement adopté un nouveau calendrier qui remet largement les compteurs à zéro.

Voici le comparatif entre l’ancien plan de 2016 et le nouveau plan de 2024 :

Jalon Calendrier de 2016 (ancien plan) Calendrier 2024 (plan actuel)
Premier plasma 2025 2034 (Start of Research Operations)
Fermeture du cryostat Non défini précisément Mars 2033
Plein pouvoir magnétique 2033 2036 (délai +3 ans)
Opérations Deutérium-Tritium 2035 2039 (délai +4 ans)
Coût supplémentaire +5 milliards d’euros
Coût total estimé Environ 20 milliards d’euros Plus de 25 milliards d’euros (jusqu’à 30+ selon estimations)

Le directeur général d’ITER, l’italien Pietro Barabaschi, a défendu ce nouveau plan comme un changement de logique plutôt qu’un simple report : « Au lieu d’un premier plasma symbolique que j’assimile à un “test de la machine” avec un appareil relativement dépouillé, dans le nouveau plan nous allons commencer par mener de la vraie recherche avec du plasma. » Concrètement, le nouveau plan supprime l’étape « premier plasma symbolique » de 2025, et fait le pari d’attendre 2034 pour démarrer directement avec un tokamak beaucoup plus complet (avec divertor, boucliers, système de refroidissement complet, etc.). Ce qui devrait permettre de mener des expériences de recherche significatives dès le démarrage, plutôt qu’un simple allumage cérémonial.

Autre changement notable : le mur intérieur de la chambre à vide qui devait initialement être en béryllium sera finalement en tungstène. Un métal plus résistant à la chaleur, choisi pour ses performances techniques supérieures et pour éviter la manipulation du béryllium (métal toxique). Le pilotage financier reste par ailleurs positif : selon le 37ᵉ Conseil d’ITER de novembre 2025, les indicateurs de performance en termes de coût et de calendrier sont excellents depuis deux ans.

ITER tient son nouveau calendrier et c’est donc une excellente nouvelle de voir le projet valider des jalons importants comme celui de la semaine dernière.

Quelques chiffres sur le solénoïde central d’ITER :

Caractéristique Valeur
Hauteur 18 mètres (environ 5 étages)
Diamètre 4,25 mètres
Masse totale (aimant seul) Environ 1 000 tonnes
Nombre de modules 6 modules principaux + 1 module de secours
Masse d’un module Environ 122,5 tonnes (110 tonnes pour le dernier)
Câble supraconducteur par module 6 kilomètres de niobium-étain (Nb₃Sn)
Champ magnétique maximum 13 teslas (record mondial pour cette taille)
Énergie magnétique stockée 6,4 gigajoules
Température de fonctionnement -269 °C (4 kelvins, hélium liquide)
Force verticale à l’opération Jusqu’à 60 méganewtons (2x la poussée d’une fusée au décollage)
Tolérance d’alignement final 2 millimètres
Fabricant des modules General Atomics (Poway, Californie)
Fournisseur du câble supraconducteur Japon (Domestic Agency japonaise)
Contractant d’assemblage CNPE Consortium (chinois)
Durée de fabrication du programme 15 ans
Comparaison illustrative Force magnétique suffisante pour soulever un porte-avions

Sources :

  • ITER Organization, Standing tall (29 juin 2026)
    https://www.iter.org/fr/whatsnew/506
    Annonce officielle de la mise en place du 6e module du solénoïde central le 23 juin 2026, avec citations de Patrick Petit et Carl Cormany.
  • Oak Ridge National Laboratory (ORNL), Last delivery of central solenoid structure arrives at ITER
    https://www.ornl.gov/news/last-delivery-central-solenoid-structure-arrives-iter /
    Présentation de l’exosquelette de soutien (9 000 pièces, 8 fournisseurs US) et de la force de 60 méganewtons à supporter.
  • Physics World, ITER fusion reactor hit by massive decade-long delay and €5bn price hike (juillet 2024)
    https://physicsworld.com/a/iter-fusion-reactor-hit-by-massive-decade-long-delay-and-e5bn-price-hike /
    Historique des retards ITER et coûts additionnels de 5 milliards d’euros liés à la nouvelle baseline.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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