Après trois fermes pilotes déjà en service en Méditerranée, l’heure est venue de basculer à l’échelle industrielle avec une usine dédiée à Fos-sur-Mer.
Le 23 juillet 2026, BW Ideol et NGE ont officialisé leur partenariat exclusif pour développer conjointement le projet Fos3F, une ligne de fabrication en série de flotteurs pour éoliennes en mer sur la plateforme DEOS du Grand Port Maritime de Marseille.
Une association à parts égales entre deux acteurs français ancrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour un projet qui d’importance : 30 flotteurs par an, 500 mégawatts de capacité annuelle, plus de 200 fondations produites entre 2030 et 2037, et surtout 1 300 emplois directs prévus à Fos-sur-Mer.
Décryptage d’une annonce qui matérialise la vraie bascule française dans un domaine où elle était plutôt en retard jusqu’ici.
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Fos-sur-Mer, futur épicentre de l’éolien flottant méditerranéen
Deux acteurs français associés pour un pari industriel colossal
Direction Fos-sur-Mer, sur la côte des Bouches-du-Rhône, un territoire marqué depuis des décennies par la désindustrialisation successive de la sidérurgie, du raffinage et de la pétrochimie. C’est ici, sur les terrains du Grand Port Maritime de Marseille, que BW Ideol et NGE prévoient d’implanter Fos3F, la première usine française dédiée à la fabrication en série de flotteurs pour éoliennes en mer. Le projet vise 30 hectares de terre-pleins et 400 mètres linéaires de quai, avec une candidature déposée au Grand Port dans le cadre du plan d’aménagement de la plateforme DEOS.
Côté BW Ideol, on retrouve une entreprise créée en 2010 à La Ciotat, où se trouve toujours son siège. Pionnière de l’éolien flottant, elle a inventé la technologie brevetée Damping Pool, un flotteur de type barge annulaire fabriqué en béton ou en acier, dont la conception permet d’amortir les mouvements de mer via le déplacement de l’eau dans une piscine intérieure. Précision toutefois, BW Ideol est aujourd’hui majoritairement détenue par le norvégien BW Offshore, qui l’a rachetée en 2021 même si son brevet reste français et que son ancrage industriel reste à La Ciotat.
Côté NGE (Nouvelles Générations d’Entrepreneurs), c’est le 4e groupe français de BTP qui apporte sa force de frappe. Basé à Saint-Étienne-du-Grès (Bouches-du-Rhône), NGE emploie environ 22 000 collaborateurs pour un chiffre d’affaires proche de 4,5 milliards d’euros. Son expertise en génie civil et en infrastructures complexes complète parfaitement l’ingénierie de BW Ideol pour construire les fondations flottantes en béton bas-carbone.

Un projet déjà largement financé, une usine prête à sortir de terre
Sur le plan financier, le projet Fos3F a déjà bouclé une partie substantielle de son tour de table public. En 2025, il a sécurisé 126 millions d’euros de financements, dont 74 millions d’euros de subvention obtenus auprès du Fonds Innovation de la Commission européenne (Innovation Fund) et 52 millions d’euros au titre du crédit d’impôt Investissement Industrie Verte (C3IV) instauré par la France en 2024 pour soutenir les investissements de décarbonation. Le solde du financement sera bouclé sur fonds privés au fur et à mesure des attributions de projets aux futurs parcs éoliens flottants.
Voici les principaux chiffres du projet :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Localisation | Plateforme DEOS, Grand Port Maritime de Marseille (Fos-sur-Mer) |
| Actionnaires | BW Ideol et NGE (à parts égales, 50/50) |
| Emprise industrielle | 30 hectares de terre-pleins, 400 mètres linéaires de quai |
| Cadence de production | 30 flotteurs par an, soit 500 MW de capacité annuelle |
| Volume ciblé 2030-2037 | Plus de 200 fondations flottantes livrées |
| Emplois directs | 1 300 postes prévus à Fos-sur-Mer |
| Financements publics sécurisés en 2025 | 126 millions d’euros (74 M€ Fonds Innovation UE + 52 M€ crédit d’impôt C3IV) |
| Technologie de flotteur | Damping Pool (brevet BW Ideol), fabriqué en béton bas-carbone Holcim |
| Démarrage de la production | Prévu à partir de 2030 |
Ce que la France a déjà fait : trois fermes pilotes méditerranéennes
La France ne part pas non plus de rien. Depuis 2018, elle a même construit méthodiquement une base industrielle avec trois fermes pilotes en Méditerranée, chacune utilisant une technologie différente pour tester en conditions réelles ce qui fonctionne le mieux.
| Projet | Localisation | Puissance | Opérateurs | Technologie de flotteur | Mise en service |
|---|---|---|---|---|---|
| Provence Grand Large | 17 km au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône) | 25 MW (3 turbines Siemens Gamesa 8,4 MW) | EDF Renouvelables + Enbridge + CPP Investments | TLP à lignes tendues (SBM Offshore + IFP Énergies Nouvelles) | 5 juin 2025 |
| Éoliennes Flottantes du Golfe du Lion (EFGL) | Port-la-Nouvelle (Aude), Occitanie | 30 MW (3 turbines Vestas) | Ocean Winds + Banque des Territoires | WindFloat semi-submersible en acier (Principle Power) | Début 2026 |
| EolMed | 15 km au large de Gruissan (Aude), Occitanie | 30 MW (3 turbines Vestas 10 MW) | Qair + TotalEnergies + BW Ideol | Damping Pool en béton (BW Ideol) | Mai 2026 |
Trois technologies différentes, trois consortiums différents, trois retours d’expérience précieux. Provence Grand Large a alimenté 45 000 personnes pendant sa première année d’exploitation avec 94 000 mégawattheures produits, un bilan jugé encourageant par EDF. EolMed vient de démarrer sa pleine puissance en mai et EFGL fait tourner ses trois éoliennes géantes de 186 mètres de haut depuis le début de l’année.
L’AO10, l’accélérateur historique de la filière française
Le contexte politique qui rend Fos3F possible s’appelle l’AO10, l’appel d’offres n° 10 pour l’éolien en mer publié par le gouvernement français le 12 juin 2026. Un dossier record dans l’histoire hexagonale : 10 gigawatts de puissance cumulée à attribuer, soit cinq fois la puissance déjà installée au large des côtes françaises, l’équivalent de six réacteurs nucléaires EPR. La moitié en éolien posé (5 GW), l’autre en éolien flottant (5 GW), répartis sur onze zones et sur les trois façades maritimes métropolitaines. Les candidats peuvent déposer leur dossier jusqu’au 12 octobre 2026, l’attribution est attendue en février 2027, et le prix cible est fixé à moins de 100 euros par mégawattheure sur 25 ans.
Sur les 5 gigawatts d’éolien flottant, la Méditerranée capte la part du lion, avec plusieurs zones en concurrence au large de la Provence, du golfe de Fos, du golfe du Lion et de la façade narbonnaise. Deux projets AO6 déjà attribués fin 2024 (Méditerranée Grand Large au large de Fos et EFLO au large de l’Aude, pour 230 à 280 mégawatts chacun) constituent d’ores et déjà un carnet de commandes potentiel pour Fos3F, avec des mises en service programmées vers 2031-2032. Ajoutez les futurs lauréats AO10 attendus à partir de 2029-2030, et vous obtenez plusieurs gigawatts de fondations à produire d’ici la fin de la décennie. D’où la nécessité pour BW Ideol et NGE de démarrer la production en série dès 2030, donc de construire l’usine au plus vite.
Pour la première fois cette année, le cahier des charges de l’AO10 intègre également des critères issus du Net Zero Industry Act européen, qui exigent des candidats un pourcentage minimum d’approvisionnement en composants européens. Une évolution taillée sur mesure pour des projets industriels comme Fos3F, produits en France, avec du béton bas-carbone Holcim, par une main-d’œuvre locale.
La logique politique et industrielle semble parfaitement alignée.

Une filière mondiale en plein décollage
La France n’est pas seule sur le sujet, loin de là. L’éolien flottant sort tout juste de son enfance industrielle et le rythme des installations mondiales s’accélère à vue d’œil.
Selon le Global Wind Energy Council, la filière comptait fin 2025 plus de 220 gigawatts d’éolien flottant en développement, à divers stades d’avancement (pipeline, planification, autorisation, construction). Les projections des cabinets spécialisés RenewableUK EnergyPulse et TGS 4C tablent sur environ 2,3 à 2,5 gigawatts effectivement opérationnels d’ici 2030, dont pratiquement la moitié en Chine et 41 % au Royaume-Uni. À plus long terme, TGS 4C envisage 56 gigawatts installés ou en construction d’ici 2040, avec une accélération majeure dans les années 2030, une fois que la standardisation des flotteurs aura fait chuter les coûts. Les trois marchés jugés les plus attractifs à ce jour par les analystes internationaux sont le Royaume-Uni, la France et la Corée du Sud. Le Japon, lui, vise 15 gigawatts d’éolien flottant à horizon 2040. La Chine a signé en octobre 2025 la déclaration de Pékin 2.0, qui prévoit au moins 15 gigawatts d’éolien en mer par an entre 2026 et 2030 (dont une part croissante en flottant). Les États-Unis, qui étaient sur une trajectoire ascendante, ont vu leur pipeline se réduire fortement en 2025 sous l’effet de l’incertitude politique autour de l’administration Trump.
Barge, semi-submersible, spar, TLP : quatre familles technologiques en compétition
Sur le terrain, la vraie bataille industrielle se joue autour du choix du flotteur, cette pièce maîtresse qui porte l’éolienne à des dizaines de kilomètres des côtes et par des fonds parfois supérieurs à 1 000 mètres.
Quatre grandes familles technologiques se disputent le marché mondial, chacune avec ses forces, ses inconvénients et ses zones de prédilection :
Chaque technologie a ses partisans, ses cas d’usage idéaux et ses limites.
Le vainqueur commercial de la décennie n’est pas encore désigné, mais le pari du béton semi-industrialisé fait par BW Ideol se révèle plutôt bien placé au moment où la filière doit encore diviser ses coûts par deux pour atteindre la parité avec l’éolien posé.
Fos-sur-Mer, symbole d’une réindustrialisation en marche
Terminons par le territoire lui-même. Fos-sur-Mer, c’est 15 000 habitants, une commune ouvrière historique adossée au plus grand port maritime de Méditerranée, dans un bassin industriel qui a connu depuis quarante ans une lente désindustrialisation : fermeture progressive de la sidérurgie ArcelorMittal, restructuration des raffineries, difficultés de la pétrochimie. La perspective de 1 300 emplois directs créés d’ici 2030 dans une filière verte à haute valeur ajoutée est autre chose qu’une bonne nouvelle. C’est un vrai basculement économique pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui accueille déjà Provence Grand Large en mer et le site historique de BW Ideol à La Ciotat.
Sans compter les emplois indirects qui suivront chez les sous-traitants (mécanique, électricité, câblage, transport), les fournisseurs (Holcim pour le béton, aciéristes, câbliers) et les activités portuaires (assemblage, remorquage, maintenance). Certaines études évaluent l’effet multiplicateur à trois emplois indirects par emploi direct dans l’éolien en mer, ce qui porterait le total à plusieurs milliers de postes créés à moyen terme dans le bassin de Fos.
La grosse machine industrielle est enclenchée. Chez BW Ideol et NGE, on parle désormais de « démarrage de production en 2030 » et de « chaîne d’approvisionnement française sécurisée pour les vingt prochaines années ». C’est probablement la meilleure nouvelle industrielle qu’a reçue la Provence depuis longtemps. Après des décennies à voir ses usines fermer, Fos-sur-Mer s’apprête à redevenir un pôle industriel majeur, cette fois-ci autour d’une énergie décarbonée et souveraine. Reste à ce que les hyperlauréats de l’AO10 confirment leurs choix technologiques et leurs volumes de commande dans les mois à venir.
En attendant, la Provence a désormais toutes les cartes en main pour redevenir ce qu’elle a longtemps été : un territoire d’industrie lourde, avec des emplois durables et bien payés. Le nouveau chapitre s’écrit à Fos-sur-Mer.
Sources :
- BW Ideol, BW Ideol et NGE s’associent pour développer le projet Fos3F, un site industriel de fabrication de flotteurs éoliens à Fos-sur-Mer (23 juillet 2026)
https://www.bw-ideol.com/fr/actualites/bw-ideol-nge-fos3f-partenariat-industriel-eolien-flottant-fos-sur-mer
Communiqué officiel du partenariat exclusif entre BW Ideol et NGE sur le site industriel Fos3F, chiffres-clés et calendrier. - Ministère de l’Économie, Publication du cahier des charges de l’appel d’offres n°10 pour l’éolien en mer (12 juin 2026)
https://presse.economie.gouv.fr/le-gouvernement-annonce-la-publication-du-cahier-des-charges-de-lappel-doffres-n10-dit-ao10-pour-leolien-en-mer/
Détails de l’AO10 (10 GW, 11 zones, prix cible sous 100 €/MWh, calendrier attribution février 2027, critères Net Zero Industry Act). - Mer et Marine, Éolien en mer : lancement de l’AO10, un appel d’offres de 10 GW sur l’ensemble des façades françaises (juin 2026)
https://www.meretmarine.com/fr/energies-marines/eolien-en-mer-lancement-de-l-ao10-un-appel-d-offres-de-10-gw-sur-l-ensemble-des-facades-francaises
Analyse détaillée du volume record français, répartition posé/flottant, zones concernées.
Image de mise en avant : La façade de l’hôtel de ville de Fos-sur-Mer donne sur l’Esplanade des Droits de l’Homme plantée de palmiers – crédit : Mairie de la Fos-sur-Mer





