En mesurant une fuite de gaz presque pur à 98 %, la Chine vient de s’inviter dans l’une des courses les plus prometteuses de l’énergie : celle à l’hydrogène que la Terre fabrique toute seule.
Au sud de Chengdu, dans le bassin du Sichuan, des chercheurs chinois ont mesuré en juin 2026 une fuite de gaz dont la teneur en hydrogène atteint 98,24 %, accompagnée seulement de traces d’azote et de méthane.
C’est un record national, et l’une des rares mesures au monde à franchir la barre des 98 % de pureté. Les analyses isotopiques désignent une source profonde et minérale, un hydrogène engendré dans la croûte terrestre puis remonté si vite le long des failles qu’il n’a pas eu le temps de se transformer en autres hydrocarbures.
De quoi relancer une compétition planétaire dont peu de gens soupçonnent l’existence mais qui pourrait devenir le nouvel « Eldorado » de l’énergie d’ici quelques décennies !
Lire aussi :
- Le Canada va rejoindre la France dans la course à ce nouveau type d’énergie qui pourrait peser près de 10 milliards d’euros d’ici 2035 : l’hydrogène doré
- La France va enfin savoir si elle dispose des plus grandes réserves d’hydrogène « blanc » du monde dans la région Grand Est
L’hydrogène blanc, le trésor caché sous nos pieds
Pendant des décennies, les géologues ont considéré l’hydrogène naturel, aussi appelé hydrogène blanc, comme une simple curiosité. Trop léger, trop petit, la molécule était réputée incapable de rester piégée sous terre sans s’échapper. On le cherchait donc rarement, et on le trouvait donc rarement. Ce dogme a volé en éclats ces dernières années, au point que la revue Science a classé l’« hydrogène caché » parmi les dix percées scientifiques de 2023.
L’enjeu est colossal. Cet hydrogène se forme naturellement quand de l’eau réagit avec certaines roches riches en fer, sans la moindre intervention industrielle, et sans émettre de carbone. Contrairement à l’hydrogène vert, il n’exige pas d’électrolyseurs hors de prix ; contrairement à l’hydrogène gris, il ne rejette pas de CO2. Un carburant propre, potentiellement bon marché, et directement utilisable. Certaines estimations globales avancent des chiffres vertigineux, de l’ordre de plusieurs millions de mégatonnes enfouies dans le sous-sol mondial, dont même une infime fraction exploitable rivaliserait avec les réserves de gaz naturel.
Un modèle théorique, toutefois, car l’immense majorité de cet hydrogène est jugée inaccessible (pour l’instant), trop profonde, trop diffuse ou en pleine mer.
Un tour du monde en quatre gisements
Quatre pays incarnent aujourd’hui quatre visages, et quatre stades, d’une même aventure.
| Pays et site | Découverte | Pureté mesurée | Volume estimé | Stade et acteur |
|---|---|---|---|---|
| Mali — Bourakébougou | Puits foré en 1987, confirmé en 2012 | 97,4 à 98 % | Échelle locale démontrée | Seule production commerciale au monde (Hydroma) |
| Canada — Lawson (Saskatchewan) | Système confirmé en 2024-2025 | Non communiquée précisément | Non quantifié (permis d’environ 2 millions d’acres) | Forages de validation commerciale (MAX Power) |
| France — Lorraine (Folschviller) | 2023, en cherchant du méthane | Croît avec la profondeur (plus de 90 % simulé vers 3 000 m) | Environ 34 millions de tonnes (jusqu’à 46 selon les modèles) | Évaluation, projet Regalor II (CNRS, La Française de l’Énergie) |
| Chine — Bassin du Sichuan | Fuite repérée en juin 2026 | Jusqu’à 98,24 % (record mondial) | Non quantifié (hypothèse d’accumulations majeures) | Suintement mesuré, exploration à lancer (PetroChina) |
La France, championne du volume
Le gisement lorrain figure parmi les plus prometteurs du monde. Tout est parti de Folschviller, en Moselle, où des chercheurs du CNRS et de l’Université de Lorraine, partis chercher du méthane dans un ancien bassin houiller, ont détecté vers 1 250 mètres de profondeur des concentrations inattendues d’hydrogène, qui augmentaient à mesure qu’ils descendaient. Les simulations laissent espérer des teneurs dépassant 90 % vers 3 000 mètres.

Le volume en place est estimé autour de 34 millions de tonnes par le CNRS, et jusqu’à 46 millions selon les modèles les plus optimistes, ce qui en ferait potentiellement le plus grand gisement d’hydrogène naturel connu au monde. La Française de l’Énergie détient désormais un permis de recherche exclusif couvrant plus de 2 200 kilomètres carrés. Un bémol de taille, toutefois : fin 2025, le Conseil d’État a enterré un précédent projet de la même entreprise, portant sur le gaz de houille lorrain, au nom du risque pour les nappes d’eau souterraines. L’acceptabilité juridique et environnementale sera donc un passage obligé.
Le piège de la pureté
Reste à ne pas confondre l’exploit et la rente. Une pureté de 98 % est spectaculaire, mais elle ne dit strictement rien de la quantité que l’on saura réellement extraire, ni à quel prix. Mesurer un filet de gaz qui suinte à la surface, c’est une chose ; prouver qu’un réservoir cracherait de l’hydrogène à un débit rentable pendant des années, c’en est une tout autre. La découverte chinoise en est précisément là, au stade de la signature géologique enthousiasmante mais non exploitée.
Il faut aussi garder le sens des proportions. Même le « super-gisement » lorrain, dans son estimation la plus haute, ne représenterait qu’environ la moitié d’une seule année de production mondiale d’hydrogène. C’est loin d’être négligeable, mais on est loin du miracle énergétique qui remplacerait à lui seul le pétrole ou le gaz. L’hydrogène blanc ne sauvera pas la planète d’un coup de baguette géologique.
Il n’empêche que la dynamique est bien réelle, et qu’elle s’accélère. Du Mali à la Moselle, de la Saskatchewan au Sichuan, une poignée de pays défrichent une ressource qu’on ignorait presque hier.
Rendez-vous dans quelques années pour connaître le nom du vainqueur.
Sources :
- Fuel Cells Works, Researchers find up to 98 percent pure natural hydrogen in China’s Sichuan Basin (19 août 2026)
https://fuelcellsworks.com/2026/08/19/h2/researchers-find-up-to-98-percent-pure-natural-hydrogen-in-china-s-sichuan-basin
Mesure d’une pureté record (97,33 à 98,24 %) au sud de Chengdu par des chercheurs de PetroChina, indice d’accumulations d’hydrogène naturel de grande ampleur dans le bassin du Sichuan. - Science China Earth Sciences, Formation mechanism of deep natural hydrogen in the Sichuan Basin (2025)
https://link.springer.com/article/10.1007/s11430-024-1463-1
Analyse géochimique et isotopique confirmant une origine profonde et inorganique de l’hydrogène du bassin du Sichuan, écartant la décomposition organique. - CNRS Le Journal, Un gisement géant d’hydrogène en Lorraine ? (2023)
https://lejournal.cnrs.fr/articles/un-gisement-geant-dhydrogene-en-lorraine
Découverte de Folschviller, concentrations croissant avec la profondeur, simulations dépassant 90 % de pureté vers 3 000 mètres, mécanismes de formation de l’hydrogène naturel.
Image de mise en avant : Le bassin du Sichuan est visible sous un nuage de pollution gris, dans le centre et le bas de l’image satellitaire.





