Eau sur Mars : les scientifiques divisés sur sa quantité réelle

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Aujourd’hui, Mars est sèche, froide et désolée. Pourtant, il y a plus de 3 milliards d’années, la planète rouge accueillait régulièrement de l’eau liquide en surface. Mais alors, que s’est-il passé depuis pour que Mars perde toute trace de ce précieux liquide ?

La réponse se cache notamment dans la disparition d’une grande partie de son atmosphère, qui a empêché l’eau liquide de rester stable à sa surface. Une interrogation demeure cependant : où est passée toute cette eau ?

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses : une partie aurait pu être enfouie sous forme de glace, d’autres quantités seraient peut-être emprisonnées dans des aquifères profonds ou bien incorporées directement dans les minéraux du sol martien. Une dernière option : cette eau aurait pu tout simplement s’évaporer et se disperser dans l’espace.

La polémique scientifique autour de l’eau martienne

C’est précisément ce débat qui anime aujourd’hui les scientifiques, dont Bruce Jakosky, chercheur émérite au Laboratoire de Physique Atmosphérique et Spatiale (LASP), et ancien responsable scientifique de la mission MAVEN.

Dans une lettre publiée récemment dans la prestigieuse revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), Bruce Jakosky remet en cause les conclusions d’une étude publiée en août 2024 par l’équipe de Vashan Wright, géophysicien à l’Institution océanographique Scripps (Université de Californie).

L’étude de Wright affirmait que Mars conserverait actuellement une importante quantité d’eau liquide, piégée dans la croûte médiane de la planète, entre 11,5 et 20 kilomètres de profondeur. D’après leur modèle géophysique, cette eau serait retenue dans des roches volcaniques fracturées et saturées en eau liquide, ce qui correspondrait à une couche globale d’eau allant de un à deux kilomètres d’épaisseur si elle était uniformément répartie sur Mars.

À titre de comparaison, la Terre présente une couche globale équivalente d’environ 3,6 kilomètres, presque exclusivement due aux océans.

Ce gaz sur Mars pourrait permettre de savoir où regarder précisément pour trouver de la vie sur la planète rouge

Des données récoltées par la mission InSight

Mais comment les chercheurs ont-ils obtenu ces résultats ? Grâce à une mission fascinante : la sonde InSight de la NASA, envoyée en 2018 pour étudier l’intérieur martien par des relevés sismiques et gravitationnels.

Même si InSight a terminé sa mission en 2022, après avoir été vaincue par une tempête de poussière empêchant ses panneaux solaires de fonctionner, les données récoltées restent au cœur de vifs débats.

Ces données révèlent la composition possible de la croûte martienne profonde, mais leur interprétations restent multiples.

La contre-analyse de Bruce Jakosky

Pour Jakosky, les résultats obtenus par l’équipe de Wright ne permettent pas d’affirmer avec certitude la présence d’eau liquide en grande quantité dans la croûte martienne.

Son argument technique est précis : les données de la mission InSight peuvent être expliquées autrement, par exemple par une distribution différente de l’espace poreux dans la roche, la présence d’espaces vides ou encore de glace, sans forcément nécessiter la présence d’eau liquide.

Ainsi, selon la révision minutieuse de Jakosky, la couche globale d’eau martienne pourrait tout aussi bien être proche de zéro ou atteindre deux kilomètres.

Autrement dit, la quantité d’eau sur Mars demeure encore très incertaine et pourrait même être bien moindre que ce que l’on pensait initialement.

Pourquoi tant de débats autour de l’eau sur Mars ?

Déterminer précisément la quantité et la localisation de l’eau sur Mars est loin d’être un simple détail. Cette information conditionne directement notre compréhension de l’histoire martienne, son climat passé, ses capacités à avoir pu accueillir la vie, et aussi l’exploitation future des ressources naturelles pour les missions humaines.

Jakosky rappelle ainsi avec prudence que si tout le monde s’attend à trouver au moins de la glace ou des traces d’eau dans la croûte martienne, il est très difficile d’en déterminer l’abondance exacte avec les données actuelles.

Quelles perspectives pour la suite ?

Afin de trancher définitivement cette question, il faudra attendre de nouvelles missions scientifiques sur place.

Celles-ci pourraient utiliser des instruments géophysiques plus précis, effectuer des forages profonds, ou encore réaliser des profils sismiques avancés afin de cartographier précisément le sous-sol martien.

La réponse finale à cette énigme pourrait donc venir d’une prochaine génération de sondes et de rovers capables d’explorer Mars encore plus profondément.

Source de la source : http://dx.doi.org/10.1073/pnas.2418978122

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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