Enterrer une centrale nucléaire à 1 600 mètres de profondeur comme veulent le faire les Etats-Unis présente 2 avantages : la pression et l’environnement minéral

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Une start-up américaine veut enterrer nos réacteurs nucléaires.

Un réacteur nucléaire à 1 600 mètres de profondeur, coincé dans un puits d’eau sous pression, presque invisible en surface, et prêt en six mois ? C’est le pari d’une jeune entreprise californienne, Deep Fission, qui croit dur comme fer que l’avenir du nucléaire se passera « au centre de la terre ».

Le réacteur modulaire qu’ils développent s’appelle Gravity et il a 2 gros avantages sur ses cousins « terrestres » : un environnement entièrement minéral et une pression naturelle qui

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Deep Fission ne s’est ainsi pas contenté de miniaturiser une centrale mais l’a conçue pour être enterrée dans les « entrailles » de notre planète. Le cœur du réacteur reposerait à 1 600 mètres de profondeur, dans un forage vertical étroit, baigné dans l’eau.

Pourquoi si profond ? Parce que la nature offre ici quelque chose qu’on ne trouve nulle part ailleurs : une pression naturelle de l’ordre de 160 atmosphères (environ 16,2 MPa – mégapascals) et un environnement minéral qui feraient office de bouclier. Autrement dit, la roche joue ici le rôle d’enceinte de confinement.

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Une construction express, inspirée de l’industrie pétrolière

Le projet est réaliste dans la mesure où il s’appuie sur des technologies déjà éprouvées. Le forage vertical ? C’est le quotidien des plateformes pétrolières. La circulation d’eau sous haute pression ? Un classique de la géothermie.

Le réacteur Gravity lui-même reste basé sur un modèle bien connu : un réacteur à eau pressurisée (REP) fonctionnant avec de l’uranium faiblement enrichi, comme dans la plupart des centrales actuelles.

Comme on n’a pas besoin de dômes géants ni de bâtiments blindés en surface, la construction serait jusqu’à 80 % moins chère qu’une centrale classique. Deep Fission vise un coût de production de 50 à 70 euros le mégawattheure. Un prix compétitif, même face au solaire ou à l’éolien.

Sécurité passive : quand la géologie devient l’alliée du nucléaire

On entend souvent que le talon d’Achille du nucléaire, c’est le risque d’accident. Deep Fission répond à cette crainte en misant sur un principe simple : l’accident est moins probable quand le système est confiné par la nature elle-même.

Le réacteur est entièrement isolé sous terre, avec un circuit fermé qui fait remonter la vapeur jusqu’aux turbines en surface. En cas de problème, il est physiquement isolé, hors de portée des tornades, des crashs d’avion ou même des actes malveillants.

« La gravité est l’une des forces les plus fiables de la nature », a déclaré Liz Muller, cofondatrice et PDG de Deep Fission. « Cette même fiabilité est au cœur de la conception de notre réacteur. En plaçant nos réacteurs Gravity profondément sous terre, nous exploitons les forces naturelles de la Terre pour rendre le nucléaire intrinsèquement plus sûr, beaucoup moins coûteux et plus rapide à déployer. »

Il y a bien sûr des défis. Il faudra par exemple garantir que la maintenance, les capteurs ou les communications résistent à la profondeur. Et pour changer le combustible ? Il faudra probablement extraire l’ensemble du module. Un peu comme remonter un sous-marin miniature à la surface.

Un calendrier serré et déjà des clients

L’entreprise est jeune, mais elle avance vite. Première étape : construire un prototype d’ici juillet 2026. Un défi de taille, mais soutenu par le programme pilote du Département américain de l’Énergie.

Le chantier type ? 4 semaines de forage, 10 semaines pour l’installation, puis 2 mois de tests. Soit un peu moins de 6 mois pour un réacteur opérationnel. À condition, bien sûr, que tout se passe comme prévu.

La société dit avoir déjà une file de clients représentant 12,5 gigawatts de demande. Les premiers sites sont pressentis au Texas, en Utah et au Kansas, des États peu peuplés, mais gourmands en énergie industrielle.

Un financement modeste pour une ambition souterraine

En 2024, Deep Fission avait déjà levé 4 millions de dollars (3,5 millions d’euros), auxquels se sont ajoutés 30 millions supplémentaires (26 millions d’euros).

La vision de la jeune et ambitieuse start-up ne s’arrête pas à un réacteur unique. Elle envisage déjà de licencier la technologie à d’autres opérateurs, ou même de vendre directement des unités clef en main. L’objectif est d’assurer une production industrielle de mini-centrales, à la manière de ce qu’on voit déjà dans l’aéronautique ou les data centers.

Une vieille idée recyclée en projet de demain

Ironie de l’histoire : le concept est né à l’origine d’une étude sur l’enfouissement des déchets nucléaires. En fouillant ces dossiers, l’équipe a eu une intuition : les conditions nécessaires pour stocker des déchets ressemblent étrangement à celles d’un réacteur sous pression.

Quelques réserves cependant…

Bien entendu, tous les experts ne sont pas convaincus. Certains rappellent que descendre, c’est bien, mais qu’il faut aussi pouvoir remonter pour inspecter, réparer, moderniser. D’autres s’inquiètent des coûts de surveillance ou de la complexité des interventions en cas d’incident technique.

Cela dit, les forages pétroliers prouvent depuis des décennies que la technologie existe pour gérer des systèmes complexes à plusieurs kilomètres sous nos pieds. Et dans un monde où chaque mètre carré compte, le nucléaire enterré pourrait devenir l’alternative idéale dans les zones denses ou fragiles.

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Réacteur Gravity vs réacteur classique

Caractéristique Gravity (Deep Fission) Réacteur classique
Profondeur d’installation 1 600 mètres En surface
Temps de construction 6 mois 5 à 10 ans
Coût estimé Jusqu’à 80 % de moins 3 à 10 milliards d’euros
Type de combustible Uranium faiblement enrichi Idem
Pression du circuit primaire 160 atmosphères (naturelle) 150 à 160 (artificielle)
Enceinte de confinement Géologique (roche) Structure en béton et acier
Impact visuel et foncier Minimal Très élevé
Accès pour maintenance Difficile (nécessite remontée) Facile (accès direct)

 

Sources utilisées :

  • https://deepfission.com/deep-fission-selected-for-d-o-e-pilot-reactor-program
  • https://spectrum.ieee.org/underground-nuclear-reactor-deep-fission

Image : Vision d’artiste réalisée à l’aide de Canva et de Flux 1.1 à des fins de représentation de l’article.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

3 Commentaires

  1. “Enterrer une centrale nucléaire à 1 600 mètres de profondeur comme veulent le faire les Etats-Unis présentent 2 avantages”

    Mais pourquoi diable mettre le verbe “présenter” au pluriel ?

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