Alstom renforce sa présence au Maroc avec une nouvelle usine.
Il y a quelques années encore, le Maroc fabriquait surtout des pièces sous-traitées ou montait des éléments conçus ailleurs. En décembre 2025, le pays entre dans une autre dimension : Alstom vient d’annoncer la création de la toute première ligne de production mondiale dédiée aux pupitres de conduite pour trains, dans son usine de Fès. Un investissement de 100 millions de dirhams (soit environ 9 millions d’euros).
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Des pupitres de conduite made in Maroc pour Alstom
Le pupitre de conduite, ce n’est pas une tablette tactile ni un simple tableau de bord. C’est le centre nerveux du train, là où convergent les signaux, les systèmes de freinage, la signalisation, la traction, la gestion énergétique, la climatisation… bref, tout ce que voit et commande le conducteur.
Ce poste de pilotage est de plus en plus numérique, connecté, ergonomique, normé différemment selon les pays et les gammes de trains. Il exige donc une combinaison rare d’électronique, de mécanique fine et d’ingénierie logicielle, sans compter les impératifs de sécurité. Confier cette production à un seul site peut donc être considéré comme un gage de confiance, mais aussi un pari industriel fort.
Fès devient une tête de pont
L’usine de Fès n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2020, elle fabrique des transformateurs ferroviaires Mitrac™, éléments indispensables pour adapter la tension entre caténaire et systèmes embarqués. Elle a déjà fourni 77 locomotives Prima, 270 tramways Citadis pour Rabat et Casablanca, et 12 rames Avelia Euroduplex pour la LGV Tanger–Casablanca.
Avec cette nouvelle ligne, Alstom double aussi sa capacité de production de transformateurs et annonce l’ouverture d’un bureau d’ingénierie local, chargé du développement de solutions sur mesure. Ce n’est plus seulement une usine : c’est une base technique et stratégique pour toute la région Afrique–Moyen-Orient–Asie centrale (AMECA).
Une ambition industrielle assumée
Plus de 200 emplois directs sont attendus, dans des métiers d’ingénierie, de montage de précision, de tests qualité et de support technique.
Alstom compte déjà 1 400 collaborateurs au Maroc, preuve d’un engagement structurel sur le long terme. En cumulant les investissements récents (près de 200 millions de dirhams depuis 2020) et l’expansion annoncée, le site de Fès devient un maillon central de la chaîne de valeur ferroviaire du groupe, au même titre que certains centres européens.
Pour Martin Vaujour, président d’Alstom AMECA, ce projet « démontre la capacité de la région à fournir des solutions industrielles stratégiques pour le Groupe ». C’est une forme de souveraineté industrielle partagée, avec un Maroc qui ne se contente plus d’assembler, mais qui conçoit, développe, teste et expédie des composants essentiels.
Le Maroc, locomotive industrielle du continent
Le choix d’Alstom d’implanter la première ligne mondiale de pupitres de conduite à Fès n’est pas un hasard. Le Royaume est en train de devenir un pilier industriel incontournable en Afrique, et l’un des points d’ancrage préférés des groupes européens à la recherche de proximité, de compétence et de compétitivité.
Ces derniers mois, plusieurs annonces majeures ont confirmé ce virage industriel :
- Le groupe BYD a validé son projet de gigafactory de batteries à Tanger Med, avec un investissement de plus de 12 milliards de dirhams – soit environ 1,1 milliard d’euros –, destiné à approvisionner l’Europe en batteries pour véhicules électriques.
- STMicroelectronics a engagé l’extension de son usine de Bouskoura, spécialisée dans les puces électroniques de puissance. Objectif : soutenir la transition énergétique du secteur automobile, avec un investissement estimé à 3 milliards de dirhams (environ 270 millions d’euros).
- OCP, leader mondial du phosphate, poursuit son programme de transformation verte, en injectant plus de 130 milliards de dirhams d’ici 2027 (plus de 11,7 milliards d’euros) dans les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les engrais à faible impact carbone.
- Le secteur aéronautique marocain, concentré autour de Nouaceur, monte en gamme avec de nouvelles lignes de production pour pièces composites, moteurs et câblage, dans le sillage d’acteurs comme Safran, Hexcel, Boeing et Collins Aerospace.
- Enfin, le projet Xlinks–Aman, colossal chantier d’interconnexion énergétique, prévoit de transporter de l’électricité verte du Maroc vers le Royaume-Uni, via un câble sous-marin de 3 800 km. Le budget global dépasse 230 milliards de dirhams (environ 21 milliards d’euros), incluant éolien, solaire, stockage et conversion.
Dans ce paysage en mouvement, le développement d’Alstom à Fès vient consolider la vocation ferroviaire du Maroc. Ce n’est plus un pays assembleur. C’est un territoire de conception, de fabrication, d’innovation. Un levier industriel complet qui fait désormais jeu égal avec de nombreux hubs européens ou asiatiques.
Alstom en pleine forme, des contrats sur tous les continents
Derrière cet investissement au Maroc, Alstom enchaîne les contrats à un rythme soutenu depuis quelques mois : 130 rames pour le métro de Chicago, près de 300 voitures de RER NG pour l’Île-de-France, renouvellement du tramway de Melbourne, extension du métro automatique de Riyad, fourniture de trains régionaux Coradia aux Pays-Bas, sans oublier les locomotives Traxx pour les chemins de fer ukrainiens.
Le groupe affiche un carnet de commandes supérieur à 90 milliards d’euros, porté par la montée en puissance des infrastructures ferroviaires décarbonées dans de nombreuses régions du monde. L’intégration de Bombardier Transport, bien que complexe à digérer, a permis à Alstom de disposer d’une présence industrielle dans plus de 60 pays, avec des pôles de production spécialisés selon les familles de matériel roulant ou les composants.
La stratégie d’Alstom repose désormais sur trois piliers clairs : localiser la production au plus près des marchés, standardiser les plateformes, et investir dans l’innovation (hydrogène, signalisation, automatismes, digital). Dans ce contexte, le site de Fès devient un maillon essentiel, au même titre que les usines européennes historiques ou les nouveaux hubs asiatiques.
Principaux sites industriels d’Alstom dans le monde en 2025
| Pays | Ville | Spécialisation principale | Employés estimés |
|---|---|---|---|
| France | La Rochelle | Trains à grande vitesse (TGV, Avelia), tramways Citadis | ~1 200 |
| Belgique | Charleroi | Signalisation ferroviaire, automatisation, contrôle-commande | ~1 200 |
| Pologne | Wrocław | Caisses aluminium pour matériel roulant | ~1 200 |
| Allemagne | Kassel | Locomotives électriques et hybrides (Traxx) | ~1 000 |
| Pologne | Katowice | Trains régionaux et tramways (ex-Bombardier) | ~1 000 |
| Inde | Sricity | Métros pour marché local et export | ~900 |
| États-Unis | Hornell (New York) | Trains à grande vitesse, rénovations | ~900 |
| Italie | Savigliano | Trains régionaux, assemblage final, maintenance | ~900 |
| Espagne | Barcelone (Santa Perpètua) | Assemblage de trains régionaux et métros | ~850 |
| Chine | Qingdao (coentreprise avec CRRC) | Métros, systèmes de traction et de contrôle | ~800 |
| France | Villeurbanne | Traction, électronique de puissance, convertisseurs | ~700 |
| Espagne | Madrid (San Sebastián de los Reyes) | Signalisation urbaine et grandes lignes | ~600 |
| Canada | La Pocatière | Voitures de métro, trains régionaux | ~600 |
| France | Reichshoffen | Trains régionaux Coradia | ~750 |
| France | Le Creusot | Bogies, essieux, composants mécaniques lourds | ~550 |
| Australie | Dandenong (Victoria) | Tramways, trains de banlieue | ~500 |
| Maroc | Fès | Transformateurs Mitrac™, pupitres de conduite, ingénierie | ~500 (en croissance) |
Ces chiffres sont des estimations basées sur les données publiques et les dernières communications d’Alstom. Ils peuvent évoluer avec les extensions de ligne, les contrats en cours et les plans de réorganisation locaux.
Source : Alstom
Image : système embarqué ETCS Niveau 2 (Alstom)



