Personne ne le sait mais la France tient depuis 305 ans et devant le Royaume-Uni le record du plus ancien service d’hydrographie du monde

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Un rouage essentiel pour la maitrise des 11 millions de km² de ZEE françaises.

Méconnu du grand public, le SHOM (service hydrographique et océanographique de la marine) est pourtant l’un des rouages essentiels de l’État en mer depuis 305 ans. Rattaché au ministère des Armées, cet établissement public produit et diffuse les données géographiques maritimes de référence utilisées aussi bien par les marins civils que par les forces armées.

Il vient récemment de faire l’acquisition de drones sous-marins high-tech auprès du de Exail et de RTSys pour l’épauler dans sa mission, l’occasion pour nous de vous le présenter en détail.

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Le SHOM, pilier discret de la puissance maritime française

Son terrain de jeu est vertigineux : plus de 11 millions de km² de zones maritimes (Zones économiques exclusives ou ZEE, le deuxième plus grand du monde derrière les Etats-Unis), ce qui place la France parmi les toutes premières puissances maritimes mondiales. Derrière ces chiffres, trois missions structurantes :

  1. D’abord, l’hydrographie nationale. Le SHOM cartographie les fonds marins, mesure les profondeurs, identifie les dangers pour la navigation. Sans ces données, pas de cartes marines fiables, pas de ports sûrs, pas de routes maritimes maîtrisées.
  2. Ensuite, le soutien à la Défense. Les systèmes d’armes navals, la planification d’opérations amphibies ou sous-marines, la connaissance fine du relief sous-marin reposent sur des données produites ou validées par le SHOM. Dans un contexte de tensions croissantes en mer, cette expertise est tout sauf accessoire.
  3. Enfin, l’appui aux politiques publiques. Gestion du littoral, prévention des risques côtiers, suivi de l’érosion, adaptation au changement climatique : la donnée océanique est devenue un outil d’aide à la décision pour l’État comme pour les collectivités.

À la croisée de la science, de la technologie et de la géopolitique, le SHOM s’est imposé comme un acteur stratégique, discret mais incontournable en France.

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Quand les drones entrent en scène

Depuis quelques années, le monde maritime change de rythme. Plus rapide, plus concurrentiel, plus technologique. Face à cette accélération, le SHOM a engagé une transformation profonde de ses moyens, avec un cap clair : automatiser la collecte et l’analyse des données océaniques.

C’est dans ce cadre qu’il a récemment commandé deux drones maritimes de nouvelle génération, véritables concentrés de technologie.

Le premier, le DriX H-9, est un drone de surface autonome conçu par la société française Exail. Son rôle est clair : cartographier les fonds marins avec une précision extrême, tout en réduisant les coûts humains et logistiques.

Concrètement, le DriX H-9 peut opérer seul, ou en binôme avec un navire hydrographique. Pendant que le bâtiment principal se concentre sur des missions complexes, le drone balaie la zone, relève les profondeurs, détecte les anomalies. Moins d’équipage, moins de carburant, plus de données.

Le second drone, plus petit mais tout aussi stratégique, s’appelle NemoSens. Développé par RTSys, il s’agit d’un micro-drone sous-marin autonome, pensé pour le plateau continental. Là où les navires classiques peinent à intervenir, il se faufile, cartographie, mesure, observe. Un outil taillé pour les zones sensibles et difficiles d’accès.

À gauche : le DriX H-9 d'Exail / à droite : le NemoSens de RTSys
À gauche : le DriX H-9 d’Exail / à droite : le NemoSens de RTSys

Une flotte en pleine montée en puissance

Ces deux drones s’inscrivent dans une stratégie de flotte beaucoup plus large puisqu’ils rejoignent une flotte comprenant déjà Marlin, un DriX H-8 réceptionné en septembre 2025, et il seront bientôt rejoint par le drone autonome sous-marin de gamme 6000m, modèle Hugin Superior, fabriqué par la société norvégienne Kongsberg Discovery, attendu au 1er trimestre 2026.

Le SHOM se donne ainsi les moyens de ses ambitions qui est de passer d’une hydrographie ponctuelle, mission par mission, à une capacité de collecte continue, plus dense, plus réactive.

Derrière les drones, il y a aussi l’exploitation des données. Intelligence artificielle pour trier et analyser des volumes massifs d’informations, automatisation des traitements bathymétriques, modèles prédictifs pour anticiper l’évolution des fonds marins ou des zones littorales. La technologie n’est plus un simple outil, elle devient le cœur du système.

Trois siècles d’hydrographie, une continuité stratégique

Ce virage technologique n’efface pas l’histoire, bien au contraire ! Le SHOM est l’héritier direct du Dépôt des cartes et plans de la Marine, fondé en 1720. Trois siècles plus tard, il reste le plus ancien service hydrographique officiel au monde encore en activité.

Pays Service hydrographique Année de création Continuité institutionnelle Particularité historique
France Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) 1720 Ininterrompue Plus ancien service hydrographique officiel encore actif
Royaume-Uni UK Hydrographic Office 1795 Oui Soutien clé de l’expansion navale britannique
États-Unis NOAA / Office of Coast Survey 1807 Oui (évolutive) Forte orientation scientifique et civile
Russie Service hydrographique de la Marine russe 1827 Oui Développement lié à l’expansion impériale
 Espagne Servicio Hidrográfico de la Armada 1788 Oui Héritage de la marine impériale espagnole
Japon Japan Hydrographic and Oceanographic Dept. 1871 Oui Créé lors de la modernisation Meiji

Au fil du temps, l’institution a évolué sans jamais rompre le fil. En 1886, elle devient officiellement le Service hydrographique de la Marine. En 1971, elle intègre pleinement l’océanographie, élargissant son champ d’action aux paramètres physiques de la mer. En 2007, sa transformation en établissement public administratif modernise sa gouvernance sans altérer sa mission.

Des cartes gravées sur cuivre aux drones autonomes, la logique reste la même : connaître la mer pour mieux la maîtriser. Une continuité rare, presque unique, dans un monde souvent marqué par les ruptures technologiques brutales.

Données marines, enjeu de souveraineté

Pourquoi cet effort massif ? Parce que la donnée océanique est devenue un actif stratégique. Les câbles sous-marins transportent l’essentiel du trafic Internet mondial. Les zones économiques exclusives concentrent des ressources halieutiques, énergétiques et minières. Les fonds marins sont désormais un espace de rivalités.

Dans ce contexte, dépendre de données étrangères serait une fragilité majeure. En développant ses propres capacités d’observation autonome, le SHOM renforce directement la souveraineté française. Il permet à l’État d’agir, d’anticiper, de décider sur la base d’informations maîtrisées.

Ces drones ne sont donc pas de simples outils scientifiques. Ce sont des capteurs de puissance, au service d’une stratégie maritime globale.

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Une révolution discrète, mais décisive

Depuis 300 ans, le SHOM cartographie les mers pour la France. Aujourd’hui, il le fait avec des machines autonomes, intelligentes, capables de travailler là où l’homme ne peut pas rester. Une continuité historique, portée par une rupture technologique.

Et un rappel utile : dans le monde maritime, ce qu’on ne voit pas est souvent ce qui compte le plus.

Source : SHOM

Image de mise en avant : Le Beautemps-Beaupré, navire hydrographique et océanographique de la Marine nationale, est mis en œuvre par le Shom pour remplir sa mission : décrire et prévoir l’océan (crédit : © Terence Wallet – Marine nationale).

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

7 Commentaires

  1. Merci pour cet article sur le Shom qui reste très méconnu du public y compris dans sa ville d’implantation.
    Juste une petite correction qui saute aux yeux dès les premières lignes. Ce sont 305 et pas 205 années d’existence…Sûrement une faute de frappe mais un siècle quand même…😁

    • Bonjour et merci pour votre message. Vous avez complètement raison, l’auteur de cet article est mort de honte… Je corrige immédiatement !

  2. Bonjour, en 1975, j’étais affecté à mission océanographique en tant “qu’appelé”. Les bâtiments basés à Toulon étaient: la Recherche, l’Origny, l’Octant et l’Alidade.

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