Depuis 306 ans, la France tient devant l’Espagne le record du plus vieux service d’hydrographie du monde, le Shom qui fait peau neuve depuis 2024

Date:

À 6000 mètres sous la surface, la France vient de déployer un outil capable de voir ce que presque personne ne voit.

Le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom), vient de réceptionner à Brest un drone de nouvelle génération.

Baptisé Narval, cet engin autonome est capable de plonger jusqu’à 6 000 mètres de profondeur pour cartographier les fonds marins avec une précision inédite.

Il rejoint 3 autres drones et 5 planeurs sous-marins, signe qu’on peut avoir 306 ans et s’adapter à l’air du temps !

Lire aussi :

Le Shom accueille un nouveau drone capable de plonger à 6 000 mètres de profondeur : Narval

À cette profondeur, on entre dans un univers qui ressemble davantage à une planète étrangère qu’à nos océans familiers. Plus aucune lumière naturelle, une température proche de 2 °C et une pression qui dépasse 600 fois celle ressentie à la surface.

C’est un environnement encore largement au point qu’aujourd’hui encore, on connaît mieux la surface de Mars que certains fonds océaniques terrestres !

Le français GTT connaît une année 2026 exceptionnelle qui confirme son rôle de leader mondial d’une technologie devenue indispensable : les membranes cryogéniques

Narval : un drone capable de cartographier l’invisible

Narval est un drone autonome de type AUV (Autonomous Underwater Vehicle), basé sur le modèle Hugin Superior développé par Kongsberg Discovery.

Son coût avoisine les 15 millions d’euros. À ce prix, il embarque un véritable laboratoire scientifique :

  • des sonars haute résolution pour cartographier les reliefs
  • des capteurs pour analyser les sédiments
  • des instruments mesurant les paramètres géochimiques de l’eau

Concrètement, Narval est capable de produire en une seule plongée une image détaillée des fonds marins, comme un scanner géant des abysses.

Sa force réside aussi dans son autonomie. Une fois déployé depuis un navire comme le Beautemps-Beaupré, il peut opérer sans intervention humaine directe, en suivant des trajectoires programmées avec une précision métrique.

C’est un outil high-tech qui va permettre au Shom de gagner un temps considérable, là où les campagnes océanographiques prenaient des semaines, certaines zones pourront désormais être explorées beaucoup plus rapidement, avec un niveau de détail supérieur.

Derrière Narval, un enjeu de souveraineté très concret

Pourquoi investir autant pour observer des zones aussi inaccessibles ?

Parce que ces profondeurs abritent des infrastructures et des ressources critiques.

Les câbles sous-marins, par exemple, transportent plus de 95 % du trafic Internet mondial. Ils reposent souvent à plusieurs milliers de mètres de profondeur. Les connaître, les surveiller et les protéger est devenu un enjeu stratégique majeur dans un monde aussi connecté que le nôtre.

Rappelons par ailleurs que la France dispose d’une zone économique exclusive de plus de 11 millions de km², l’une des plus vastes au monde (2e après les États-Unis). Une partie importante de cette surface se situe dans des zones ultra-marines, souvent éloignées et peu connues.

Narval va permettre de mieux connaître ces zones que la France possède sans les maîtriser.

Au-delà de la défense, les enjeux sont aussi environnementaux et économiques : cartographie des fonds pour la recherche scientifique, suivi des écosystèmes, identification de zones propices au stockage de carbone ou à l’exploitation future de ressources minérales.

La flotte du Shom

La flotte du Shom repose aujourd’hui sur un noyau de cinq navires principaux mis à disposition par la Marine nationale, auxquels s’ajoute une panoplie de plus en plus complète de moyens non habités, drones de surface, drones sous-marins autonomes et planeurs, destinée à accélérer et densifier la collecte de données hydrographiques et océanographiques.

 Le Beautemps-Beaupré, navire hydrographique et océanographique de la Marine nationale, est mis en œuvre par le Shom pour remplir sa mission : décrire et prévoir l’océan (crédit : © Terence Wallet – Marine nationale).
Le Beautemps-Beaupré, navire hydrographique et océanographique de la Marine nationale, est mis en œuvre par le Shom pour remplir sa mission : décrire et prévoir l’océan (crédit : © Terence Wallet – Marine nationale).

Autour du navire amiral Beautemps-Beaupré, capable d’opérer au large, le Shom s’appuie aussi sur les bâtiments côtiers Borda, Lapérouse et Laplace pour les levés bathymétriques de proximité, ainsi que sur le Pourquoi pas ?, exploité conjointement avec l’Ifremer pour les campagnes scientifiques.

Depuis 2024, cette flotte entre dans une nouvelle phase avec l’arrivée de systèmes robotisés capables d’élargir considérablement la couverture des missions, depuis le littoral jusqu’aux grands fonds. Le drone de surface Marlin, un DriX H-8 reçu en septembre 2025, ouvre déjà la voie pour la cartographie côtière et la détection d’objets ou d’épaves, tandis qu’un DriX H-9 plus capacitaire est attendu au premier trimestre 2027. Sous la surface, Narval, donc, rejoint NemoSens qui cible des opérations plus fines sur le plateau continental. À cela s’ajoutent les planeurs SeaExplorer, capables de longues missions autonomes jusqu’à 1 000 mètres durant près de 100 jours.

L’ensemble dessine une flotte hybride, plus agile, plus dense et mieux adaptée à la masse croissante de données à collecter, avec en ligne de mire le renouvellement des bâtiments côtiers, déjà pensé pour intégrer des hangars à drones et multiplier les missions collaboratives avec la Marine nationale.

Type Nom Description Profondeur / spécificités Statut (avril 2026)
Navire Beautemps-Beaupré Navire hydrographique hauturier, navire amiral du dispositif Grande capacité océanique, déploiement de moyens embarqués En service
Navire Borda Bâtiment hydrographique côtier Levés bathymétriques côtiers En service
Navire Lapérouse Bâtiment hydrographique côtier Missions régionales En service, à renouveler
Navire Laplace Bâtiment hydrographique côtier Levés côtiers En service, à renouveler
Navire Pourquoi pas ? Navire océanographique opéré conjointement avec l’Ifremer Campagnes scientifiques et techniques En service
Drone USV Marlin (DriX H-8) Drone de surface hydrographique côtier Cartographie des fonds, détection d’objets et d’épaves Reçu en septembre 2025
Drone USV DriX H-9 Drone de surface autonome complémentaire Travaux côtiers et opérations hydrographiques élargies Commandé en décembre 2025, livraison prévue T1 2027
Drone AUV Narval (Hugin Superior) Drone sous-marin autonome grand fond Jusqu’à 6 000 m, haute résolution, couverture de 97 % des océans Reçu en avril 2026
Drone AUV NemoSens Micro-drone sous-marin autonome Plateau continental, zones agiles et difficiles d’accès Commandé en décembre 2025
Planeur SeaExplorer (x5) Planeurs sous-marins autonomes Jusqu’à 1 000 m, autonomie d’environ 100 jours 2 en service en 2025, 5 commandés en juin 2025
À gauche : le DriX H-9 d'Exail / à droite : le NemoSens de RTSys
À gauche : le DriX H-9 d’Exail / à droite : le NemoSens de RTSys

ORION 26 : la guerre moderne devient une guerre de capteurs

Ce virage technologique ne concerne pas uniquement l’océanographie.

L’exercice militaire ORION 2026 l’a montré à grande échelle. Pendant plusieurs mois (et encore jusqu’au 30 avril), les forces françaises ont simulé un conflit de haute intensité en mobilisant jusqu’à 12 500 militaires, avec une forte dimension multi-domaines.

Derrière les images de manœuvres terrestres ou navales, une autre bataille se joue : celle de l’information.

Aujourd’hui, voir l’ennemi ne suffit plus. Il faut capter ses signaux, comprendre son environnement, anticiper ses mouvements. Cela passe par une multiplication de capteurs, sur terre, dans les airs… et désormais sous la mer.

Narval s’inscrit parfaitement dans cette logique. Ce n’est pas seulement un outil scientifique, c’est aussi un capteur stratégique capable d’alimenter les décisions militaires et politiques.

La France abrite la 4e plus grande réserve de corail au monde et une technique électrique américaine pourrait permettre de gagner assez de temps pour la sauver

306 ans d’histoire et un virage vers l’intelligence artificielle

Le Shom n’est pas un nouvel acteur. Il est l’héritier du Dépôt des cartes et plans de la Marine, créé en 1720, ce qui en fait le plus ancien service hydrographique encore actif au monde (devant l’Espagne en 1788 et le Royaume-Uni en 1795).

Trois siècles plus tard, la mission reste la même : connaître la mer pour mieux la maîtriser.

Ce qui change de nos jours, c’est l’échelle et la vitesse.

Les drones comme Narval génèrent des volumes massifs de données. Leur exploitation repose désormais sur des technologies avancées : intelligence artificielle, automatisation des traitements, modèles prédictifs.

L’objectif est de transformer ces données brutes en informations directement exploitables par les décideurs, civils comme militaires.

Un projet de jumeau numérique du littoral est également en cours, avec l’idée de modéliser en temps réel l’évolution des côtes et des fonds marins.

Ce qui se joue ici dépasse largement la cartographie. C’est une nouvelle manière de comprendre et de gérer l’océan.

À mesure que les grandes puissances accélèrent leurs investissements dans les grands fonds, une question se pose : qui maîtrisera réellement cet espace encore invisible… mais de moins en moins inaccessible ?

Source : Le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom)

Image de mise en avant : le drone Narval lors de sa mise à l’eau – crédit : Marine Nationale

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Avec BEST, la Chine travaille sur un nouveau type de réacteur à fusion nucléaire pour enfin dépasser le cap symbolique de Q > 1...

Un tokamak compact, 400 tonnes d’acier et une ambition claire : passer de l’expérimentation à la production réelle...

Peu de gens savent que la France est leader mondial des spécialités minérales pour l’industrie avec Imerys qui vient d’acheter l’Américain Great Lake Minerals

La France n'a pas encore dit son dernier mot sur les minéraux stratégiques. Imerys n’est pas une entreprise très...

Une démonstration de 75 639 km et un message envoyé par ce brésilien à Airbus et Lockheed Martin : « vous n’êtes plus seuls...

Le KC-390 vient de faire le tour du monde… et ce n’était clairement pas pour le tourisme. Derrière les...

La France n’a pas vendu d’avion de chasse à la Pologne mais Airbus et Thales vont lui fournir un outil militaire encore plus précieux...

Un nouveau satellite pour sécuriser les communications polonaises. Le 20 avril 2026, à Gdansk, Thales Alenia Space, Airbus Defence...