Jusqu’ici, la France savait quand un satellite passait au-dessus de sa tête. Bientôt, elle pourra le regarder dans le blanc des yeux.
Le 22 juillet 2026, l’ONERA, le centre français de recherche aérospatiale, a lancé la réalisation de PROVIDENCE, un télescope de 2,5 mètres qui sera installé à l’Observatoire de Haute-Provence et opérationnel début 2029.
Sa mission : offrir au pays une capacité qu’aucun autre État européen ne possède, celle de photographier avec une finesse inédite les satellites et débris qui filent en orbite basse.
Une nouveauté qui permettra à l’Hexagone de voir ce qui se trame vraiment au-dessus de nos têtes.
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L’ONERA lance la réalisation d’un nouveau télescope unique en Europe : PROVIDENCE
Depuis 2005, la France exploite GRAVES, un radar conçu par l’ONERA qui balaie le ciel et repère les objets en orbite basse (plus de 3 000 par jour). GRAVES sait dire qu’un objet de plus de 10 centimètres est là, à telle position, sur telle trajectoire. En revanche, il ne sait pas à quoi il ressemble. C’est un radar de veille : il compte les points mais ne dessine pas les formes.
PROVIDENCE lui apportera désormais l’image.
Là où le radar pointera un signal, le télescope livrera un portrait : la silhouette d’un satellite, ses panneaux solaires, son orientation, ses éventuelles manœuvres.
Une prouesse d’optique
Reste que photographier un objet de la taille d’une machine à laver, lancé à 28 000 kilomètres par heure à 500 kilomètres d’altitude, tient de l’exploit.
PROVIDENCE vise une résolution de 10 centimètres à cette distance. Autrement dit, distinguer une balle de tennis posée à la verticale de Lyon depuis un observatoire de Provence. Le défi n’est pas seulement la taille du miroir, mais l’atmosphère elle-même, dont les turbulences brouillent les images comme la chaleur au-dessus d’un radiateur déforme le paysage.
Pour corriger ce flou, le télescope embarquera une optique adaptative : un miroir déformable qui se remodèle des centaines de fois par seconde afin de compenser en temps réel les tremblements de l’air. Ses foyers pourront accueillir jusqu’à sept instruments à la fois, et à terme une capacité laser viendra compléter l’ensemble.
La fabrication a été confiée, après une sélection internationale, à la société belge AMOS, spécialiste des grands systèmes optiques.
Un outil à double visage
PROVIDENCE ne servira pas qu’aux militaires. Le projet est pensé comme dual, à la fois arme de surveillance et instrument de science.
Côté défense, il travaillera au profit de l’armée de l’Air et de l’Espace et du Commandement de l’espace, en complément de GRAVES. Emmanuel Chiva, président de l’ONERA, y voit de quoi hisser la France dans le cercle très restreint des puissances capables non seulement de surveiller l’orbite, mais aussi d’y mesurer les effets d’une action, qu’elle soit physique ou laser. La formule est prudente : il s’agit officiellement de caractériser et d’évaluer, pas de brandir une arme antisatellite.
Côté civil, le télescope rejoindra la grande famille des instruments de l’Observatoire de Haute-Provence, ce haut lieu de l’astronomie française où fut détectée, en 1995, la première planète tournant autour d’une autre étoile que le Soleil. Conçu comme une plateforme ouverte, PROVIDENCE accueillera chercheurs, start-up et industriels, et servira à traquer les astéroïdes, les supernovas et autres phénomènes fugaces du ciel profond.
Rendez-vous avec Apophis
Son premier grand examen a déjà une date. Le 13 avril 2029, quelques mois après sa mise en service, le télescope pourra pointer Apophis, un astéroïde de près de 375 mètres, la taille d’un gros paquebot, qui frôlera la Terre à seulement 32 000 kilomètres de sa surface. C’est plus près que nos satellites de télévision, et suffisamment rare pour que l’objet soit visible à l’œil nu depuis l’Europe.
L’Agence spatiale européenne y enverra même une sonde, baptisée RAMSES, pour l’accompagner dans son passage.

Crédit : ESA Science Office.
Pour PROVIDENCE, ce sera l’occasion de prouver, sous le regard du monde entier, qu’un même œil posé en Provence peut aussi bien surveiller un satellite espion qu’ausculter un caillou céleste venu nous rendre visite.
La maison derrière le télescope
Un mot, enfin, sur celui qui pilote PROVIDENCE. L’ONERA (Office national d’études et de recherches aérospatiales) a soufflé ses 80 bougies en mai dernier à Paris. Né en 1946 pour relever la recherche aéronautique française au sortir de la guerre, il emploie aujourd’hui près de 2 200 personnes pour un budget de 312 millions d’euros, sous la tutelle du ministère des Armées. Discret auprès du grand public, l’office a pourtant laissé son empreinte sur à peu près tout ce qui vole ou gravite tricolore : Ariane, le Rafale, les Falcon de Dassault, les missiles de la dissuasion, sans oublier le radar GRAVES.
Sa méthode ne varie guère : l’ONERA défriche une technologie, la mène jusqu’à la démonstration, puis en confie l’industrialisation à un partenaire. En juin, au salon Eurosatory, il transférait ainsi son radar passif anti-drones TAPIR à la société EXENS Group. Avec PROVIDENCE, c’est la belge AMOS qui hérite de la fabrication. À sa tête depuis mars 2026, Emmanuel Chiva, ancien délégué général pour l’armement, résume la ligne maison : mettre l’excellence scientifique « au plus proche du besoin militaire et sécuritaire ».
Quelques chiffres sur PROVIDENCE :
| PROVIDENCE en chiffres | Repère |
|---|---|
| Diamètre du miroir | 2,5 mètres |
| Résolution visée | 10 cm à 500 km de distance (orbite basse) |
| Mise en service | Début 2029 |
| Lieu | Observatoire de Haute-Provence |
| Instruments simultanés | Jusqu’à 7, plus une future capacité laser |
| Fabricant | AMOS (Liège, Belgique), après sélection internationale |
| Aide FEDER (Région Sud) | 8,68 millions d’euros, sur une assiette éligible de 14,46 millions |
Sources :
- ONERA, L’ONERA dote la France d’une capacité de surveillance spatiale unique en Europe (22 juillet 2026)
https://www.onera.fr/sites/default/files/communiques/pdf/2026-07/20260706-CP-ONERA-PROVIDENCE_0.pdf
Communiqué de lancement de PROVIDENCE : caractéristiques, calendrier, financement FEDER et déclaration d’Emmanuel Chiva. - GRAVES / ONERA, 1er système européen de veille spatiale GRAVES
https://www.onera.fr/fr/actualites/1er-systeme-europeen-de-veille-spatiale-graves
Fonctionnement du radar de veille, nombre d’objets suivis et enjeux de la surveillance de l’espace. - CNRS Terre & Univers, RAMSES : une mission pour la compréhension des astéroïdes géocroiseurs à des fins de défense planétaire (décembre 2025)
https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/ramses-une-mission-pour-la-comprehension-des-asteroides-geocroiseurs-des-fins-de-defense
Passage d’Apophis le 13 avril 2029, distance, taille et mission européenne RAMSES.



