Un futur marché de 95 milliards d’euros en vue pour le leader français et mondial du moteur d’avion avec cette nouvelle usine inaugurée à Singapour

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La montée en puissance de l’électrique dans l’aviation.

Safran vient d’inaugurer à Singapour un site que l’on pourrait presque comparer à un atelier d’horlogerie aéronautique, un lieu où chaque module électrique sera assemblé ou réparé avec la même minutie qu’un mouvement de montre.

Au cœur du parc aéronautique de Seletar, soixante-dix spécialistes donneront bientôt vie à des convertisseurs, des systèmes de distribution électrique et des batteries embarquées. Ces équipements ne se voient jamais en vol, pourtant ils orchestrent silencieusement l’alimentation d’appareils de premier plan, que ce soit chez Airbus, Boeing, ATR, ou dans les flottes de Singapore Airlines, Air China ou Japan Airlines.

L’obtention récente des certifications de La CAAS (autorité de l’aviation civile de Singapour,) l’EASA (l’agence européenne chargée de la sécurité aérienne), et surtout de la FAA (équivalent américain américain) a permis au site de lancer ses opérations à pleine capacité.

Lire aussi :

Safran installe à Singapour un nouveau cœur électrique pour l’aviation moderne

L’aviation glisse progressivement vers une dépendance accrue à l’électricité. À mesure que les avions deviennent plus économes, plus hybrides et plus connectés, leurs besoins électriques augmentent. On voit émerger des architectures où l’électricité remplace des systèmes pneumatiques autrefois omniprésents. Ce basculement demande des équipements plus robustes, plus légers et plus intelligents.

C’est là que ce nouveau site s’impose comme une pièce maîtresse. Les équipes y fabriquent des convertisseurs capables d’alimenter un actionneur en quelques millisecondes, ou des modules de distribution qui fonctionnent comme de véritables tableaux électriques volants. On pourrait presque dire que ce site fabrique les « neurones électriques » des avions de demain.

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Une implantation pensée comme un acte stratégique

Le choix de s’implanter à Singapour est « on ne peut plus » logique. L’Asie-Pacifique représente aujourd’hui l’une des croissances aéronautiques les plus rapides au monde. Les flottes s’y renouvellent à une cadence impressionnante, et la maintenance suit le même mouvement. En se rapprochant géographiquement de ses clients, Safran réduit les délais, ajuste ses interventions et devient un partenaire présent sur le pas de la porte.

Bruno Bellanger l’a rappelé lors de l’inauguration : Singapour rassemble toutes les conditions que l’industrie aime trouver, une stabilité économique, une logistique fluide et un soutien public clair. Le site vient également absorber les activités électriques transférées depuis Thales en 2023, ce qui scelle une transition industrielle qui renforce l’unité du groupe.

Un nouveau chapitre dans la coopération franco-singapourienne

Lorsqu’un site industriel s’ouvre, il raconte souvent bien plus que la compétence de ceux qui y travaillent. Celui-ci raconte aussi une relation entre deux pays. L’accord de coopération signé en mai 2025 entre la CAAS et la DGAC a apporté un cadre commun, un langage partagé entre autorités. L’ouverture de ce site vient en donner une traduction très concrète.

On y voit une forme de main tendue des deux côtés : Singapour profite de l’expertise française dans un domaine où la précision est reine, et la France étend son empreinte dans une région où l’aéronautique vit une transformation accélérée. À travers cette installation, l’idée d’un écosystème aéronautique singapourien complet se précise.

Singapour, un terrain familier pour Safran depuis quatre décennies

Safran ne découvre pas « subitement » Singapour. Le groupe s’y est enraciné il y a plus de 45 ans, jusqu’à devenir l’un des industriels étrangers majeurs du secteur. Ses 900 collaborateurs se répartissent sur cinq sites, où l’on révise des trains d’atterrissage, des toboggans d’évacuation, des systèmes électroniques embarqués, ou encore des moteurs d’hélicoptères.

Ce nouveau site électrique vient donc complèter l’écosystème. Il s’ajoute comme un module supplémentaire dans un réseau déjà bien établi et dans une vision à long terme où l’aviation régionale se prépare à une évolution profonde de ses architectures énergétiques.

Les projets récents qui montrent la direction prise par Safran

Safran avance en parallèle sur plusieurs fronts. Le groupe développe actuellement des batteries aéronautiques plus compactes, testées en France et en Amérique du Nord, destinées aux futures générations d’avions hybrides.

Il investit massivement dans des systèmes électriques à haut rendement pour répondre à la montée en puissance des architectures more electric aircraft (« aviation plus électrique » mais ça fait plus chic en anglais). Safran élargit également ses capacités de maintenance moteur en Asie, tout en renforçant en Europe ses programmes d’essais sur les turboréacteurs nouvelle génération.

À ces programmes civils s’ajoutent des solutions pour l’aviation militaire, notamment des modules de distribution électriques renforcés pour appareils embarqués. L’ensemble dessine une trajectoire très claire : préparer une aviation où l’électricité jouera un rôle central, du taxiage jusqu’au vol en croisière.

Le marché potentiel des avions électriques

Le marché des avions électriques entre aujourd’hui dans une zone de croissance rarement observée dans l’aéronautique moderne. Les sources convergent toutes dans ce sens et certaines parlent même d’un marché potentiel de 94,82 milliards d’euros à l’horizon 2035 !

Les avancées dans la densité énergétique des batteries utilisées par les avions électriques rappellent un peu les débuts du smartphone : chaque amélioration rend possible un usage que l’on n’imaginait pas encore quelques années plus tôt. Cette dynamique attire capitaux privés, programmes publics et nouveaux entrants. Des acteurs traditionnels comme Airbus, Boeing ou Embraer se retrouvent désormais en concurrence frontale avec des pionniers comme Joby, Lilium, Eviation ou Vertical Aerospace. Le secteur de l’urban air mobility, dopé par les eVTOL (pour electric vertical take-off and landing, un aéronef à décollage et atterrissage verticaux électrique), pourrait même devenir l’un des pôles les plus lucratifs de la décennie.

Safran, déjà maitre dans la production des moteurs thermiques via CFM International (avec son fameux LEAP), se positionne déjà sur le futur lucratif marché des moteurs d’avions électriques et cette nouvelle usine Singapour va clairement dans ce sens.

Quelques chiffres sur le marché des avions électriques

Indicateur Valeur / Tendance
Taille du marché 2024 19,62 milliards €
Taille du marché 2025 22,64 milliards €
Prévision 2035 94,82 milliards €
Croissance annuelle moyenne (CAGR) 15,4 % (2025–2035)
Technologies dominantes Appareils hybrides aujourd’hui ; forte progression du 100 % électrique
Région leader Amérique du Nord
Région à la croissance la plus rapide Asie-Pacifique
Applications principales Commercial, militaire, urban air mobility (eVTOL)
Acteurs majeurs Airbus, Boeing, Embraer, Pipistrel, Joby, Lilium, Eviation, Vertical Aerospace, magniX, Ampaire

 

Sources :

  • Safran – Communiqué de presse officiel (9 décembre 2025) : “Safran inaugure à Singapour un nouveau site de production et de maintenance de systèmes électriques aéronautiques.”
    Safran Electrical & Power, Seletar Aerospace Park, Singapour.
  • Market Research Future (MRFR) – Electric Aircraft Market Report (October 2025) : “Electric Aircraft Market Research Report: Technology, Power Source, Range, Application & Regional Forecast Till 2035.”
    URL : https://www.marketresearchfuture.com/reports/electric-aircraft-market-6109

Image : moteur électrique ENGINeUS™ XL de Safran, qui pourrait être assemblé à terme dans la nouvelle usine de Singapour.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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