Cette découverte à 133 années-lumière de la Terre va poser des problèmes aux scientifiques : une exolune qui pèserait 127 fois notre planète

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Une lune si massive qu’elle embrouillerait notre vision traditionnelle des satellites.

HD 206893 B est une planète géante gazeuse située à environ 133 années-lumière de la Terre et qui représente environ 28 fois la masse de Jupiter.

Le poids de ce « beau bébé » n’est pourtant pas ce qui intéresse le plus les scientifiques,  la vraie découverte gravite quelque part dans l’ombre du colosse.

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Si la présence de cette exolune qui pèse 127 fois la Terre est confirmée, nous risquons d’avoir un problème de définition

En observant HD 206893 B, les astronomes ont remarqué que son orbite autour de son étoile n’était pas parfaitement lisse puisque cette dernière oscillait suffisamment pour indiquer la présence d’un objet céleste dont la masse attire la géante gazeuse.

Ces mesures ont été réalisées grâce à l’instrument GRAVITY, installé sur le Very Large Telescope, au Chili et opéré par l’European Southern Observatory.
GRAVITY est conçu pour une chose précise : mesurer des positions avec une exactitude extrême, à des échelles où le moindre déséquilibre devient détectable.

Et ce déséquilibre, ici, ressemble furieusement à la signature d’une lune.

Pour la première fois dans l’Histoire, les scientifiques capturent un phénomène rarissime dans l’espace : la naissance d’une planète avec une netteté sans égale

Une lune qui n’en a plus que le nom

Si l’interprétation est correcte, l’objet responsable de cette oscillation serait une exolune (lune orbitant autour d’une planète extrasolaire).
Jusque-là, rien de révolutionnaire sur le principe… sauf que cette exolune serait absolument colossale !

Les estimations évoquent une masse pouvant atteindre 40 % de celle de Jupiter, soit environ 127 fois celle de la Terre.

Où s’arrête une lune, où commence une planète ?

Un objet aussi massif brouille totalement la frontière entre plusieurs catégories que l’astronomie utilise depuis des décennies.

Est-ce encore une lune géante, liée gravitationnellement à sa planète ?
Ou est-ce plutôt une planète compagne de faible masse, coincée dans une relation orbitale asymétrique ?

L’orbite supposée de cet objet n’aide pas à trancher.
Elle aurait une période d’environ neuf mois, avec une inclinaison proche de 60 degrés par rapport au plan orbital de HD 206893 B.
Une configuration étrange, instable, qui suggère que le système a connu des interactions gravitationnelles violentes dans son passé, peut-être des rencontres rapprochées ou des échanges d’orbites.

Un système qui a vécu une jeunesse agitée

Dans les systèmes planétaires plus calmes, les lunes se forment généralement dans un disque autour de leur planète, et héritent d’orbites bien alignées.
Ici, ce n’est clairement pas le cas.

Une inclinaison aussi forte indique que quelque chose est venu perturber l’ordre initial.
Un peu comme si ce système avait été secoué, réarrangé, remodelé par des forces gravitationnelles majeures.

Ce scénario n’est pas incompatible avec les modèles actuels de formation planétaire, mais il en explore les limites extrêmes, celles que l’on ne voit qu’en observant les objets les plus massifs et les plus jeunes.

Les exolunes, un Graal encore insaisissable

Les exolunes sont l’un des grands fantasmes de l’astronomie moderne.
Non pas parce qu’elles seraient rares, mais parce qu’elles sont diaboliquement difficiles à détecter.

Jusqu’à présent, toutes les annonces d’exolunes sont restées controversées, fragiles, sujettes à débat. Aucune n’a encore atteint le statut de confirmation indiscutable.

Si l’exolune de HD 206893 B est validée, elle pourrait devenir la première exolune réellement confirmée.

Le biais des monstres, encore une fois

Aussi loin qu’on regarde dans l’Histoire, le schéma se répète invariablement : les premiers objets que l’on découvre dans une nouvelle catégorie astronomiques sont presque toujours les plus extrêmes.

Les premières exoplanètes détectées étaient des géantes brûlantes, collées à leur étoile.
Pas parce qu’elles étaient majoritaires, mais parce qu’elles étaient les plus faciles à voir.

Il est donc très probable que cette exolune géante ne soit que la partie émergée de l’iceberg.
Derrière elle, se cachent sans doute des lunes plus modestes, plus discrètes, qui attendent simplement des instruments encore plus sensibles.

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Problème de définition ? Le précédent exemple de Pluton

Si cette exolune est confirmée, elle posera tout de même une sacrée question à nos amis astronomes :
À partir de quelle masse cesse-t-on de parler d’une lune ou d’un satellite pour parler d’une planète ?

On rappelle qu’en la matière les définitions pour chaque sont mouvantes en fonction des découvertes et de la mode du moment.

Pluton est depuis le 24 août 2006 classée comme planète naine.
Pluton est depuis le 24 août 2006 classée comme planète naine.

L’exemple de Pluton reste le cas d’école que tous les astronomes ont en tête lorsqu’une découverte bouscule les catégories. Découverte en 1930, Pluton a été enseignée pendant plus de soixante-dix ans comme la neuvième planète du Système solaire, avant qu’un malaise ne s’installe. À mesure que les instruments s’amélioraient, on découvrait autour d’elle une foule d’objets similaires, nichés dans la ceinture de Kuiper, certains presque aussi massifs. Pluton ne dominait plus son voisinage orbital, elle faisait partie d’une population. En 2006, l’Union astronomique internationale a donc redéfini le mot « planète », en imposant trois critères : orbiter autour du Soleil, avoir une forme quasi sphérique, et surtout avoir nettoyé son voisinage orbital. Pluton remplissait les deux premiers, mais pas le troisième. Elle est alors devenue une « planète naine », un terme qui, pour le grand public, a souvent sonné comme une rétrogradation.

Pourtant, cette décision n’était pas un caprice. Elle reflétait une réalité inconfortable : les mots doivent parfois changer pour rester utiles. Aujourd’hui, face à des objets comme cette exolune potentielle, des centaines de fois plus massive que la Terre mais gravitant autour d’une planète encore plus énorme, les astronomes retrouvent exactement le même vertige. Pluton nous a appris que classer le cosmos n’est jamais définitif, et que chaque nouvelle génération d’observations (peut-être ici avec HD 206893 B ?) peut forcer la science à reprendre ses dictionnaires.

Sources :

  • Exomoon search with VLTI/GRAVITY around the substellar companion HD 206893 B (en français : « Recherche d’exolunes avec le VLTI/GRAVITY autour du compagnon sub-stellaire HD 206893 B »),
    Quentin Kral
    Domaines : Astrophysique terrestre et planétaire (astro-ph.EP) ; Astrophysique solaire et stellaire (astro-ph.SR)
    arXiv:2511.20091
    https://doi.org/10.48550/arXiv.2511.20091
  • CNES, Pluton n’a plus le statut de planète, 05/12/2025

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Image de mise en avant : Fiche de la NASA sur HD 206893 B : https://science.nasa.gov/exoplanet-catalog/hd-206893-b/

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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