La fusion nucléaire pourrait miser sur ce cristal qui a la spécificité de pouvoir fonctionner dans les environnements les plus hostiles de la physique expérimentale

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Un cristal de la taille d’une gomme de crayon pour mesurer des champs magnétiques capables de faire griller l’électronique classique.

Le 13 juillet 2026, le laboratoire national Sandia (Albuquerque, Nouveau-Mexique), rattaché au département américain de l’Énergie, a présenté un capteur optique conçu pour fonctionner dans les environnements les plus hostiles de la physique expérimentale : radiations intenses, interférences électromagnétiques… et surtout plasma de fusion !

Développé depuis 2021 par une équipe menée par le physicien Israel Owens, il a été breveté en décembre, et une entreprise vient d’en acquérir une option de licence pour le commercialiser.

Petit focus sur cette « petite » invention mais qui pourrait mener à de « grandes » découvertes !

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Dans une machine à fusion ou un accélérateur de très forte puissance, les champs magnétiques sont colossaux, et l’environnement, tout simplement effroyable pour un instrument. Bombardement de radiations, parasites électromagnétiques, plasma à des millions de degrés : les capteurs habituels y perdent pied.

Les bobines inductives métalliques court-circuitent au contact des forts courants tandis que les capteurs à fibre optique, eux, noircissent sous les radiations et voient leur signal se dégrader ; il faut de longues fibres pour capter un signal exploitable, ce qui ajoute du bruit et multiplie les risques de casse.

Résultat, au cœur des expériences les plus énergétiques, on mesure souvent moins bien là où on aurait le plus besoin de précision.

En Provence, ITER vient de signer un record du monde qui nous rapproche un peu plus de la fusion nucléaire et qui confirme le nouveau calendrier établi en 2024

Un cristal, un laser, et de la lumière qui tourne

La parade imaginée à Sandia repose sur un principe de physique connu depuis le XIXᵉ siècle. Quand la lumière d’un laser traverse certains cristaux, son plan de polarisation (la direction dans laquelle oscille l’onde lumineuse) se met à pivoter. Plongez ce cristal dans un champ magnétique orienté dans l’axe du faisceau, et l’angle de rotation change, d’autant plus fortement que le champ est intense. Mesurez précisément cette rotation, et vous remontez à la valeur du champ. Michael Faraday a décrit ce phénomène en 1845 et il porte depuis son nom.

Le capteur tient dans presque rien : un petit laser, deux filtres optiques, un détecteur de lumière, et au centre le fameux cristal. Il s’agit d’un grenat synthétique et chargé de terres rares : grenat de terbium-gallium (TGG) ou de terbium-scandium-aluminium (TSAG).

Le physicien Israel Owens, de l'université Sandia, ajuste l'optique de son système de laboratoire. (Photo : Craig Fritz)
Le physicien Israel Owens, de l’université Sandia, ajuste l’optique de son système de laboratoire. (Photo : Craig Fritz)

Pourquoi le grenat de terbium-gallium tient si bien le choc ?

Toute la force de ce grenat tient dans sa nature. C’est un matériau diélectrique, autrement dit un isolant électrique, cousin de ceux qu’on trouve dans les condensateurs de nos ordinateurs. N’étant pas métallique, il ne court-circuite pas quand les autres rendent l’âme. Il encaisse aussi les radiations et les parasites sans broncher.

Lors des essais menés sur deux grandes installations de Sandia, HERMES III et SPHINX, le capteur a fait jeu égal avec les sondes classiques pour la qualité de mesure, tout en affichant une dispersion statistique plus faible.

Autre avantage, il ne réclame pas l’étalonnage et l’entretien fréquents des capteurs habituels, ce qui allège les coûts d’exploitation.

Comparaison capteurs « classiques » vs capteur à grenat :

Critère Capteurs classiques Capteur à grenat (Sandia)
Nature du capteur Bobines métalliques ou fibre optique Cristal diélectrique (isolant électrique)
Face aux radiations intenses La fibre optique noircit, le signal se dégrade Traverse l’épreuve sans se dégrader
Face au plasma et aux forts courants Les bobines métalliques court-circuitent Ne court-circuite pas, car isolant
Régularité des mesures Dispersion statistique plus marquée Dispersion réduite lors des tests sur SPHINX
Étalonnage et entretien Fréquents Rares, d’où des coûts d’exploitation réduits

La fusion en ligne de mire

Reste l’application qui fait rêver toute la filière : la fusion nucléaire.

Pour arracher de l’énergie à la matière, il faut confiner un plasma à des températures inouïes, et bon nombre de réacteurs y parviennent grâce à d’intenses champs magnétiques qui agissent comme une cage invisible, maintenant le gaz surchauffé à distance des parois. Encore faut-il pouvoir mesurer cette cage en permanence. Or c’est justement tout l’enjeu des capteurs à grenat, qui semblent, aux contraires des capteurs « classiques » donc, être en capacité de tenir dans cet environnement extrême.

Le plasma d'ITER devrait atteindre des températures comprises entre 150 et 300 millions de degrés.
Le plasma d’ITER devrait atteindre sa pleine puissance en 2039.

Owens a lancé ces travaux en 2021 en visant la machine Z de Sandia, la source de radiations la plus puissante jamais bâtie en laboratoire, utilisée pour la recherche fondamentale, la fusion par striction axiale et des applications de sécurité nationale. Pour Bryan Oliver, qui dirige le centre de sciences des radiations et de l’électricité du laboratoire, cette technologie optique constitue une avancée déterminante pour mesurer des champs magnétiques variables dans les milieux radiatifs les plus difficiles.

La démonstration n’est pas terminée pour autant. Le capteur a fait ses preuves dans le vide et dans l’air, et l’équipe doit encore éprouver l’invention dans un plasma dense, aussi brutal que celui d’un réacteur à fusion nucléaire comme ITER.

Si elle tient en conditions réelles, les artisans de la fusion disposeront enfin d’un œil capable de regarder au cœur de leur soleil en cage. Une entreprise a déjà pris date en levant une option de licence, signe que, dans l’ombre des grands réacteurs, la course aux instruments de mesure a commencé, elle aussi.

Sources :

  • Sandia National Laboratories, Crystal power: Magnetic field sensors for fusion research (13 juillet 2026)
    https://www.sandia.gov/labnews/2026/07/13/crystal-power-magnetic-field-sensors-for-fusion-research/
    Communiqué décrivant le capteur à grenat, son principe de fonctionnement et les essais menés sur les installations HERMES III et SPHINX.
  • Review of Scientific Instruments, Magneto-optical magnetic field sensors based on rare-earth garnets (2023)
    https://doi.org/10.1063/5.0171543
    Article évalué par les pairs comparant les performances du capteur à grenat à celles des capteurs conventionnels.
  • Google Patents, US20240272244A1 – Magneto-optical magnetic field sensor
    https://patents.google.com/patent/US20240272244A1/en
    Brevet du capteur délivré en décembre à l’équipe de Sandia.

Image de mise en avant : Un grenat de terres rares utilisé par les chercheurs de Sandia pour mesurer des champs magnétiques intenses, comme ceux nécessaires à la recherche sur la fusion et aux expériences de physique des hautes énergies. Ici, le cristal est illuminé par un laser vert. (Photo : Craig Fritz)

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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