Des qubits faits de lumière plutôt que de froid extrême.
Dans l’imaginaire collectif, l’informatique quantique rime souvent avec IBM, NVIDIA ou Google. Des laboratoires gigantesques, des budgets colossaux, des processeurs refroidis à quelques millièmes de degré au-dessus du zéro absolu.
En dehors de ce schéma, point de salut.
Et pourtant si on vous disait que la France a encore quelques pépites à vendre dans le domaine ? Une entreprise française avance en effey avec une approche radicalement différente des géants que nous venons d’évoquer :Quandela. Cette entreprise née en 2017 à Massy sur le plateau de Saclay, mise sur la photonique.
Au lieu d’utiliser des circuits supraconducteurs ou des ions piégés, elle utilise… la lumière elle-même.
Mais comment fait-on un supercalculateur avec de la lumière ? Pas de panique, on va tout vous expliquer !
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Quandela, la lumière française qui veut prendre de vitesse les géants du quantique
Un ordinateur quantique manipule des qubits, des unités d’information capables d’être à la fois 0 et 1.
La plupart des approches actuelles exigent des installations lourdes, cryogéniques et très énergivores.
Quandela, elle, utilise des photons, donc de la lumière.
Cette dernière (comme vous le savez) ne chauffe pas et circule… et bien à la vitesse de la lumière soit 299 792 458 m / s !
Faire du calcul quantique avec de la lumière promettrait :
- une meilleure stabilité,
- une architecture plus modulaire,
- une consommation énergétique plus faible,
- et surtout une montée en puissance plus simple.
Au cœur du dispositif, une source baptisée eDelight.
C’est une brique technologique issue des travaux de la physicienne Pascale Senellart-Mardon et de son équipe. Cette source produit des photons uniques, parfaitement séparés, avec un rendement très élevé. En clair, elle règle un problème fondamental : générer des qubits photoniques fiables et répétables.
Sans cette étape, impossible de passer du laboratoire à l’industrie.

Une entreprise qui contrôle toute la chaine
Quandela ne fabrique pas seulement des composants. Elle contrôle l’ensemble de la chaîne :
- la source photonique,
- les circuits optiques en silicium,
- l’électronique de contrôle,
- le middleware,
- et les algorithmes applicatifs.
Cette approche full stack est stratégique.
Elle permet d’optimiser l’ensemble du système plutôt que d’assembler des briques hétérogènes.
Les applications visées sont concrètes : finance, cybersécurité, énergie, optimisation logistique, intelligence artificielle.
Une montée en puissance financée à coups de dizaines de millions d’euros
Depuis 2021, Quandela enchaîne les levées de fonds.
Après un premier soutien de Quantonation et de Bpifrance, l’entreprise lève 15 millions d’euros, puis 50 millions d’euros en novembre 2023 avec l’entrée d’investisseurs comme Serena, Crédit Mutuel Innovation et l’European Innovation Council.
L’effectif dépasse désormais la centaine de personnes, issues d’une vingtaine de nationalités, aux spécialités diverses en optique, semi-conducteurs, théorie quantique et algorithmique avancée. Le vivier est impressionnant et a permis également à l’entreprise de récemment livrer sa machine Lucy au CEA.
La start-up prépare déjà une nouvelle levée de plus de 100 millions d’euros pour accélérer son expansion en Amérique du Nord et en Asie.
Des machines déjà en service, pas seulement des promesses
Fin 2022, Quandela ouvre le premier accès cloud européen à un processeur photonique de 6 qubits.
En juin 2025, Bélénos passe à 12 qubits.
La puissance annoncée est multipliée par 4 000 par rapport à la génération précédente !
La prochaine machine, Canopus, prévue pour 2026, doit doubler encore le nombre de qubits. La progression suit une trajectoire exponentielle.
Des clients industriels ont déjà franchi le pas :
- OVHcloud installe un ordinateur quantique privé en mars 2024,
- Exaion, filiale d’EDF, s’équipe,
- Scaleway propose du “Quantum as a Service”.
Une feuille de route ambitieuse jusqu’en 2030
La trajectoire affichée est claire :
- premiers qubits logiques sans erreur dès 2025,
- 50 qubits physiques en 2028,
- plusieurs centaines en 2030.
Une seconde usine est prévue en 2027 et la cadence visée est de quatre machines par an dès 2025.
Une carte stratégique pour la souveraineté européenne
Quandela est lauréate du programme French Tech 2030 et du programme PROQCIMA de la DGA, qui vise deux prototypes d’ordinateurs quantiques universels d’ici 2032.
Si la feuille de route est respectée, la France pourrait disposer d’une infrastructure quantique souveraine à l’échelle européenne (peu de pays peuvent en dire autant).
Reste le défi majeur : la correction d’erreurs et le passage à des millions de qubits utiles.
La route est encore longue et les investissements devront suivre.
Une chose est certaine.
Quandela ne joue pas seulement le rôle d’outsider et incarne une approche alternative crédible dans l’univers quantique, fondée sur la lumière plutôt que sur le froid extrême.
Sources :
- Quandela, Données publiques
- ViPress, « Quandela met en service l’ordinateur quantique photonique le plus puissant au monde », 23 Mai 2025
- La Jaune et la Rouge, Quandela : quand le quantique rencontre le HPC, novembre 2022
- The Quantum Insider, Quandela Identifies Four Quantum Computing Trends for 2026, 24 janvier 2026,
article d’analyse sectorielle situant Quandela dans les grandes tendances mondiales du calcul quantique.




