Lithium français : l’État mise 50 millions d’euros sur l’Allier
La France peut-elle vraiment peser dans la bataille mondiale des minerais critiques ? En annonçant une prise de participation de 50 millions d’euros dans le projet de mine de lithium porté par Imerys dans l’Allier (projet EMILI), l’État envoie un signal clair : l’heure n’est plus aux tergiversations. Il faut peser sur les métaux critiques qui font tant défaut à notre industrie et le lithium est clairement l’un d’eux.
Sans ce métal, pas de batteries. Sans batteries, pas de véhicules électriques, pas de stockage massif d’électricité renouvelable (et pas de palais).
Aujourd’hui, l’essentiel de la production mondiale vient d’Australie, d’Amérique du Sud et surtout de Chine. Autrement dit, loin de nos usines et donc hors de notre contrôle direct.
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L’État entre au capital du projet EMILI : un tournant stratégique pour la France
En investissant directement dans la mine, le gouvernement franchit une étape en devenant un acteur à part entière du projet avec une participation au capital (environ 30%). L’idée on s’en doute est de sécuriser l’approvisionnement à ce métal stratégique et réduire la dépendance extérieure.
Ce mouvement s’inscrit dans la dynamique de l’Union européenne qui pousse à la relocalisation de l’extraction des minerais critiques pour renforcer sa souveraineté industrielle. Le lithium figure en tête de liste.
Le gisement de l’Allier, identifié depuis plusieurs décennies, était resté en sommeil. Les conditions économiques, environnementales et réglementaires rendaient son exploitation délicate. La transition énergétique a changé la donne.
Une mine capable de couvrir un tiers des besoins français
Selon les projections d’Imerys, le site qui contiendrait environ 1 000 000 de tonnes exploitables du précieux métal pourrait à terme couvrir jusqu’à un tiers des besoins français avec 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an, équivalent à 700 000 batteries de voitures électriques (avec un coût de production de 7 à 9 €/kg compétitif sur le marché européen). Pour une filière batterie en pleine structuration, c’est loin d’être marginal.
Plusieurs gigafactories émergent sur le territoire. Elles auront besoin de volumes sécurisés sur plusieurs décennies. Produire localement une part significative de la matière première, c’est raccourcir la chaîne logistique, limiter les risques d’approvisionnement et stabiliser les coûts.
L’exploitation industrielle est désormais prévue pour 2030. Le calendrier a été recalibré : études environnementales approfondies, procédures administratives, concertations locales (toujours compliqué dans notre merveilleux pays). Le projet a pris du temps. Il en prendra encore. En parallèle, la durée d’exploitation annoncée serait deux fois plus longue que prévu initialement, ce qui permettra d’amortir les investissements et de donner de la visibilité aux industriels.
Investissement total : environ 1,8 milliard d’euros d’investissement.

Le prélèvement lié au projet EMILI représenterait environ 1 % du débit, avec des analyses complémentaires prévues d’ici 2026.
2030 : un report qui change la perspective
Ce décalage n’est pas un simple glissement de planning. Il révèle la complexité d’ouvrir une mine moderne en France. Les normes sociales et environnementales y sont parmi les plus exigeantes d’Europe.
Imerys affirme optimiser son procédé d’extraction pour réduire l’empreinte environnementale. Les débats locaux restent vifs. Impacts sur l’eau, gestion des résidus, circulation des camions, artificialisation des sols. Chaque sujet compte.
Le gouvernement assume sa ligne. Produire en France avec des standards élevés serait plus cohérent que d’importer du lithium extrait dans des conditions contestées ailleurs. L’argument est clair. La discussion, elle, reste ouverte.
Un symbole du retour minier français
Au-delà des chiffres, la mine de l’Allier devient un symbole. Celui d’un pays qui redécouvre que la transition énergétique repose aussi sur des matières premières. On parle souvent d’électricité verte. On oublie parfois que cette électricité circule grâce à des métaux bien réels.
Le lithium n’est pas visible dans une batterie. Il est pourtant au cœur de sa chimie. L’Allier pourrait devenir l’un des piliers français sur les métaux critiques, aux côtés d’autres projets européens.
La question sous-jacente est presque philosophique. Peut-on vouloir des voitures électriques, des réseaux intelligents, du stockage massif, tout en refusant toute extraction sur son propre sol ? Le débat est là. Concret, territorial, industriel.
Un marché du lithium qui pèsera 66,52 milliards d’euros en 2034 !
le marché mondial du lithium représente environ 13,95 milliards d’euros en 2025, 16,54 milliards d’euros en 2026 et pourrait atteindre près de 66,52 milliards d’euros en 2034. Autrement dit, en moins de dix ans, le marché serait multiplié par presque cinq en valeur, avec un rythme de croissance annuel moyen de 18,9 %. L’Asie-Pacifique concentre toujours l’essentiel des parts de marché (plus de 64 %), tandis que le marché américain pourrait peser à lui seul environ 11,4 milliards d’euros d’ici 2032. Derrière ces chiffres, la locomotive reste la batterie lithium-ion, portée par les véhicules électriques et le stockage d’énergie, dans un contexte où la pression environnementale et géopolitique ne cesse de monter.
Avec l’estimation initiale des ressources de 117 millions de tonnes de minerai à 0,9% Li₂O, la valeur brute des réserves du projet EMILI d’Imerys dans l’Allier s’élèverait à environ 44 milliards d’euros au cours actuel du lithium (février 2026, ~17 000 €/t LCE).On comprend dès lors l’intérêt du gouvernement qui ne souhaite pas voir ce « trésor » tomber entre de mauvaises mains !
Détails du Calcul :
| Composant | Quantité (tonnes) |
| Minerai | 117 millions |
| Li₂O | 1,05 million |
| Lithium pur | 485 000 |
| Équiv. LCE | 2,58 millions |
| Valeur brute | 44 milliards € |
NDLR :Cette estimation reste théorique, sans tenir compte des taux de récupération (~75%), coûts d’exploitation ou dilution des prix futurs.
Sources :
- France Bleu, Mine de lithium dans l’Allier : Imerys repousse l’exploitation à 2030 mais pour deux fois plus longtemps, 30 juillet 2025
- BFMTV, Une mine de lithium qui pourrait couvrir un tiers des besoins de la France : l’État prend une part à 50 millions d’euros dans ce projet d’Imerys, 11 février 2026
- Imerys, Imerys annonce une prise de participation de l’État au capital du projet, 11 février 2026
Image de mise en avant : L’Autorité environnementale a rendu un avis globalement favorable sur la concession minière du projet EMILI, saluant la qualité du dossier et l’effort pédagogique fourni.
Elle identifie comme enjeux majeurs l’eau, les sols, la biodiversité et la santé, et recommande de préciser ultérieurement les impacts globaux ainsi que les mesures d’évitement, de réduction et de compensation (ERC).



