Deux visions pour le futur hélicoptère de l’OTAN.
Un hélicoptère militaire, ce n’est pas seulement une machine qui décolle verticalement. C’est un outil de projection, d’évacuation, d’appui-feu voire de transport tactique. Cela nécessite un compromis permanent entre vitesse, charge utile, autonomie, survivabilité… compromis que l’OTAN entend réviser aujourd’hui.
Airbus Helicopters vient de dévoiler deux concepts destinés à répondre aux exigences du programme NGRC, pour Next Generation Rotorcraft Capabilities (en français « capacités de giravions de nouvelle génération »). L’objectif est de préparer le successeur des hélicoptères moyens multirôles qui arriveront en fin de vie dans la décennie 2035-2040.
En juillet 2024, la NATO Support and Procurement Agency avait confié à Airbus la conduite d’une étude de concept dans le cadre du projet NGRC.
Depuis, les équipes travaillent avec Collins Aerospace, Raytheon et MBDA pour bâtir une proposition crédible.
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Airbus dévoile le fruit de ses recherches pour les futurs hélicoptères de l’OTAN
Première option : un hélicoptère classique mais optimisé
Premier concept, un hélicoptère conventionnel à hautes performances avec rotor principal, rotor anticouple et une architecture éprouvée comme par exemple le H160M Guépard ci-dessous :

L’OTAN a et aura besoin de plateformes robustes, simples à produire, simples à maintenir, capables d’être déployées sur des théâtres exigeants. La philosophie d’Airbus repose sur la modularité et la simplicité industrielle. L’architecture dite Modular Open System Architecture (en français « architecture modulaire à système ouvert ») doit permettre d’intégrer plus facilement de nouveaux capteurs, de nouveaux systèmes d’armes, de nouvelles briques logicielles.
C’est l’idée la plus pragmatique : mieux vaut un appareil évolutif en partant de bases connus qu’un chef-d’œuvre technologique mais figé dans une architecture complexe. Dans un contexte budgétaire contraint, la disponibilité compte autant que la performance brute.
Airbus rappelle qu’il poursuit en parallèle l’évolution de sa gamme actuelle, notamment avec la feuille de route NH90 Block 1 et Block 2, ainsi que ses modèles H145M, H160M et H225M qui structurent aujourd’hui son offre militaire.
Deuxième option : Un rotorcraft à grande vitesse inspiré du Racer
Le second concept est plus audacieux puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’un hélicoptère !
Airbus a développé plusieurs concepts de gyrodynes, des aéronef hybride dont la portance et les mouvements verticaux sont assurés par un rotor principal motorisé, à la manière d’un hélicoptère, tandis que la propulsion vers l’avant est fournie par un ou plusieurs moteurs distincts, comme sur un avion.

Il a aussi atteint 487 km/h en descente peu avant, confirmant sa position de gyrodyne le plus rapide malgré l’absence d’homologation FAI spécifique pour cette catégorie.
On pense en premier lieu à des prototypes comme le X3 et récemment le Racer, qui ont permis de prouver l’utilité de cette architecture.

Lors des essais en vol du programme European Next Generation Rotorcraft Technologies, des pilotes militaires ont confirmé les gains en vitesse, en accélération, en capacité de montée rapide et de descente rapide.
Connectivité, cybersécurité et combat collaboratif
Les deux concepts partagent un socle commun de nouveautés : connectivité avancée, cybersécurité renforcée, capacité de coopération entre équipage humain et drones et intégration dans un système de combat collaboratif multi-domaines.
Autrement dit, l’hélicoptère du futur ne sera plus isolé et deviendra un nœud dans un réseau.
Il sera capable d’échange des données en temps réel avec des drones, des avions, des unités au sol et des systèmes navals. Il pourra dans le même temps désigner une cible pour un missile MBDA, recevoir des informations d’un satellite et coopérer avec des systèmes sans pilote pour étendre son champ d’action sans exposer l’équipage.
La réparabilité en zone de combat et la capacité de survivre à des dommages sont également intégrées dans les deux visions. Ce sont des critères que les conflits récents ont remis au centre des priorités.
Une bataille industrielle et stratégique européenne
L’Europe veut être capable de proposer une solution crédible face aux programmes américains de nouvelle génération.
Airbus insiste sur la complémentarité des deux plateformes. Un hélicoptère conventionnel pour assurer la masse critique des missions et un rapide pour des opérations nécessitant réactivité et vitesse.
Le NGRC ne débouchera pas immédiatement sur une commande. Nous sommes encore au stade des études de concept. Pourtant, les choix réalisés aujourd’hui orienteront les flottes militaires européennes pour les trente prochaines années.
Dans l’aéronautique militaire, une génération d’appareils structure toute une industrie. Elle façonne des chaînes d’approvisionnement, des centres de maintenance, des formations de pilotes. Elle engage des milliards d’euros sur plusieurs décennies.
Avec ces deux concepts, Airbus propose SA vision du champ de bataille de 2040 : en plus en plus connecté, rapide et modulaire.
La question n’est plus de savoir si l’hélicoptère va évoluer. La question est de savoir à quelle vitesse et sous quelle architecture.
Airbus, le champion européen de l’hélicoptère
Nous en avions parlé dans un récent article mais si Airbus est au cœur du NGRC, c’est tout simplement car l’entreprise est devenue en quelques années la référence absolue en la matière.
En 2025, Airbus Helicopters a franchitla barre des 28 % de parts de marché sur les hélicoptères militaires grâce aux commandes de 536 appareils enregistrés auprès de 205 clients dans 50 pays, soit une hausse d’environ 20 % par rapport à 2024.
Sur le plan financier, les revenus s’établissent entre 8,9 et 9 milliards d’euros, en hausse de 13 %, avec un résultat opérationnel ajusté de 925 millions d’euros.
Les 2 concepts proposés par Airbus en un coup d’oeil :
Source : Données publiques d’Airbus





