Pourquoi un réseau vaut presque plus qu’une centrale.
UK Power Networks, ce sont 192 000 kilomètres de lignes électriques dont une grande partie enterrée sous les rues de la capitale britannique et de tout le Sud-Est de l’Angleterre. Ce réseau distribue environ 71 térawattheures par an à 8,5 millions de clients. C’est donc un colosse britannique de l’énergie que vient de s’offrir ENGIE pour la bagatelle de 10,5 milliards de livres sterling (environ 12 milliards d’euros).
Le groupe rejoint ainsi EDF en tant qu’acteur de poids sur le marché de l’énergie au pays de sa Majesté !
Lire aussi :
- Le Français ENGIE signe un contrat gargantuesque avec le géant américain Meta pour un des plus grands champs de panneaux solaires des États-Unis
- Le Portugal réalise des miracles et bat record sur record avec ce champ innovant d’éoliennes construites avec l’aide d’ENGIE
ENGIE rachète UK Power Networks pour environ 12 milliards d’euros
Avec cette opération, le Royaume-Uni devient tout simplement le deuxième pays le plus important du portefeuille d’ENGIE.
Le groupe n’a bien entendu pas attendu ce rachat pour jouer un rôle sur le sol britannique, notamment dans sa marche à pas forcé vers la transition écologique.
Avant le rachat : biométhane, batteries et flexibilité
Le Français exploite ainsi déjà quatre unités de production de biométhane dans le sud-ouest de l’Angleterre. Ensemble, elles injectent plus de 210 gigawattheures par an dans le réseau gazier national.
Une nouvelle centrale doit entrer en service en 2027 dans le nord de l’Angleterre. Elle produira environ 60 gigawattheures par an, entièrement contractualisés avec PepsiCo, avec à la clé une réduction estimée à 10 900 tonnes de CO₂ par an.
L’acquisition d’Ixora Energy en 2023 a ajouté environ 160 gigawattheures de capacité supplémentaire, renforçant la position d’ENGIE sur le marché du gaz renouvelable britannique.
Le stockage : l’autre pièce du puzzle
La transition énergétique ne repose pas uniquement sur la production et repose aussi largement sur la capacité à absorber les variations. ENGIE gère le projet Broxburn BESS en Écosse, une batterie de 50 mégawatts pour 100 mégawattheures de stockage.
Ce type d’actif apporte des services dits de « flexibilité réseau », indispensables dans un système où les renouvelables peuvent représenter 1 à 2 gigawatts dans certaines zones (notamment avec l’éolien offshore).
Ce travail sur la flexibilité préparait déjà le terrain pour une présence plus structurante dans les infrastructures.
Une opération lourde, mais pensée pour durer
Financièrement, l’opération est importante. ENGIE combine environ 5 milliards d’euros de dette et d’émissions hybrides, prévoit 4 milliards d’euros de cessions d’ici 2028 et pourrait lever jusqu’à 3 milliards d’euros en capital.
La dette nette devrait augmenter de 13 à 15 milliards d’euros. C’est conséquent mais le groupe affirme que l’acquisition sera relutive (qui accroît la part du bénéfice par actionnaire) dès la fin de la première année suivant le rachat.
Pendant ce temps, EDF tient la production nucléaire
Ce qui rend la situation intéressante, c’est que le Royaume-Uni n’est pas un terrain vierge pour les groupes français. Un autre géant de l’énergie français, EDF y est installé depuis 2009, après le rachat de British Energy pour 15,4 milliards d’euros.

Aujourd’hui, EDF exploite cinq centrales nucléaires en activité, représentant environ 37 térawattheures par an, soit près de 12 % de l’électricité britannique. Le groupe emploie environ 5 000 personnes dans le nucléaire au Royaume-Uni.
En outre, EDF pilote les deux projets EPR majeurs : Hinkley Point C et Sizewell C. Deux chantiers gigantesques qui doivent assurer une part significative de la production bas carbone britannique dans les décennies à venir.
La France semblez donc de plus en plus se plaire chez son voisin d’outre-Manche :
- ENGIE contrôle désormais une large partie des réseaux de distribution,
- EDF contrôle une part essentielle de la production nucléaire.
L’un gère les artères, l’autre produit le flux.
Principales activités d’ENGIE au Royaume-Uni :
| Segment | Activité | Données clés | Rôle stratégique |
|---|---|---|---|
| Distribution d’électricité | UK Power Networks (acquisition 2026) | 71 TWh distribués/an 8,5 millions de clients 192 000 km de réseau ~75 % souterrain |
Colonne vertébrale électrique de Londres et du Sud-Est Revenus régulés et prévisibles Actif central pour l’électrification |
| Biométhane | Unités de production en Angleterre | 4 sites en exploitation >210 GWh/an injectés +60 GWh/an prévus en 2027 +160 GWh via Ixora Energy (2023) |
Décarbonation du gaz Contrats long terme industriels (ex : PepsiCo) Positionnement fort sur le gaz renouvelable |
| Stockage d’énergie | Batteries réseau (BESS) | Broxburn BESS (Écosse) 50 MW / 100 MWh |
Flexibilité réseau Intégration éolien et solaire Stabilité du système électrique |
| Renouvelables | Développement et gestion d’actifs | Capacités éolien & solaire estimées 1-2 GW (zones concernées) | Contribution à l’objectif net zéro britannique Complément du stockage et des réseaux |
| Fourniture & services | ENGIE UK (gaz & électricité) | Clients entreprises et particuliers Contrats long terme en biométhane |
Revenus stables Solutions énergétiques intégrées Présence aval sur la chaîne de valeur |
Sources :
- Connaissance des Énergies (AFP), Biométhane : Engie se renforce au Royaume-Uni (21 septembre 2023),
dépêche revenant sur la stratégie d’Engie dans le biométhane britannique, détaillant les acquisitions réalisées, les capacités de production visées et l’inscription de ces investissements dans la trajectoire de décarbonation du groupe. - EDF Energy, £1.2billion investment across 2026-28 to help boost reliability and output (21 janvier 2026),
mise à jour officielle présentant l’état du parc de production britannique d’EDF Energy, incluant les centrales nucléaires et thermiques en exploitation, les calendriers de maintenance et les perspectives d’évolution du mix électrique au Royaume-Uni. - ENGIE, ENGIE annonce l’acquisition de UK Power Networks, distributeur d’électricité de référence au Royaume-Uni (25 février 2026),
communiqué officiel détaillant l’opération stratégique d’acquisition de UK Power Networks.



