Nvidia parie sur une deeptech française encore discrète… mais capable de résoudre l’un des plus gros blocages de l’intelligence artificielle moderne : Scintil Photonics.
La startup grenobloise Scintil Photonics a réalisé sa seconde levée de fond en septembre dernier avec 58 millions de dollars (environ 50 millions d’euros). Cette levée a également marqué l’arrivée d’un investisseur de prestige puisque la l’entreprise avec la plus grosse valorisation boursière du monde à rejoint le navire : Nvidia.
On s’en doute, si Nvidia mise sur cette PME française, ce n’est pas par charité mais parce que cette dernière travaille sur une technologie qui intéresse fortement l’Américain : des puces laser intégrées en silicium photonique.
On vous explique dans la suite comment ça marche et pourquoi Nvidia pourrait en avoir besoin dans les années à venir.
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Nvidia a investi dans la start-up grenobloise Scintil Photonics
En soutenant Scintil, Nvidia envoie un signal clair : la bataille ne se joue plus seulement sur la puissance de calcul, mais sur la circulation des données.
Pour la startup française, cette levée va permettre d’accélérer trois axes majeurs :
- Industrialisation de sa technologie
- Renforcement des équipes
- Déploiement à l’international
Dans un contexte de compétition intense sur les semi-conducteurs, cette opération confirme aussi une réalité souvent sous-estimée : la France reste capable de produire des innovations de rupture dans des secteurs critiques.
Scintil, elle, s’appuie notamment sur son héritage technologique issu du CEA-Leti, l’un des centres de recherche les plus avancés en Europe sur les semi-conducteurs.
La photonique sur silicium : la réponse à un goulet d’étranglement mondial
Le problème est simple à comprendre.
Les centres de données explosent avec l’IA générative. Les GPU deviennent de plus en plus puissants… mais ils sont freinés par un élément : les connexions entre les puces.
Aujourd’hui, ces interconnexions sont majoritairement électriques. Et elles atteignent leurs limites :
- Débits insuffisants
- Consommation énergétique élevée
- Latence croissante
C’est ici qu’intervient la technologie développée par Scintil Photonics : des puces laser intégrées en silicium photonique.
L’idée est de remplacer certaines connexions électriques par de la lumière pour des débits bien plus élevés, une latence réduite et une consommation énergétique optimisée
Leaf Light : une technologie pensée pour les centres de données IA
La technologie de l’entreprise française, baptisée Leaf Light, vise directement les besoins des infrastructures les plus exigeantes.
Elle repose sur un moteur optique DWDM (multiplexage en longueur d’onde), capable d’envoyer plusieurs flux de données simultanément sur différentes longueurs d’onde lumineuses.
En clair : Plusieurs canaux de données circulent en parallèle, sans interférences et sur une seule puce.
Cette approche permet d’augmenter fortement la densité de transmission, un enjeu central, notamment pour les centres de données.

Du laboratoire au marché : les premiers clients valident la technologie
Depuis septembre 2025, Scintil continue sa route et en mars elle vient de franchir un nouveau jalon important dans son histoire puisque l’entreprise annonce avoir commencé à livrer ses premières puces à des clients pour des phases de test.
Ce point est crucial.
Dans le secteur des semi-conducteurs, la crédibilité ne se gagne pas sur des promesses, mais sur la capacité à :
- Intégrer des composants dans des systèmes existants
- Passer des tests industriels
- Répondre à des contraintes réelles
Scintil entre donc dans une nouvelle phase : celle de la validation terrain.
Selon Reuters, la startup est déjà en discussion avec six à sept entreprises susceptibles d’adopter sa technologie d’ici 2028.
L’objectif de l’entreprise est à présent d’atteindre une production de centaines de milliers de puces par mois.
Un marché de 25 milliards d’euros en vue
Le marché mondial de la photonique sur silicium connaît une croissance fulgurante, avec une valeur estimée à environ 2,49 milliards d’euros en 2025 et qui pourrait dépasser les 25 milliards d’euros en 2034, soit x10 en moins de 10 ans !
Porté comme nous l’avons vu par la demande des hyperscalers et des infrastructures de calcul intensif, le marché est aujourd’hui dominé par l’Amérique du Nord, tandis que l’Asie-Pacifique accélère fortement. Les data centers représentent déjà plus d’un tiers des usages, avec une montée en puissance des modules optiques intégrés, du co-packaging avec les puces réseau et de l’intégration de lasers directement sur silicium.
Grâce à sa compatibilité avec les procédés industriels CMOS, la photonique sur silicium ouvre la voie à une production de masse à coûts maîtrisés, malgré des défis encore présents sur l’assemblage et la gestion thermique, dans un écosystème où startups innovantes et géants des semi-conducteurs collaborent pour répondre à l’explosion des besoins en bande passante.
Sources :
- VIPress, Le Grenoblois Scintil Photonics lève 50 M€ et séduit Nvidia (10 mars 2026),
article d’actualité présentant la levée de fonds de 50 millions d’euros réalisée par la start-up française Scintil Photonics, spécialisée dans les puces photoniques, avec le soutien de Nvidia pour accélérer le développement de ses technologies. - L’Usine Digitale, Soutenue par Nvidia, la deeptech française Scintil Photonics lève 50 millions d’euros (10 mars 2026),
https://www.usine-digitale.fr/article/soutenue-par-nvidia-la-deeptech-francaise-scintil-photonics-leve-50-millions-d-euros.N2237441
article détaillant les enjeux industriels et technologiques de cette levée de fonds, notamment dans le domaine des interconnexions optiques pour centres de données et applications en intelligence artificielle.





