La fin du diesel en mer commence ici.
L’hydrogène est régulièrement invoquée dans les médias comme « la panacée écologique », notamment dans le transport maritime.
Le problème c’est que jusqu’ici, faire bouger un titan de 100 ou 200 000 tonnes avec ce type d’énergie n’avait jamais été fait ou alors en mode hybride, avec finalement assez peu de part accordé à l’hydrogène.
En ce sens, le Japon vient de réaliser une petite prouesse en testant pour la première fois un moteur maritime de grande puissance qui fonctionnerait pour majorité à l’hydrogène.
Un véritable jalon technologique pour la transition verte du transport maritime.
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Une première mondiale sur un moteur de cargo longue distance fonctionnant à majorité à l’hydrogène
Au Japon, Japan Engine Corporation (J-ENG) et Kawasaki Heavy Industries viennent de franchir un cap historique avec le test réussi du premier moteur deux-temps à hydrogène destiné aux grands navires océaniques.
Le moteur, baptisé assez poétiquement 6UEC35LSGH, a été testé à terre dans la préfecture de Hyōgo.
Les résultats sont très encourageants :
- combustion stable sur 6 cylindres
- plus de 95 % de l’énergie fournie par l’hydrogène
- fonctionnement fiable à pleine charge
On ne parle plus d’un prototype fragile, mais bien d’un système déjà proche d’une utilisation réelle.
Comment fonctionne ce moteur 6UEC35LSGH ?
Ce moteur ne fonctionne pas encore à 100 % hydrogène mais on s’ne rapproche !
Le principe repose sur une configuration hybride :
- hydrogène liquide comme carburant principal
- une petite quantité de fioul lourd utilisée pour l’allumage
Pourquoi ? Parce que l’hydrogène est difficile à enflammer de manière stable dans des moteurs de très grande taille.
Le fioul agit ici comme une « étincelle géante », garantissant la fiabilité du système.
Ce choix permet de combiner performance industrielle et sécurité opérationnelle.
La transition progressive vers du 100 % hydrogène à terme se dessine !
Un levier clé pour décarboner le transport maritime
Le transport maritime représente environ 3 % des émissions mondiales de CO₂ (d’après les rapports du GIEC). Un chiffre qui pourrait doubler d’ici 2050 sans action.
L’Organisation maritime internationale (OMI) a fixé des objectifs ambitieux :
- -20 % d’émissions d’ici 2030
- neutralité carbone autour de 2050
Dans ce contexte, les moteurs hydrogène apparaissent comme une solution crédible même si la technologie doit être affiné et le 6UEC35LSGH est une pierre à l’édifice.
Une fois commercialisé, il pourrait permettre ce premier pas qui demande tant d’effort vers cette transition écologique réclamée à cor et à cri.
Un projet industriel structuré et déjà en route
Ce moteur s’inscrit dans un programme industriel complet soutenu par le Japon.
Le projet rassemble plusieurs acteurs majeurs :
- J-ENG pour le développement moteur
- Kawasaki Heavy Industries pour le système d’alimentation en hydrogène liquide
- Mitsui O.S.K. Lines (MOL) pour l’exploitation maritime
- Onomichi Shipbuilding pour la construction du navire
- ClassNK pour la certification
Le tout est financé par le Green Innovation Fund japonais.
Le calendrier est déjà fixé :
| Étape | Date |
|---|---|
| Tests à terre | 2026 |
| Livraison moteur | Janvier 2027 |
| Essais en mer | 2028 |
| Déploiement commercial | Années 2030 |

Un premier navire déjà prévu mais pas encore un colosse
Alors en vérité, nous ne sommes pas encore au point de faire bouger un méthanier de 200 000 tonnes avec ce moteur.
Le moteur 6UEC35LSGH va pour le moment équiper un navire cargo polyvalent de 17 500 tonnes de port en lourd, actuellement en construction au Japon.
Loin d’être un « géant » mais c’est un premier pas vers un transport maritime mondial qui carburerait à l’hydrogène.
Hydrogène vs ammoniac : la bataille des carburants du futur
Dans la course à la décarbonation maritime, deux candidats principaux s’affrontent :
- l’ammoniac
- l’hydrogène
Chacun a ses avantages / ses inconvénients :
| Carburant | Avantage | Limite |
| Hydrogène | Zéro carbone à l’usage | Stockage complexe |
| Ammoniac | Plus facile à transporter | Toxique et moins efficace |
Le Japon semble pour le moment miser sur l’hydrogène, notamment grâce à son expertise industrielle et à ses investissements massifs.
Les défis techniques restent considérables
Plusieurs obstacles doivent encore être levés avant une adoption massive de ce moteur.
Le principal défi concerne le stockage :
- l’hydrogène doit être conservé à -253 °C sous forme liquide
- il nécessite des réservoirs spécifiques
- il prend plus de place que les carburants traditionnels
S’ajoutent :
- la sécurité (gaz hautement inflammable)
- le coût de production
- les infrastructures portuaires
Sans réseau mondial de ravitaillement, il sera difficile de généraliser ces moteurs mais il est clair qu’une dynamique générale se met en place pour y palier.
Sources :
- Kawasaki Heavy Industries, Kawasaki develops hydrogen-powered aircraft concept (30 mars 2026),
https://global.kawasaki.com/news_260330-1e-b1.pdf
communiqué officiel de Kawasaki. - Mitsui O.S.K. Lines, MOL participates in hydrogen aircraft initiative (30 mars 2026),
https://www.mol.co.jp/en/pr/2026/26022.html
communiqué annonçant l’implication de Mitsui O.S.K.




