Une mission historique autour de la Lune avec un petit accent de cocorico.
Le 11 avril 2026, à 00 h 07 UTC, la capsule Orion a amerri dans le Pacifique au large de la Californie. Neuf jours, trois heures et trente-deux minutes après son lancement, la mission Artemis II est officiellement terminée.
Entre le 1er et le 11 avril, quatre astronautes auront ainsi parcouru plus de 1,1 million de kilomètres, survolé la face cachée de la Lune à environ 6 500 km d’altitude, et atteint une distance record de plus de 406 000 km de la Terre, battant celui d’Apollo 13 !
Au-delà de l’exploit, cette mission marquait le retour des vols habités dans l’espace lointain, pour la première fois depuis Apollo 17.
Il faut bien comprendre que derrière cette réussite, il y une immense chaîne industrielle… et une part importante de cette chaîne parle français avec une myriade d’acteurs tricolores impliqués.
Zoom sur ces Français qui auront, à leur manière, visé la Lune.
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Ces entreprises françaises qui ont permis Artemis II sans que personne ne le sache
Le module européen : le véritable cœur du vaisseau Orion
Quand on imagine une mission lunaire, on pense à la fusée, à la capsule ou à l’équipage.
On pense rarement au véritable corps du vaisseau, son module de service.
Ce dernier a joué un rôle central durant toute la mission, en assurant les manœuvres critiques, notamment l’injection sur la trajectoire lunaire et en alimentant Orion grâce à ses panneaux solaires, tout en maintenant des conditions de vie stables à bord.
Plusieurs entreprises françaises ont joué un rôle clé dans sa fabrication avec entre 30 % et 40 % de l’appareil « Made in France ».
Voici une liste non exhaustive d’intervenants privés au moins partiellement français :
Airbus : le chef d’orchestre du module européen
Airbus Defence and Space a été le maître d’œuvre du Module de Service Européen (ESM).
Côté français, la contribution a été loin d’être marginale. Sur le site des Mureaux, les équipes d’Airbus ont développé une partie essentielle de l’avionique, ce système capable de traiter en continu des milliers de données : température, position, niveaux de carburant ou encore orientation du vaisseau. Pour fiabiliser l’ensemble, un simulateur complet d’Orion a été conçu, capable de reproduire les situations les plus critiques, des pannes aux scénarios d’urgence.
Au-delà de la technique, Airbus a joué aussi un rôle d’intégrateur. L’entreprise a coordonné une véritable « Team Europe », impliquant une dizaine de pays, en assemblant des sous-systèmes venus de tout le continent, des panneaux solaires aux mécanismes de précision.

Crédit : Airbus Defence and Space GmbH © 2026.
Safran : surveiller, filtrer, suivre et sécuriser la mission
Le groupe Safran est intervenu à plusieurs niveaux critiques.
D’abord, avec sa filiale Sofrance, qui fabrique des filtres à hélium utilisés dans le système de propulsion. Un rôle pas si anecdotique puisqu’une simple particule dans un circuit peut bloquer une vanne ou perturber une injection de carburant.
Safran a également assuré le suivi de la capsule en vol grâce à sa solution WeTrack®, permettant l’analyse des signaux radio du vaisseau, de ses manœuvres et reconstituant son comportement orbital, à raison d’une observations toutes les six minutes, sur des distances de plusieurs centaines de milliers de kilomètres.
On peut également ajouter à cela :
- des systèmes de communication sol
- des modems spécialisés
- des moteurs pour orienter les panneaux solaires
Ce qui fait de Safran un acteur omniprésent sur la mission.
ArianeGroup : contenir l’énergie brute
Impossible de parler du module de service sans évoquer ArianeGroup.
L’entreprise a fourni les réservoirs de carburant et d’hélium, capables de supporter des pressions extrêmes jusqu’à 400 bars, soit 400 fois la pression atmosphérique.
Ces réservoirs sont des pièces critiques, en matériaux composites, testées bien au-delà de leurs limites théoriques.

Latelec : 11 kilomètres de nerfs pour faire vivre Orion
La société Latelec a conçu plus de 11 kilomètres de câblage pour le module européen.
Ces câbles avaient pour rôle de transporter l’électricité, bien sûr, mais aussi les données de télémétrie et les commandes de pilotage.
Chaque connexion avait testée des dizaines de fois pour éviter une erreur de branchement, même minuscule, pouvant compromettre une mission à plusieurs milliards d’euros.
D’ailleurs, lors d’un incident de communication peu après le décollage, ce sont ces systèmes de télémétrie qui ont permis aux ingénieurs de confirmer que tout fonctionnait normalement à bord.
Thales Alenia Space : maintenir la vie dans le vide
Le groupe Thales Alenia Space (au 2/3 français) a de son côté fourni plusieurs sous-systèmes essentiels :
- le contrôle thermique (TCS), permettant de maintenir une température acceptable,
- le stockage et la distribution des consommables pour la distribution de l’eau potable,
- des éléments du support-vie pour fournir oxygène et azote à l’équipage.
Clemessy pour fiabilité sans faille des équipements
Clemessy a participé au programme Artemis program en assurant la maintenance des systèmes de test et de simulation du module de service.
Après le succès d’Artemis I en 2022, l’entreprise avait obtenu un contrat de 3,5 ans couvrant les modules ESM 4 à 6, avec une extension prévue jusqu’à ESM 9.
Elle a ainsi garanti la fiabilité des équipements utilisés pour tester et préparer le vaisseau avant son lancement. Cette expertise a été reconnue par l’ESA, qui l’a classée parmi les meilleures entreprises du programme.
Air Liquide : indispensable avant même le décollage
On finit le cortège d’entreprises privées françaises avec Air Liquide, qui n’a certes pas travaillé directement sur le module de service mais dont le rôle tout aussi important a été de fournir de l’azote haute pression au Centre spatial Kennedy via sa filiale Airgas.
Le rôle de ce gaz est multiple :
- purger les conduites
- stabiliser les pressions
- éviter les réactions chimiques
- protéger les systèmes électroniques
Sans cette étape, le lancement aurait tout simplement été impossible, son action méritait donc une petite place dans cette liste.
CNES et Pleumeur-Bodou : surveiller la mission depuis la Terre
Pour finir, plusieurs acteurs publics français ont également pu jouer un rôle important pour Artemis II.
PB8, une antenne de 13 mètres située à Pleumeur-Bodou en Bretagne et opérée par l’association ORPB, a été Sélectionnée par la NASA parmi 34 stations dans le monde, elle a permis de suivre la capsule Orion en télémétrie pendant sa mission autour de la Lune.
Exploitée par une équipe de radioamateurs passionnés, l’antenne a capté des signaux très faibles pour transmettre des données essentielles, notamment pour affiner la trajectoire et la vitesse du vaisseau. Une contribution technique pointue, rendue possible par leur expertise en communications spatiales.
En parallèle, le CNES surveillait les astronautes eux-mêmes.
Avec le système EveryWear, les données physiologiques de l’équipage ont pu être collectées, analysées et transmises en temps réel.
Une véritable médecine à distance, dans un environnement où aucun médecin ne peut intervenir physiquement.
Une expertise française au cœur de l’exploration spatiale moderne
Artemis II est une indéniable réussite américaine qui fait rêver l’Humanité avant d’aller encore plus loin (Artemis IV devrait permettre de remettre le pied sur la Lune en 2028) mais la mission a également permis à la France de faire preuve de son immense savoir-faire dans le domaine spatial.
La France s’appuie sur un écosystème spatial unique, structuré autour du CNES, de grands industriels comme Airbus, Thales, Safran ou ArianeGroup, mais aussi sur un tissu dense de PME et de laboratoires issus du CNRS et du CEA. Un ensemble cohérent, capable de couvrir toute la chaîne, du composant critique jusqu’aux opérations de mission.
Ce savoir-faire ne date pas d’hier. Il s’est construit avec le port spatial de Centre spatial guyanais, la famille Ariane, et une présence continue dans les grands programmes européens comme Copernicus ou Galileo. Aujourd’hui, il s’illustre jusque dans les missions lunaires américaines.
Avec près de 1 700 entreprises, environ 33 000 emplois et plus de 10,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la filière spatiale française ne se limite pas à construire des satellites ou des fusées. Elle conçoit les systèmes invisibles qui rendent ces missions possibles.
Le rôle de la France dans Artemis II en un coup d’oeil :
Sources :
- Agence spatiale européenne, N° 19–2026: Amerrissage d’Artemis II (11 avril 2026),
https://www.esa.int/Newsroom/Press_Releases/Amerrissage_d_Artemis_II - Thales Alenia Space, Artemis II : dans les starting-blocks (31 mars 2026),
https://www.thalesaleniaspace.com/fr/news/artemis-ii-dans-les-starting-blocks-les-quatre-astronautes-de-la-mission-bientot-en-route-pour - Clemessy, Destination Moon: Clemessy takes part in the Artemis space programme (15 février 2023),
https://www.clemessy.com/en/news/destination-moon–clemessy-takes-part-in-the-artemis-space-programme-orchestrated-by-nasa-and-esa - Science & Vie, De la Corrèze à la Lune : les entreprises françaises derrière le module Orion (04 avril 2026),
https://www.science-et-vie.com/ciel-et-espace/de-la-correze-a-la-lune-voici-les-entreprises-francaises-qui-ont-construit-le-module-orion-de-la-mission-artemis-ii-234140.html - Le Dauphiné Libéré, Mission Artemis II : une entreprise iséroise à bord de la capsule Orion (9 avril 2026),
https://www.ledauphine.com/economie/2026/04/09/mission-artemis-ii-une-entreprise-iseroise-a-bord-de-la-capsule-orion-bientot-de-retour-sur-terre - Planétarium de Bretagne, L’ORPB sélectionnée pour participer à la mission Artemis II (17 février 2026),
https://planetarium-bretagne.bzh/2026/02/17/lorpb-selectionnee-pour-participer-a-la-mission-artemis-ii/
Crédit image de mise en avant : ©ThalesAleniaSpace_E.Briot




