Un dirigeable solaire qui reste 12 jours à 16 000 mètres : et si Internet venait bientôt… du ciel ?
Si on vous parle de relai pour vous connecter à Internet, votre esprit doit logiquement scinder les possibilités technologiques en deux choix : en orbite terrestre via satellites ou au sol via des antennes.
Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients :
Par satellite : couverture quasi universelle et indépendante du réseau terrestre, mais avec latence élevée, débits plus limités et coût plus élevé.
Par antennes relais : latence faible et débits élevés là où la couverture est bonne, mais absence de service dans les zones isolées et dépendance à l’infrastructure terrestre.
Le truc c’est que votre esprit aura « oublié » une dernière possibilité !
Entre les deux, il existe une zone encore largement sous-exploitée : la stratosphère, autour de 15 000 à 20 000 mètres d’altitude.
Et pour y poser des relais, la société Sceye vient justement de réussir un test intéressant avec un dirigeable solaire, baptisé SE2, qui est resté en vol pendant 12 jours, à plus de 16 000 mètres d’altitude, parcourant près de 10 300 kilomètres entre le Nouveau-Mexique et les côtes du Brésil.
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Le dirigeable SE2 pourrait offrir une troisième voie entre satellites et antennes terrestres pour relayer Internet
Le SE2 n’a rien d’un dirigeable « classique ».
Avec ses 82 mètres de long, il embarque sur sa partie supérieure des cellules solaires qui captent l’énergie pendant la journée. Cette énergie est stockée dans des batteries lithium-soufre, très performantes, avec une densité énergétique d’environ 425 Wh/kg.
La nuit, l’appareil continue de voler en utilisant cette énergie stockée.
Le système alimente notamment une hélice électrique placée à l’arrière, qui permet de maintenir la position et de corriger la trajectoire.
Ce fonctionnement en cycle jour-nuit est l’un des points les plus complexes à maîtriser. Lors de ce vol, le dirigeable a enchaîné plusieurs cycles complets, ce qui a validé ses performances en matière d’endurance.
Rester en place plutôt que tourner autour de la Terre
Contrairement à un satellite, ce type de plateforme ne tourne pas autour de la planète.
Il reste au-dessus d’une zone donnée.
Pendant ce vol, le SE2 a été capable de maintenir sa position avec une précision remarquable, dans un rayon d’environ 1 kilomètre. C’est ce qu’on appelle le station-keeping.
Cette capacité change complètement les usages.
Plutôt que de survoler rapidement une région, le dirigeable peut ainsi observer en continu une zone, fournir une connexion stable et suivre l’évolution d’un événement en temps réel.
On passe d’une logique de passage ponctuel à une logique de présence permanente.
Une « antenne volante » pour les zones en crise
À ce stade, l’idée de Sceye n’est pas d’apporter Internet partout, en permanence comme un Starlink ou un OneWeb mais plutôt d’apporter de la connectivité là où elle n’existe plus.
Le dirigeable embarque un système appelé SceyeCELL, capable de fonctionner comme une antenne relais en altitude.
Dans un scénario de catastrophe naturelle (ouragan, séisme, incendie), les infrastructures au sol sont souvent détruites ou saturées.
Dans ce cas, un dirigeable positionné à 16 000 mètres pourrait aider à rétablir un réseau mobile, utile notamment aux équipes de secours.
L’avantage serait immédiat : nul besoin de reconstruire au sol, la couverture arriverait par le ciel.
Vers des vols de plusieurs mois voire plusieurs années
Les douze jours de vol était déjà un test intéressant pour Sceye mais l’entreprise se veut encore plus ambitieuse et souhaiterait maintenir ces plateformes en vol pendant des mois, voire des années.
L’intérêt de ces systèmes repose en effet sur leur capacité à rester longtemps au même endroit. Plus ils tiennent en vol, plus ils deviennent utiles.
Cette mission, lancée le 25 mars 2026 et terminée le 6 avril, avait justement pour but de vérifier que la durée de vol commençait à atteindre un niveau compatible avec des usages commerciaux.
Les résultats sont jugés suffisamment bons pour passer à la suite.
Une nouvelle couche entre le sol et l’espace
Ce type de technologie appartient à la catégorie : les HAPS, pour High-Altitude Platform Systems (Systèmes de plateformes à haute altitude).
On peut les imaginer comme une troisième couche d’infrastructure :
- au sol : les antennes et les réseaux terrestres
- dans l’espace : les satellites
- entre les deux : ces plateformes stratosphériques
Comme on l’a vu en introduction, les deux premières solutions ont des avantages et inconvénients.
| Critère | Antennes terrestres (5G / fibre) | Antennes satellites (LEO / GEO) |
|---|---|---|
| Latence | 5 à 20 ms | 20 à 50 ms en LEO, plus de 500 ms en GEO |
| Débit | 1 à 10 Gb/s | 100 Mb/s à 2 Gb/s (ex. Starlink) |
| Couverture | Zones urbaines et denses, jusqu’à 95 % en France | Zones rurales, maritimes et couverture mondiale |
| Coût d’abonnement / mois | 20 à 50 € | 50 à 100 € |
| Investissement infrastructure | Très élevé, avec déploiement de tours et réseaux physiques | Plus modéré côté utilisateur, avec terminal autour de 500 € |
Les HAPS pourraient proposer un compromis intéressant avec une latence faible, une couverture locale ciblée et surtout un déploiement rapide.
Une prochaine étape déjà en préparation
Fort de ce succès, Sceye prépare déjà la suite.
Les prochains tests auront une dimension plus concrète, avec des missions pré-commerciales, notamment au Japon. L’objectif sera de connecter directement ces plateformes à des réseaux existants, comme celui de SoftBank.
En cas de réussite, Sceye pourrait bien passer la marche qui est souvent trop haute pour les technologies de ce type : la réussite commerciale.
Comprendre Internet via HAPS en un coup d’oeil :
Sources : Données publics de Sceye





