Le géant français Alstom a signé ce 22 juillet 2026 un contrat majeur avec CFR SA, l’opérateur public roumain des infrastructures ferroviaires, pour la modernisation de 44 kilomètres de voie ferrée entre Filiași et Igiroasa. Montant : 1,8 milliard de lei roumains, soit environ 360 millions d’euros hors TVA. C’est le second lot d’un vaste chantier européen qu’Alstom pilotait déjà depuis mars.
Filiași et d’Igiroasa. Ces deux points ne vous diront probablement rien : ce sont des petites villes du sud-ouest de la Roumanie, dans la région d’Olténie, proches de la frontière serbe. Le chantier vise à faire passer cette portion vétuste au standard européen avec une vitesse portée à 160 km/h pour les voyageurs, 120 km/h pour le fret, et une signalisation numérique de dernière génération.
Le contrat s’inscrit dans la continuité d’un premier contrat déjà remporté par le même consortium en mars 2026 pour le Lot 1 entre Craiova et Filiași (38 km), d’un montant de 2,03 milliards de lei (approximativement 410 millions d’euros). En additionnant les deux lots, Alstom et son partenaire Terna vont donc moderniser 83 kilomètres de voie ferrée en Roumanie pour un peu plus de 770 millions d’euros.
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Alstom rafle un nouveau contrat ferroviaire roumain de 360 millions d’euros pour moderniser la ligne Filiași-Igiroasa
Un consortium franco-grec pour tout faire
Le consortium a pour nom Asocierea TrackWorks et associe deux entreprises aux compétences complémentaires : l’ingénierie et les systèmes ferroviaires côté Alstom, les travaux publics côté Terna. Sur ce Lot 2, Terna captera 74 % du contrat contre 68 % sur le Lot 1.
Alstom s’occupera de la mise en place de la signalisation numérique ERTMS de Niveau 2, du réseau de communication ferroviaire GSM-R, des nouveaux équipements d’enclenchement électronique et de la modernisation complète de l’électrification en 25 kV. T
erna, de son côté, s’occupera de la couche visible : rénovation des gares, remplacement des ponts et des passerelles, refonte du système de drainage, stabilisation des remblais, mise à niveau des quais à 400 mètres, installation de barrières antibruit. Sans oublier l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, un point que la Roumanie doit encore rattraper.
Douze mois pour les études de conception, quarante-huit mois pour l’exécution, soit soixante mois de chantier au total, auxquels s’ajouteront 120 mois (dix ans) de période de garantie et trois mois d’activités post-réception pour un total de 183 mois, soit un peu plus de quinze ans d’engagement contractuel. Le contribuable roumain, qui finance en partie ces travaux, saura à qui s’adresser en cas de problème.

Le corridor Orient/East-Med, colonne vertébrale ferroviaire européenne
Le chantier n’a évidemment de sens qu’à l’échelle continentale. La ligne Craiova-Caransebeș fait partie d’un axe européen appelé « corridor Orient/East-Med », l’un des neuf grands corridors prioritaires du réseau transeuropéen de transport (le fameux TEN-T dans le jargon bruxellois). Un corridor qui relie Hambourg, sur les côtes de la mer du Nord, à Nicosie, sur l’île de Chypre, en traversant neuf pays de l’Union européenne. Longueur totale : 3 712 kilomètres.
| Pays | Villes principales traversées | État d’avancement ERTMS |
|---|---|---|
| Allemagne | Hambourg, Berlin, Dresde | Retards, échéance repoussée à 2025-2028 |
| Rép. tchèque | Prague, Kolín, Přerov | Majoritairement opérationnel |
| Autriche | Vienne | Opérationnel (frontière tchèque) |
| Slovaquie | Bratislava, Košice | Prévu opérationnel d’ici 2030 |
| Hongrie | Budapest, Szajol | Retards sur frontière roumaine (2025) |
| Roumanie | Craiova, Bucarest, Constanța | Chantiers massifs en cours |
| Bulgarie | Sofia, Plovdiv, Burgas | Retards importants (2030-2037) |
| Grèce | Thessalonique, Athènes, Le Pirée | Partiel, échéance 2030 |
| Chypre | Nicosie, Limassol | Pas de réseau ferré (route/mer uniquement) |
Source : Commission européenne, DG MOVE.
L’idée du corridor est simple : permettre à un train de marchandises parti du port de Hambourg de rouler jusqu’aux ports grecs de Thessalonique ou du Pirée sans changer de locomotive ni de système de signalisation. Pour y arriver, il faut harmoniser à peu près tout : l’écartement des voies, la tension d’électrification (25 kV en courant alternatif, standard européen), la signalisation (ERTMS partout), les communications radio (GSM-R), les gabarits, les charges à l’essieu. Un travail titanesque, financé principalement par l’instrument européen « Connecting Europe Facility » (CEF), avec des budgets nationaux en cofinancement.
Le hic, c’est que le calendrier prend du retard. L’objectif initial était l’équipement complet du corridor en ERTMS d’ici 2030. Or, en 2023, seuls 13 % du corridor étaient opérationnels sur ce plan et certaines sections comme en Bulgarie afficheront des délais jusqu’en 2037.
Alstom, la conquête discrète du rail roumain
Pour Alstom, ce contrat est le énième signe d’une implantation devenue stratégique en Roumanie. Le groupe français y a déjà décroché plusieurs marchés majeurs ces dernières années : la fourniture de jusqu’à quarante trains inter-régionaux Coradia Stream signée en 2022 (750 millions d’euros environ, maintenance comprise), la modernisation du métro de Bucarest et bien sûr les deux lots successifs du chantier Craiova-Caransebeș en 2026. Le tout formant, selon les mots mêmes du président d’Alstom Europe Gian Luca Erbacci, « le portefeuille très diversifié de solutions Alstom dans ce pays, couvrant toutes nos lignes d’activité clés, de la signalisation aux projets d’infrastructure, en passant par le matériel roulant du métro et les capacités de maintenance complexes ».
Un positionnement d’autant plus intéressant que le marché ferroviaire roumain est en pleine effervescence. Le réseau national a longtemps souffert d’un sous-investissement chronique hérité de l’ère communiste et des années difficiles des années 1990-2000. Depuis l’entrée dans l’Union européenne en 2007, les fonds de Bruxelles ont commencé à irriguer les projets d’infrastructure mais c’est vraiment avec le Programme Transport 2021-2027, doté de plusieurs milliards d’euros, que la Roumanie a commencé à enclencher la vitesse supérieure. Les grands consortiums européens du rail (Alstom, Siemens Mobility, Colas Rail) se disputent désormais les contrats.
Sources :
- Alstom, Communiqué de presse – Alstom to modernise a new section of a major EU railway corridor in Romania, further boosting speed, capacity and interoperability (juillet 2026)
https://www.alstom.com/press-releases-news/2026/7/alstom-modernise-new-section-major-eu-railway-corridor-romania-further-boosting-speed-capacity-and-interoperability
Détails techniques officiels du contrat Lot 2 et rôle d’Alstom dans le consortium TrackWorks. - Railway Gazette International, Romanian railway modernisation contracts awarded (avril 2026)
https://www.railwaygazette.com/infrastructure/romanian-railway-modernisation-contracts-awarded/70701.article
Analyse des deux lots de la ligne Craiova-Caransebeș et répartition financière entre Alstom et Terna. - Commission européenne, Orient/East-Med Corridor – Trans-European Transport Network
https://transport.ec.europa.eu/transport-themes/infrastructure-and-investment/trans-european-transport-network-ten-t/orient-east-med-corridor_en
Présentation officielle du corridor TEN-T Orient/East-Med et de son état d’avancement.
Image de mise en avant : Gare du Nord à Bucarest (terminus de la ligne de train CFR 900) – crédit : Tiia Monto




