La Chine vient de battre un record mondial avec 3 ans d’avance sur l’Europe grâce à ce « monstre » de 25 000 tonnes pour convertir l’électricité des éoliennes offshore

Date:

La Chine vient d’installer, en sept heures d’opération et à 100 kilomètres au large des côtes du Guangdong, la plus grande station de conversion électrique offshore jamais construite au monde.

Le 23 juillet 2026, la station baptisée « Hai Feng Zhi Xin » (traduction littérale : « Cœur de l’éolien en mer ») a été mise en place au-dessus de sa fondation dans les eaux du sud de la Chine grâce à une méthode d’installation particulièrement audacieuse.

C’est la première fois au monde qu’une station de conversion offshore atteint la capacité gigantesque de 2 gigawatts sous une tension de plus ou moins 500 kilovolts.

Un double record que les industriels européens ne pensaient pas franchir avant 2028 au plus tôt. Décryptage.

Lire aussi :

Hai Feng Zhi Xin, le cœur du plus grand parc éolien offshore chinois

Une plateforme géante posée en pleine mer

Hai Feng Zhi Xin se trouve dans la mer de Chine méridionale, à 100 kilomètres au large de la ville portuaire de Yangjiang, dans la province du Guangdong. C’est ici, dans une zone maritime particulièrement exposée aux typhons, que China Three Gorges Corporation (le géant public opérateur du célèbre barrage éponyme) a fait installer sa nouvelle station électrique offshore. Un vrai colosse : un immeuble en acier de sept étages, mesurant 85,5 mètres de long, 82,5 mètres de large et 44 mètres de haut, pour un poids de 25 000 tonnes. Le tout posé sur une fondation dite « jacket » (littéralement en anglais « veste », qui désigne une structure treillis en acier) de 17 000 tonnes ancrée au fond marin par huit pieux géants. Au total, la machinerie déployée représente 42 000 tonnes d’acier, soit l’équivalent de six tours Eiffel entassées à 100 kilomètres au large !

Le rôle de cette plateforme est de centraliser l’électricité produite par deux parcs éoliens offshore adjacents (Qingzhou V et Qingzhou VII, exploités par China Three Gorges et totalisant 2 gigawatts de puissance installée), la transformer en courant continu à très haute tension, puis l’envoyer vers la côte via un câble sous-marin pour alimenter la vaste zone économique de Guangdong-Hong Kong-Macao. La production annuelle prévue est comprise entre 6 et 7,7 milliards de kilowattheures d’électricité selon les sources, de quoi couvrir la consommation d’environ un million de foyers chinois.

Un exploit d’ingénierie signé ZPMC et COSCO

La plateforme de 25 000 tonnes a été construite par Shanghai Zhenhua Heavy Industries (ZPMC), le géant chinois des équipements portuaires et offshore. Elle a ensuite été transportée par mer depuis le port de Nantong (province du Jiangsu) sur une distance de 1 090 milles nautiques (soit environ 2 020 kilomètres), à bord du navire semi-submersible Xiang Tai Kou de COSCO Shipping Specialized Carriers. Un vaisseau de 65 000 tonnes de port en lourd, doté d’un système de positionnement dynamique DP2, capable de manœuvrer une cargaison colossale au centimètre près.

Le Xiang Tai Kou a porté le nouveau convertisseur en mer de Chine méridionale, à 100 kilomètres au large de la ville portuaire de Yangjiang.
Le Xiang Tai Kou a porté le nouveau convertisseur en mer de Chine méridionale, à 100 kilomètres au large de la ville portuaire de Yangjiang.

Le vrai défi technique s’est joué lors du chargement du colis sur le navire à Nantong : à 28 000 tonnes une fois posée sur le pont, la plateforme est devenue à cet instant précis le plus lourd chargement de type skid-on jamais accompli au monde (le « skid-on » est une opération de glissement horizontal du chargement sur le pont, plutôt qu’un levage classique). Une fois arrivé sur site, la manœuvre finale s’appelle « float-over ». Le principe : la plateforme flotte sur le pont du navire jusqu’à ce que celui-ci vienne se positionner très précisément entre les quatre jambes de la fondation jacket déjà en place. Le navire ballaste ensuite ses cales avec de l’eau de mer pour s’enfoncer lentement dans les vagues, ce qui pose progressivement la charge sur les supports en dessous. À la fin de l’opération, il ne restait que 15 centimètres de dégagement de chaque côté entre la plateforme et sa fondation.

À quoi sert une station de conversion HVDC ?

Toute l’électricité produite dans le monde par les éoliennes (comme par les alternateurs des barrages hydroélectriques ou des centrales nucléaires) est du courant alternatif (AC). C’est le format historique du réseau électrique, utilisé depuis la fin du XIXe siècle et le grand débat entre Thomas Edison et Nikola Tesla. Sa force : facile à transformer entre différentes tensions (basse tension pour la maison, haute tension pour le transport longue distance) grâce à un simple transformateur.

Le hic, c’est que le courant alternatif souffre énormément dès qu’il faut traverser de longues distances, surtout en câble sous-marin. Les pertes en ligne deviennent vite considérables, à cause de phénomènes physiques appelés capacité et inductance qui gaspillent une part croissante de l’énergie sous forme de chaleur. Au-delà de 50 à 80 kilomètres de câble sous-marin, les pertes deviennent tellement importantes qu’on n’arrive presque plus à faire passer d’électricité utile. Un vrai casse-tête quand on veut développer des parcs éoliens à 100 ou 150 kilomètres des côtes, comme à Yangjiang.

La solution s’appelle HVDC (High Voltage Direct Current, ou courant continu à haute tension). Le principe : convertir le courant alternatif produit par les éoliennes en courant continu, l’envoyer sur des dizaines voire des centaines de kilomètres avec des pertes très réduites, puis le reconvertir en alternatif à l’arrivée à terre pour l’injecter dans le réseau. Dans les faits, une liaison HVDC longue distance perd 3 à 5 % d’énergie sur son parcours, contre 10 à 15 % pour une liaison alternative équivalente. Gain colossal sur des projets de 100 kilomètres et plus.

VSC contre LCC, et pourquoi le « flexible » change tout

Reste à faire la conversion, qui est le vrai casse-tête technique. Il existe deux grandes familles de convertisseurs. Les convertisseurs classiques (LCC pour Line Commutated Converter), utilisés depuis les années 1950, ont besoin d’un réseau électrique fort et stable pour fonctionner, et ne peuvent pas s’adapter facilement aux variations rapides de la production. Ils conviennent parfaitement aux interconnexions entre pays, mais pas à des parcs éoliens dont la production varie de minute en minute au gré du vent.

Les convertisseurs à source de tension (VSC pour Voltage Source Converter), plus récents, résolvent ce problème. Ils peuvent fonctionner sur un réseau faible, s’adaptent en temps réel aux fluctuations de la production éolienne, et permettent même de contrôler indépendamment la puissance active et la puissance réactive du courant transmis. C’est cette technologie que les industriels appellent « HVDC flexible » ou « HVDC light » selon les fabricants. C’est aussi celle utilisée sur Hai Feng Zhi Xin, avec un voltage de plus ou moins 500 kilovolts qui pulvérise le précédent record européen de 320 kilovolts établi dix ans plus tôt en mer du Nord.

La comparaison avec les records européens :

Station Pays Année Puissance Tension Constructeur
HelWin1 Allemagne (mer du Nord) 2015 576 MW ±250 kV Siemens
DolWin1 Allemagne (mer du Nord) 2015 800 MW ±320 kV ABB (aujourd’hui Hitachi Energy)
SylWin1 Allemagne (mer du Nord) 2015 864 MW ±320 kV Siemens / Prysmian
DolWin3 Allemagne (mer du Nord) 2018 900 MW ±320 kV GE Grid Solutions (ex-Alstom, Villeurbanne)
Sofia Royaume-Uni (mer du Nord) Prévue 2026-2027 1 400 MW ±320 kV GE Vernova / Sembcorp Marine
DolWin 4 / BorWin 4 Allemagne (mer du Nord) Prévues 2028-2029 2 000 MW ±525 kV Siemens Energy / Dragados Offshore
Hai Feng Zhi Xin Chine (mer de Chine méridionale) Installée juillet 2026 2 000 MW ±500 kV ZPMC / China Three Gorges

L’Europe (via l’opérateur allemand Amprion) a commandé fin 2023 auprès de Siemens Energy et Dragados Offshore les premières stations 2 GW à ±525 kilovolts pour le marché européen, mais ces installations ne seront pas opérationnelles avant 2028-2029. La Chine vient donc de mettre en service physiquement une station de puissance équivalente, avec une tension légèrement inférieure (±500 kV), avec environ trois ans d’avance sur ce qu’on annonçait comme le prochain standard européen.

La Chine devient leader mondial de bout en bout

En quelques années, la Chine s’est imposée comme leader mondial de l’éolien offshore. Elle possède environ 40 gigawatts installés à fin 2024 (soit près de la moitié du parc mondial), a mis en service en février dernier la première turbine 20 mégawatts au monde (100 % de composants chinois) dans la province du Fujian, a installé au printemps 2026 la plus grande éolienne flottante à turbine unique jamais construite (16 MW au large de Yangjiang), et vient donc de battre son propre record avec la première station HVDC offshore 2 GW du monde. La chaîne de valeur chinoise est désormais entièrement souveraine : turbines, fondations, câbles sous-marins, convertisseurs, navires d’installation, tout est produit et opéré par des acteurs chinois. Une intégration verticale que même les Européens historiques (Siemens, Vestas, Hitachi Energy) n’atteignent pas complètement, à cause de leur dépendance à des fournisseurs asiatiques sur certains composants critiques.

Sur l’éolien en mer, la Chine dépasse désormais l’Europe et les États-Unis à peu près sur tous les compartiments. Elle installe plus vite, plus grand, moins cher, et sur des standards technologiques qu’elle définit désormais elle-même. C’est un basculement historique majeur, comparable à ce que la même Chine avait fait sur le solaire photovoltaïque il y a dix ans et sur les batteries lithium-ion il y a cinq ans. Face à cette accélération, les industriels occidentaux ont deux choix : accepter la domination chinoise sur le marché mondial et se replier sur leurs marchés protégés (Europe, États-Unis), ou investir massivement pour rattraper le retard sur les grands projets à 2 gigawatts et plus.

Rien n’indique aujourd’hui que la deuxième option soit sérieusement engagée…

Hai Feng Zhi Xin, le cœur du plus grand parc éolien offshore chinois
Hai Feng Zhi Xin, le cœur du plus grand parc éolien offshore chinois

Sources :

  • CGTN, World’s largest offshore converter station installed off Guangdong coast (26 juillet 2026)
    https://news.cgtn.com/news/2026-07-26/World-s-largest-offshore-converter-station-installed-in-South-China-1P5yokJpc6k/p.html
    Communiqué officiel chinois, mise en service prévue fin 2026, alimentation Grand Bay Guangdong-Hong Kong-Macao.
  • HVDC World, China’s First 2 GW Offshore HVDC Converter Platform Installed (juin 2026)
    https://www.hvdcworld.com/news/chinas-first-2-gw-offshore-hvdc-converter-platform-installed
    Détails techniques du navire Xiang Tai Kou (DP2, 65 000 t), record skid-on de 28 000 t, précision d’installation, spécifications complètes ZPMC.
  • Xinhua, World’s largest offshore converter station to break China’s deep-sea power transmission bottleneck (mai 2026)
    https://english.news.cn/20260528/20c360f088a24cec937669a7cde40f56/c.html
    Contexte industriel chinois, entrée dans l’ère UHVDC offshore, référence à la turbine 20 MW du Fujian.

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

La France a un laser unique au monde qui peut concentrer l’équivalent de la puissance d’un million de réacteurs nucléaires : le PETAL

À une trentaine de kilomètres de Bordeaux, un laser concentre le temps d'un éclair davantage de puissance que...

La fusion nucléaire pourrait miser sur ce cristal qui a la spécificité de pouvoir fonctionner dans les environnements les plus hostiles de la physique...

Un cristal de la taille d'une gomme de crayon pour mesurer des champs magnétiques capables de faire griller...

La Chine valide encore un nouveau record mondial dans la construction grâce à ce colosse de 4 000 tonnes qui a fini de percer...

Le 30 juillet, à 89 mètres sous le Yangtsé, ce tunnelier de 4 000 tonnes a achevé une...

Le futur partenaire de vol du Rafale pourrait utiliser cette nouvelle technologie 100% française pour devenir invisible aux yeux des radars

L'équipier du Rafale, bientôt indétectable au radar grâce à cette nouvelle technologie française ? Une membrane de quelques microns,...