La France a encore une pièce maitresse dans son jeu : son parc nucléaire.
En 2025, la France est devenue la première destination mondiale des investissements étrangers dans les centres de données.
Selon un rapport de la CNUCED, l’agence des Nations unies sur le commerce et le développement, publié le 20 janvier 2026, les entreprises étrangères ont annoncé près de 69 milliards de dollars (environ 59 milliards d’euros) d’investissements dans des data centers en France l’an dernier. C’est plus du double du montant capté par les États-Unis, et près d’un quart des quelque 270 milliards de dollars (environ 230 milliards d’euros) engagés dans le monde.
Un tour de force qui doit beaucoup à l’électron nucléaire.
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Une usine à IA, c’est d’abord une usine à électricité et ça, la France a une réponse : le nucléaire
Entraîner et faire tourner des modèles d’IA, c’est avant tout brûler des quantités colossales de courant, jour et nuit, sans interruption. Un seul centre de données peut engloutir autant d’électricité qu’une ville de 100 000 foyers, et les projets les plus massifs se chiffrent désormais en gigawatts, l’équivalent d’un ou deux réacteurs nucléaires à eux seuls !
Or c’est précisément là que la France dégaine son atout maître. Son réseau électrique est décarboné à environ 94 %, grâce à un parc nucléaire qui fournit une électricité à la fois abondante, stable et peu émettrice de carbone. Pour un géant de la tech qui cherche à alimenter ses serveurs sans faire exploser son empreinte climatique ni sa facture, la proposition est difficile à battre.
EDF ne s’y est pas trompé, en réservant plusieurs gigawatts sur ses sites nucléaires pour y accueillir directement des centres de données, au plus près de la source.
Pourquoi le nucléaire fait la différence ?
Commençons par un chiffre qui plante le décor : en 2024, la France a battu son record historique avec 89 térawattheures d’exportations nettes d’électricité, redevenant de très loin le premier exportateur du continent. Elle a même dégagé un solde positif sur la totalité de ses frontières, l’Allemagne étant sa première cliente. Autrement dit, non seulement la France produit assez d’électricité pour ses propres besoins, mais elle en revend massivement à ses voisins. De quoi accueillir de nouveaux data centers énergivores sans redouter la panne.
Au niveau européen, la France n’a d’ailleurs pas vraiment d’adversaire à sa mesure. Les pays nordiques, Suède et Norvège en tête, disposent certes d’une électricité très décarbonée grâce à l’hydroélectricité et au nucléaire suédois, mais leur capacité reste limitée et géographiquement excentrée par rapport au cœur économique européen. D’ailleurs, ce n’est qu’en 2022, lorsque le parc nucléaire français était cloué au sol par des problèmes de corrosion, que la Suède lui avait ravi le titre de premier exportateur, preuve que tout se joue bien sur l’atome.
Les autres grands marchés, eux, accumulent les handicaps. L’Allemagne, qui a tourné le dos à l’atome, paie son électricité au prix fort et peine à verdir un réseau encore dominé par le charbon et le gaz. L’Irlande, longtemps chouchoute des géants du numérique, a fini par saturer : son gestionnaire de réseau a gelé les nouveaux raccordements de data centers autour de Dublin. L’Espagne progresse vite sur le solaire, mais son réseau reste faiblement interconnecté au reste du continent, une fragilité que la panne géante d’avril 2025 a cruellement rappelée. De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis disposent d’un courant bon marché grâce au gaz, mais avec une empreinte carbone lourde et des files d’attente de raccordement qui s’allongent.
La France, elle, coche presque toutes les cases à la fois : une électricité abondante, bon marché, bas carbone et disponible en surplus.

Un aimant à méga-projets
Ce cocktail attire les mastodontes. Un projet emblématique a ainsi été dévoilé en mai 2025 au sommet Choose France : une coentreprise réunissant le fonds émirati MGX, la banque publique Bpifrance, la pépite française de l’IA Mistral et le géant américain des puces NVIDIA, pour bâtir ce qui est présenté comme le plus grand campus d’intelligence artificielle d’Europe, en région parisienne, avec une capacité visée à terme de 1,4 gigawatt. Un seul site de cette ampleur suffit à faire basculer les statistiques d’un continent entier.
Ce n’est pas un cas isolé. La France et les Émirats arabes unis ont scellé un partenariat pour un centre de données géant de l’ordre du gigawatt, chiffré entre 31 et 52 milliards de dollars (environ 26 à 44 milliards d’euros). Le japonais SoftBank a annoncé en 2026 des dizaines de milliards d’investissements supplémentaires, avec plusieurs sites dans les Hauts-de-France. Des acteurs plus modestes suivent, comme le français Sesterce, qui bâtit un centre bourré de dizaines de milliers de processeurs graphiques dans la Drôme. Au total, les promesses accumulées depuis le sommet sur l’IA de février 2025 dépassent la centaine de milliards d’euros.
Attention au mirage des annonces
Attention toutefois à l’excès d’enthousiasme ! Entre une promesse claironnée en sommet et un centre de données qui ronronne pour de bon, il y a un monde… et quelques années. Les gigawatts annoncés devront trouver leur place sur le réseau électrique, se raccorder, s’approvisionner en eau pour le refroidissement, décrocher leurs permis et affronter parfois la contestation locale. L’histoire récente regorge d’annonces spectaculaires dont une partie seulement s’est concrétisée.
La France elle-même n’est pas à l’abri de ses propres goulets d’étranglement. Sécuriser le foncier, accélérer les raccordements, gérer la tension sur l’eau lors des étés caniculaires : ces défis très concrets décideront de la part des promesses qui deviendra réalité.
Le nucléaire donne un avantage de départ formidable, il ne dispense pas de construire.
Un modèle qui interroge l’Europe
Il n’empêche que le signal est fort. Pendant des années, on a présenté le choix nucléaire français comme un pari coûteux et daté. Le voilà qui se transforme en atout stratégique majeur à l’ère de l’intelligence artificielle, quand la question n’est plus seulement de produire de l’électricité, mais d’en produire beaucoup, tout le temps, et sans carbone. Certains y voient la preuve que la France offre un modèle de souveraineté énergétique que le reste de l’Europe gagnerait à méditer.
La partie est loin d’être gagnée pour autant. La concurrence mondiale est féroce, les besoins en calcul explosent plus vite que les capacités, et le leadership d’aujourd’hui peut fondre en quelques années. Mais pour une fois, la France aborde une révolution technologique avec une longueur d’avance bien réelle, forgée par un choix énergétique fait il y a un demi-siècle. Reste à savoir si elle saura transformer cet or nucléaire en puissance numérique durable, ou si elle laissera filer l’occasion faute d’avoir construit assez vite.
Sources :
- RTE (Réseau de transport d’électricité), La France a battu son record d’exports nets d’électricité en 2024 (janvier 2025)
https://www.rte-france.com/actualites/france-battu-record-exports-nets-electricite-2024
Record historique de 89 TWh d’exportations nettes en 2024 (contre 77 TWh en 2002), solde exportateur positif sur toutes les frontières, l’Allemagne première cliente, résultat du redressement du parc nucléaire. - CNUCED (ONU Commerce et Développement), Global Investment Trends Monitor, No. 50 (20 janvier 2026)
https://unctad.org/news/data-centres-are-reshaping-global-investment-landscape
Investissements étrangers annoncés dans les data centers en 2025 (plus de 270 milliards de dollars dans le monde), la France en tête avec environ 69 milliards, soit près d’un quart du total mondial et plus du double des États-Unis. - Bpifrance, MGX, Mistral AI et NVIDIA (communiqué commun), Launch of a Joint Venture to Build Europe’s Largest AI Campus in France (19 mai 2025)
https://www.polytechnique.edu/sites/default/files/content/communiques/fichiers/2025-05/News%20Alert%20-%20MGX%2C%20Bpifrance%2C%20Mistral%20AI%2C%20and%20NVIDIA%20Launch%20Joint%20Venture%20to%20Build%20Europe%E2%80%99s%20Largest%20AI%20Campus%20in%20France.pdf
Coentreprise pour un campus d’IA en région parisienne d’une capacité visée de 1,4 gigawatt, partenaires industriels (Bouygues, EDF, RTE, Polytechnique). - EY (baromètre de l’attractivité), France, première destination européenne des investissements étrangers (15 mai 2025)
https://www.diplomatie.gouv.fr/en/french-foreign-policy/economic-diplomacy-foreign-trade/news/2025/article/attractiveness-results-of-the-ey-barometer-15-05-25
France en tête des destinations européennes d’IDE pour la septième année consécutive, position renforcée dans l’intelligence artificielle après le sommet de février 2025.
Image de mise en avant :
Au premier plan l’EPR FLA3 avec le bâtiment réacteur et l’îlot conventionnel en 2020 – crédit : JKremona





