Le Danemark fait trembler jusqu’au nucléaire français avec cette bataille juridique qui pourrait impacter la production électrique de tout le continent

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Une bataille juridique née au Danemark, pourrait faire vaciller l’outil sur lequel repose le financement des énergies renouvelables dans toute l’Europe, la France comprise.

Tout est parti d’une querelle entre éoliens danois.

D’un côté, les développeurs d’éolien en mer, arrosés de subventions publiques. De l’autre, ceux du terrestre et du solaire, qui produisent sans aide et crient à la concurrence déloyale.

L’un d’eux vient de porter l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne, et si les juges lui donnent raison, les conséquences dépasseront de très loin les côtes danoises.

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Fin 2024, le Danemark, pourtant pionnier mondial de l’éolien en mer, organise un appel d’offres pour de nouveaux parcs selon un modèle dit d’enchères négatives : les développeurs devaient payer l’État pour décrocher le droit de construire… pour un four monumental ! Pas un seul candidat ne se présenta.

En cause : des coûts en hausse, des chaînes d’approvisionnement sous tension et prix de l’électricité incertains qui ont eu pour conséquence le fait que plus personne ne veuille s’engager sans filet.

Copenhague fait alors marche arrière et change complètement de modèle. Place aux contrats pour différence, ou CfD, un mécanisme qui garantit aux producteurs un prix de vente stable sur vingt ans, adossé cette fois à un soutien public (très utilisé dans le nucléaire comme on le verra plus bas). La Commission européenne valide le dispositif en mars 2026, et l’effet est immédiat. En mai, les enchères sont sursouscrites, et le suédois Vattenfall remporte les deux parcs mis aux enchères, Nordsøen Midt et Hesselø, soit près de 1,8 gigawatt, de quoi alimenter environ 1,8 million de foyers danois.

À l’époque, ce retour en grâce est unanimement salué.

La France finance un ambitieux projet de centrale nucléaire flottante mené par son nouveau champion : newcleo

Le contrat pour différence, mode d’emploi

Au cœur de l’affaire se trouve donc ce fameux CfD, un mécanisme qu’il faut comprendre pour saisir l’enjeu. L’idée est de sécuriser le producteur en lui garantissant un prix de référence, appelé prix d’exercice, pour chaque mégawattheure vendu pendant toute la durée du contrat.

Situation Ce qu’il se passe
Prix garanti Un prix d’exercice est fixé pour 20 ans (par exemple 67 €/MWh)
Marché en dessous du prix garanti L’État verse la différence au producteur
Marché au-dessus du prix garanti Le producteur reverse le surplus à l’État
Effet recherché Revenus stables pour investir, protection du consommateur contre les flambées

Ce système « à double sens » a séduit l’Europe entière parce qu’il rassure les investisseurs tout en évitant que le contribuable paie à guichet ouvert. Quand les prix s’envolent, comme en 2022, c’est même l’État qui encaisse. WindEurope, la fédération du secteur, ne cesse de le répéter : les CfD livrent une électricité verte à prix bas, et le Danemark devrait en faire la norme.

L’attaque qui inquiète tout un continent

C’est précisément ce succès que conteste aujourd’hui le camp adverse. Le développeur d’éolien terrestre Dansk Vindenergi a saisi la Cour de justice de l’Union européenne pour faire tomber le mécanisme danois, dénoncé comme une aide d’État illégale. Son raisonnement : subventionner l’éolien en mer revient à handicaper le solaire et l’éolien terrestre, qui, eux, se passent d’aides. Les plaignants pointent aussi un détail explosif, le versement de subventions même pendant les heures où le prix de l’électricité devient négatif, ce que les règles européennes récentes interdisent en principe.

Une bisbille locale, en somme ? Et bien pas du tout, et c’est même là que l’affaire devient « intéressante ». Le contrat pour différence n’a rien de spécifiquement danois : il est devenu l’outil central de financement des renouvelables dans toute l’Union. La France y recourt massivement, et la Commission vient encore d’approuver un dispositif du même type pour son éolien en mer. Si la Cour venait à juger le modèle danois contraire aux règles de concurrence, elle ouvrirait une brèche béante, et rien n’empêcherait alors des recours en cascade contre les dispositifs équivalents d’un pays à l’autre. Le financement de la transition européenne se retrouverait fragilisé d’un coup de marteau judiciaire.

Le nucléaire français dans le même piège ?

La France a d’autant plus de raisons de suivre ce dossier de près qu’elle joue exactement la même carte, et pour un enjeu autrement plus lourd. Le financement de ses six réacteurs EPR2, dont la facture a déjà grimpé à 72,8 milliards d’euros, repose sur un montage très proche : un prêt public bonifié couvrant jusqu’à 60 % des coûts, et surtout un contrat pour différence garantissant à EDF un prix de vente pendant quarante ans, estimé entre 85 et 115 euros le mégawattheure.

EDF a présenté une estimation préliminaire de 72,8 milliards d'euros pour ses 6 EPR2.
EDF a présenté une estimation préliminaire de 72,8 milliards d’euros pour ses 6 EPR2.

Or ce montage est déjà dans le collimateur. Fin mars 2026, la Commission européenne a ouvert une enquête approfondie pour vérifier qu’il ne constitue pas une aide d’État excessive, susceptible de fausser la concurrence et de renforcer la position d’EDF, qui produit déjà plus de 75 % de l’électricité française. La direction de la concurrence à Bruxelles, attachée à la logique de marché, se montre pointilleuse, et l’issue conditionne la décision finale d’investissement attendue fin 2026.

Le risque n’est pas que théorique. L’Autriche, farouchement antinucléaire, a déjà attaqué devant la justice européenne des soutiens publics accordés au nucléaire hongrois et britannique, et pourrait recommencer. En France même, des associations comme « Énergies renouvelables pour tous » contestent le dossier, accusant EDF de sous-estimer le coût réel des EPR2. Autrement dit, le même outil, le CfD, se retrouve simultanément attaqué sur l’éolien danois et scruté sur le nucléaire français. Si la Cour de justice venait à en fragiliser le principe, ce serait toute la stratégie énergétique française, renouvelable comme atomique, qui se retrouverait exposée.

La France a battu en juin 2026 un record domestique en franchissant la barre des 34 gigawatts de puissance solaire installée sur son sol

Un débat de fond qui monte

Derrière la procédure se cache une vraie question, qui agite désormais tout le secteur. Faut-il continuer à subventionner des énergies renouvelables devenues, pour certaines, compétitives sans aide ? Les tenants d’un renouvelable « de marché » estiment que les subventions faussent le jeu et retardent l’avènement d’un système où le vent et le soleil se financent seuls. Leurs adversaires répondent que l’éolien en mer, très capitalistique et risqué, ne se construira jamais à l’échelle voulue sans la visibilité qu’offrent les CfD, comme l’a cruellement démontré le fiasco danois de 2024.

La Cour n’a pas encore fixé de date d’audience, et son verdict, quel qu’il soit, fera jurisprudence pour des années. En attendant, l’épée de Damoclès plane sur les deux parcs de Vattenfall, dont le financement se retrouve suspendu à une décision de justice, et au-delà sur toute une industrie qui pensait avoir enfin trouvé la recette pour bâtir ses éoliennes.

Sources principales :

  • reNEWS, Danish onshore player takes legal case over offshore CfDs (septembre 2026)
    https://www.renews.biz/offshore-wind/danish-onshore-player-takes-legal-case-over-offshore-cfds/
    Recours de Dansk Vindenergi devant la Cour de justice de l’UE contre le mécanisme CfD danois pour l’éolien en mer, contestation sur le terrain des aides d’État, parcs de Vattenfall concernés.
  • WindEurope, Successful Danish offshore wind tender proves that CfDs deliver competitive bids (5 août 2026)

    Successful Danish offshore wind tender proves that CfDs deliver competitive bids


    Résultats des enchères danoises (Vattenfall à 67,42 et 72,50 €/MWh), passage aux CfD à double sens après l’échec de 2024, plaidoyer pour généraliser le mécanisme.

  • Offshore Wind (offshorewind.biz), Bidders Return to Denmark After CfD Switch (22 mai 2026)
    https://www.offshorewind.biz/2026/05/22/bidders-return-to-denmark-after-cfd-switch/
    Détail des enchères (Nordsøen Midt, Hesselø, Nordsøen Syd), plafonds de subvention (2,1 et 2,9 milliards d’euros), retour des candidats après l’adoption du modèle CfD
  • Sfen (Société française d’énergie nucléaire), Aides d’État, CfD, prêt public : Bruxelles précise le financement des EPR2 et ouvre une consultation européenne (29 mai 2026)

    Aides d’État, CfD, prêt public : Bruxelles précise le financement des EPR2 et ouvre une consultation européenne


    Ouverture le 31 mars 2026 de la procédure formelle d’examen des aides d’État au programme EPR2, architecture financière (prêt bonifié, contrat pour différence de long terme, partage des risques).

Image de mise en avant : Rødsand I (arrière-plan) et II (premier plan) – crédit : Koppelius

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

2 Commentaires

  1. la production d’électricité nucléaire n’a JAMAIS été et ne sera jamais rentable , elle sert de couverture aux programmes militaires !
    l’énergie atomique est énorme quand elle est libérée dans une explosion , donc une réaction instantanée, totale et définitive … c’est un peu comme si on voulait exploiter l’énergie de la foudre !

    le pays le plus nucléarisé au monde va avoir un réveil pénible
    dans le nucléaire TOUT est transparent , sauf le prix , sauf le rendement énergétique global, sauf l’origine de l’ Uranium , sauf la contamination de l’environnement et sauf le danger en temps de guerre …

    la fin du nucléaire français va être pathétique avec une dette pharaonique !

    • Merci de vos prédictions tendancieuses . Vous etes une admiratrice de Sandrine ROUSSEAU ? Avez vous des éléments pour construire vos affirmations ( L’energie nucléaire sert essentiellement aux militaires ????) ?

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