Pendant que la France se débat pour financer ses futurs réacteurs, la Chine coule le béton d’un nouveau cœur nucléaire presque tous les mois !
En quelques années à peine, la Chine a doublé la France pour s’installer au deuxième rang mondial de la production d’électricité nucléaire, derrière les seuls États-Unis. Et elle ne compte pas s’arrêter là.
Le 5 septembre 2026, elle a démarré la construction du réacteur numéro 2 de la centrale de Zhaoyuan, dans la province côtière du Shandong avec le coulage d’environ 8 800 mètres cubes de béton (plus de 20 000 tonnes soit 2 fois la tour Eiffel), ce qui devrait théoriquement prendre une soixantaine d’heures.
Une opération devenue presque anodine tant Pékin en aligne : c’est le deuxième des six réacteurs Hualong One prévus sur ce seul site, dont l’unité 1 avait entamé son chantier moins d’un an plus tôt.
Le moment pour nous de nous pencher (à nouveau) sur la montée en puissance de Pékin dans le nucléaire civil.
Lire aussi :
- La France et les États-Unis vont s’affronter sur le terrain du nucléaire avancé avec la même technologie de pointe mais deux voies différentes pour le combustible
- Encore un paradoxe de l’Allemagne qui refuse le nucléaire sur son sol mais produit grâce à la France du combustible pour les vieilles centrales soviétiques
La Chine coule le béton du deuxième réacteur Hualong One de Zhaoyuan
Zhaoyuan, un maillon d’une chaîne sans fin
Une fois ses six tranches en service, la centrale de Zhaoyuan affichera 7,2 gigawatts de puissance et produira environ 50 térawattheures par an, de quoi couvrir les besoins de cinq millions de personnes, tout en évitant la combustion de plus de 15 millions de tonnes de charbon. Le tout pour un investissement d’environ 120 milliards de yuans, soit 16,9 milliards de dollars ou près de 14,4 milliards d’euros. Chaque réacteur doit livrer ses premiers électrons cinquante à soixante mois après le premier coup de pioche, autrement dit en cinq ans à peine !
Mais Zhaoyuan n’est qu’un arbre dans une forêt. La Chine exploite le plus vaste chantier nucléaire de la planète, avec une trentaine de réacteurs en construction simultanément et un rythme d’approbation d’environ dix nouvelles tranches par an, dont huit encore validées fin août 2026. En une décennie, le pays a mis en service trente-sept réacteurs quand les États-Unis n’en ajoutaient que deux. En 2025, la quasi-totalité de la croissance mondiale de la production nucléaire est venue de Chine, qui vise désormais 125 gigawatts de capacité et pourrait coiffer les États-Unis au rang de premier producteur mondial autour de 2030.
Le grand écart avec la France
| Critère | Chine (Hualong One) | France (EPR2) |
|---|---|---|
| Durée de construction | Environ 5 ans par réacteur | Premier réacteur visé en 2038 |
| Coût au kilowatt installé | Environ 2 000 € | Environ 7 000 € |
| Réacteurs en construction | Une trentaine | Aucun encore (6 EPR2 planifiés) |
| Rythme d’approbation | Environ 10 tranches par an | 1 programme en attente de Bruxelles |
| Modèle | Réacteur standardisé en série | Têtes de série à repenser |
Là où la Chine construit un réacteur en cinq ans, la France ne prévoit pas de mettre en service son premier EPR2 avant 2038, et se déchire encore avec la Commission européenne pour faire valider le montage financier du programme.
Côté facture, les six EPR2 chiffrés à 72,8 milliards d’euros reviennent à environ 7 000 euros par kilowatt installé, contre à peu près 2 000 côté chinois, soit trois à quatre fois moins cher. Le contraste résume une décennie de trajectoires opposées.

Le secret de la cadence : la série
Comment expliquer un tel gouffre ? La réponse tient en un mot : la standardisation. Le Hualong One, réacteur maison de troisième génération d’environ 1 100 mégawatts, est décliné à l’identique sur des dizaines de sites. Chaque nouveau chantier profite de l’expérience du précédent, les équipes tournent d’une centrale à l’autre, les composants sortent des mêmes usines. Cet effet de série écrase les coûts et les délais, là où l’Europe redémarre à chaque fois de presque zéro, avec des adaptations réglementaires et des chaînes d’approvisionnement à reconstituer (même si dans le cas des EPR2 français, les leçons retenues sur les expériences sur Hinkley Point C et Sizewell C au Royaume-Uni seront précieuses pour la suite).
La Chine y ajoute des atouts que l’Europe ne possède pas : un financement d’État à taux très bas, une main-d’œuvre moins coûteuse, et des procédures d’autorisation autrement plus expéditives, sans les recours ni les débats publics qui rythment les projets occidentaux. Forte de cette mécanique, elle exporte désormais son Hualong One, déjà en service au Pakistan et en discussion pour l’Argentine, avec l’ambition d’en faire un produit phare à l’international.
Zhaoyuan apporte même une petite touche d’innovation : la centrale inaugure en Chine un refroidissement par eau de mer à circulation secondaire, avec une tour de refroidissement à tirage naturel de 203 mètres de haut, qui transfère la chaleur non plus directement à l’océan mais à l’atmosphère.
Un modèle qui a aussi ses zones d’ombre
Faut-il en conclure que la Chine a gagné la course et que l’Europe n’a plus qu’à s’incliner ? Ce serait aller trop vite en besogne. L’écart de coût et de vitesse, bien réel, s’explique en partie par des facteurs difficilement transposables et pas toujours enviables. Le financement à bas coût repose sur des banques d’État, la main-d’œuvre est bon marché, et la rapidité des autorisations va de pair avec une transparence sur la sûreté et une place accordée à la contestation locale sans commune mesure avec les standards européens. Comparer les deux modèles, c’est aussi comparer deux façons de concevoir le débat démocratique autour d’un projet industriel.
Il reste que, sur le seul terrain de l’efficacité industrielle, la démonstration chinoise est implacable. Pendant que l’Occident s’interroge sur sa capacité à seulement relancer sa filière, Pékin a fait du réacteur nucléaire un produit de série, fiable et bon marché, qu’il aligne au rythme d’une chaîne de montage.
La vraie question n’est peut-être plus de savoir si l’Europe peut rattraper ce rythme, mais si elle saura, à tout le moins, ne pas décrocher complètement dans une technologie qu’elle a autrefois dominée.
Sources :
- World Nuclear News, Construction under way of second Zhaoyuan unit (7 septembre 2026)
https://www.world-nuclear-news.org/articles/construction-under-way-of-second-zhaoyuan-unit
Coulage du premier béton du réacteur 2 de Zhaoyuan, six Hualong One prévus, investissement de 120 milliards de yuans (16,9 milliards de dollars), 7,2 GW et 50 TWh par an, refroidissement par eau de mer et tour de 203 mètres. - Center for Strategic and International Studies (CSIS), China’s Nuclear Energy Priorities Under Its 15th Five-Year Plan (juin 2026)
https://www.csis.org/analysis/chinas-nuclear-energy-priorities-under-its-15th-five-year-plan
Réacteurs en construction et tranches approuvées, rôle central du Hualong One (destiné à devenir le réacteur dominant d’ici 2030), développement du CAP-1400 et du petit réacteur Linglong One. - Power Magazine, Chinese Government Approves Eight New Nuclear Units as Major Reactor Buildout Continues (août 2026)
https://www.powermag.com/chinese-government-approves-eight-new-nuclear-units-as-major-reactor-buildout-continues/
Approbation de huit nouvelles tranches (plus de 170 milliards de yuans), croissance de la production nucléaire mondiale 2025 tirée exclusivement par la Chine (+34 TWh). - World Nuclear Association, Nuclear Power in China (2026)
https://world-nuclear.org/information-library/country-profiles/countries-a-f/china-nuclear-power
Coûts du Hualong One (environ 17 000 yuans par kWe) et du futur Hualong Two, durée de construction de cinq ans, exports vers le Pakistan et l’Argentine, stratégie de standardisation.




