Paradoxe à l’anglaise : ce magnifique pont sera fini probablement dix ans avant le train qui est censé passer en dessous pour le HS2

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Fin août, des ingénieurs britanniques ont glissé une travée d’acier de 55 mètres au-dessus d’une voie ferrée de Birmingham.

Un exploit millimétré pour un pont routier tout neuf, dont la seule raison d’être est de laisser passer les futurs trains de la ligne à grande vitesse HS2.

Des trains qui, eux, ne rouleront pas avant 2036 au mieux… Retour sur ce projet britannique hors du commun qui tente par tous les moyens de ne pas devenir le plus grand fiasco du siècle.

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Un pont sacrifié pour un train qui se fait attendre sur le HS2

L’histoire a quelque chose d’un peu absurde. À Saltley, dans l’est de Birmingham, un viaduc routier parfaitement en service, qui portait 183 mètres d’une route très empruntée, a été fermé en mai 2026 puis rasé. Son tort ? Être trop bas. Le futur tracé de HS2 doit passer juste en dessous, et l’ancien ouvrage n’offrait pas la hauteur nécessaire.

Plutôt que de le réparer, il a fallu le démolir et en reconstruire un autre, deux mètres plus haut, pour que les rames puissent filer dessous une fois la ligne ouverte.

Le chantier a d’ailleurs été confié à un acteur sous bannière partiellement française avec le groupement franco-britannique Balfour Beatty VINCI, le partenaire de HS2 dans les Midlands de l’Ouest. Il illustre à merveille ce qu’est devenu ce projet pharaonique : un enchevêtrement de contraintes où le moindre pont routier se transforme en opération d’orfèvre de dix-huit mois.

La France a un train unique au monde qui a été créé pour répondre à un problème responsable de 10% des retards sur les lignes de l’Hexagone : les caténaires

Déplacer un pont sur roues… en un week-end

La prouesse technique, elle, est réelle. Fermer une voie ferrée coûte cher et gêne des milliers de voyageurs. Pour réduire l’interruption au minimum, les ingénieurs n’ont pas construit la travée au-dessus des rails, mais juste à côté, sur la terre ferme. Une fois le tablier d’acier de 55 mètres entièrement assemblé, ils l’ont déplacé d’environ 125 mètres pour le poser à sa place définitive.

Le tour de force tient au moyen de transport : des remorques automotrices modulaires, sortes de plateformes géantes hérissées de dizaines de roues, capables de porter des charges colossales et d’avancer au pas avec une précision au centimètre. L’opération a été menée pendant le long week-end férié de fin août, profitant d’une fermeture temporaire de la ligne Birmingham-Derby, rouverte comme prévu aux voyageurs le 1er septembre. La méthode n’est pas nouvelle pour l’équipe : elle l’avait déjà employée deux ans plus tôt sur un pont voisin, celui d’Aston Church Road, un colosse de 84 mètres et 1 600 tonnes déplacé en cinq heures seulement.

Un puzzle en quatre temps

Reconstruire à cet endroit relève du casse-tête, car le viaduc enjambe tout à la fois : la ligne ferroviaire Birmingham-Derby, un canal, la rivière Rea et le futur tracé de HS2 lui-même. D’où un chantier découpé en quatre phases successives :

Étape Ce qui est franchi Calendrier
Travée 1 (55 m) La ligne Birmingham-Derby Posée fin août 2026
Travée 2 (35 m) Le futur tracé de HS2 Octobre 2026 (prévu)
Travées 3 et 4 Le canal de Birmingham et Warwick Fin 2026 (prévu)
Raccordement + pont sur la Rea La rivière Rea Ensuite (non daté)
Ouverture aux voitures Novembre 2027 (prévu)

Au bout du compte, les automobilistes récupéreront un ouvrage plus généreux : quatre mètres et demi plus large que l’ancien, avec de l’espace pour les cyclistes et les piétons, et des passages éclairés par des LED encastrées… mais il leur faudra patienter jusqu’à novembre 2027, soit environ dix-huit mois de fermeture, avec des déviations par les rues voisines.

Le reflet d’un géant à la dérive

Ce petit pont raconte, à son échelle, la saga du plus grand chantier ferroviaire britannique. Imaginée pour relier Londres à Birmingham, Manchester et Leeds, la ligne HS2 a vu ses ambitions fondre au fil des années. Les branches vers le nord ont été annulées en 2023, et il ne reste aujourd’hui que le tronçon Londres-Birmingham, long de 225 kilomètres.

La facture, elle, a explosé. Estimée à 32,7 milliards de livres en 2011, elle atteint désormais, selon le « reset » gouvernemental de mai 2026, entre 87,7 et 102,7 milliards de livres, soit de l’ordre de 103 à 120 milliards d’euros. Le calendrier a suivi la même pente : les premiers trains entre l’ouest de Londres et Birmingham ne sont plus attendus qu’entre 2036 et 2039, un retard pouvant atteindre treize ans par rapport aux promesses initiales. Pour économiser, la vitesse maximale a même été rabotée de 360 à 320 km/h, et la conduite automatique purement abandonnée.

Trajet du HS2

Le mal n’est d’ailleurs pas une exclusivité britannique. De l’autre côté de l’Atlantique, la ligne à grande vitesse de Californie sombre dans les mêmes travers… en pire. Approuvée par les électeurs en 2008 pour relier San Francisco à Los Angeles en moins de trois heures, avec une mise en service promise pour 2020, elle n’a toujours pas vu circuler le moindre train. Son coût, estimé à 33 milliards de dollars au départ, dépasse désormais les 100 milliards (environ 90 milliards d’euros), pour un résultat squelettique : plus de 15 milliards déjà dépensés, pas un rail posé, et une ambition rabotée à un simple tronçon de 275 kilomètres entre Merced et Bakersfield, deux villes moyennes de la vallée centrale. En 2025, l’administration Trump a retiré quelque 4 milliards de dollars de financements fédéraux, qualifiant le projet de « voie ferrée vers nulle part ». Un inspecteur indépendant avertit désormais que l’autorité ferroviaire pourrait se retrouver à sec dès décembre 2027, et ne plus viser une ouverture avant septembre 2034.

Pour le HS2, reconnaissons que le projet avance malgré tout bel et bien : des équipes démontent, assemblent et déplacent des ponts entiers avec une maîtrise impressionnante. Le viaduc sera prêt en 2027, fin prêt à accueillir des trains qui, dans le meilleur des cas, ne passeront pas avant la fin de la décennie suivante.

Une image presque parfaite d’un chantier où l’ingénierie tient ses promesses bien mieux… que la gestion.

Sources principales :

  • HS2 Ltd, First span of new Saltley Viaduct installed over Birmingham to Derby railway (1er septembre 2026)
    https://www.hs2.org.uk/news/
    Déroulé de la pose de la première travée, méthode employée et calendrier en quatre phases du viaduc.
  • Balfour Beatty, Saltley Viaduct replacement for HS2 (avril 2026)
    https://www.balfourbeatty.com/news/
    Caractéristiques du nouvel ouvrage (hauteur, largeur, aménagements) et technique héritée du pont d’Aston Church Road.
  • Railway Pro, HS2 costs and timelines sharply revised (20 mai 2026)
    https://www.railwaypro.com/wp/hs2-costs-and-timelines-sharply-revised/
    Nouvelle fourchette de coûts (87,7 à 102,7 milliards de livres) et report de l’ouverture entre 2036 et 2039.
  • CBS News, California high-speed rail could run out of money by December 2027, inspector general warns (août 2026)
    https://www.cbsnews.com/news/california-high-speed-rail-run-out-of-money-2027-inspector-general/
    Dérive des coûts au-delà de 100 milliards de dollars, retrait des fonds fédéraux et glissement du calendrier vers 2034.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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