Une start-up lyonnaise de cinq personnes vient de faire entrer ses batteries au silicium dans les drones et les radios de l’armée française.
Novacium, jeune pousse installée près de Lyon, a décroché sa première commande dans la défense.
L’entreprise, née en 2022 d’anciens d’Apollon Solar, ne fabrique pas des batteries entières mais un ingrédient-clé : un matériau d’anode à base de silicium qui densifie les cellules lithium-ion. Ses packs viennent d’être commandés, via son partenaire LN Innov, pour équiper les drones FPV d’un régiment de l’armée de terre, après des essais concluants au printemps 2026.
La société a aussi fourni des batteries à une section technique pour des postes radio, et prévoit d’investir un million d’euros dans un pilote industriel à Saint-Fons, livrable au premier semestre 2027.
L’occasion pour nous de revenir sur cette start-up dont la technologie est au cœur des enjeux énergétiques de demain.
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Novacium signe son premier contrat avec l’armée française
Le silicium, le carburant secret des batteries de demain
L’anode est le pôle qui stocke les électrons pendant la charge, il est traditionnellement fabriqué en graphite depuis trente ans.
Problème, le graphite a atteint son plafond de verre niveau performance, autour de 372 milliampères-heures par gramme. Le silicium, lui, peut en théorie en encaisser dix fois plus. C’est la piste la plus prometteuse pour donner aux batteries davantage d’autonomie sans les alourdir.
Un obstacle a longtemps tout bloqué : en se gorgeant de lithium à la charge, le silicium gonfle jusqu’à tripler de volume, fissure l’électrode et détruit la batterie à petit feu. « Enrichir les anodes avec du silicium augmente leur capacité, mais peut réduire leur durée de vie car elles ont tendance à gonfler », résume Jed Kraiem, le dirigeant de Novacium.
La parade, développée par tout le secteur, consiste à marier le silicium à du carbone dans des composites qui absorbent le gonflement. En pratique, on n’obtient pas dix fois plus d’énergie, mais un gain bien réel de 20 à 40 % par rapport à une cellule classique.
| Critère | Anode graphite | Anode silicium |
|---|---|---|
| Capacité théorique | ~372 mAh/g | Jusqu’à ~4 000 mAh/g (10 fois plus) |
| Gain réel en cellule | Référence | +20 à +40 % d’énergie |
| Défaut majeur | Performances plafonnées | Gonfle jusqu’à +300 %, use la batterie |
| Maturité | Standard depuis 30 ans | Passe au stade commercial |

Crédit : W. Oelen – 2 mars 2006
De l’anode au drone kamikaze
Ce gain de densité change tout pour un soldat puisqu’une batterie plus légère à autonomie égale, ou plus endurante à poids égal, c’est un fantassin moins chargé et un drone qui vole plus longtemps. Novacium l’a bien compris en visant la défense, un secteur prêt à payer cher la performance. Pour ses postes radio, l’armée aurait « doublé la capacité de leur équipement », selon Jed Kraiem. Sa première vraie commande concerne les drones FPV, (First Person View, pilotés en immersion) devenus l’arme emblématique des conflits récents, présentés au salon Eurosatory 2026.
Les batteries au silicium offrent en outre aux armées un moyen de s’affranchir d’une dépendance gênante, car la quasi-totalité du graphite mondial vient de Chine. Se doter de cellules plus denses et non chinoises est devenu une priorité stratégique, en France comme ailleurs.
Une course de géants, et une fourmi française
Novacium est loin d’être seule sur ce terrain.
La course à l’anode silicium mobilise des acteurs autrement plus lourds, souvent américains, adossés à des constructeurs automobiles et à des fonds colossaux.
| Acteur | Pays | Positionnement |
|---|---|---|
| Sila Nanotechnologies | États-Unis | Leader, prêt de 1,4 Md$ du Pentagone, usine géante |
| Group14 | États-Unis | Soutenu par Porsche, production lancée |
| Amprius | États-Unis | Cellules haute densité, aéronautique et défense |
| Nexeon | Royaume-Uni | Matériaux d’anode pour lignes existantes |
| Novacium / HPQ Silicon | France / Canada | Deeptech, entrée par la défense, pilote en 2027 |
En août 2026, l’américain Sila a obtenu du Pentagone un prêt de 1,4 milliard de dollars (environ 1,2 milliard d’euros) pour produire ses matériaux, quand Novacium investit un petit million d’euros et vise 2 à 4 millions de chiffre d’affaires cette année, avec ses cinq salariés.
Face aux mastodontes, la lyonnaise joue la carte de l’agilité et d’un créneau précis, la défense, où une petite structure réactive peut se faire une place. À une nuance près, qu’il faut assumer :
Novacium n’est pas purement française. Son actionnaire et partenaire est le canadien HPQ Silicon, qui détient la licence pour l’Amérique du Nord quand Novacium tient l’Europe. La souveraineté est ici franco-canadienne.
Et de l’hydrogène en prime
Novacium ne mise pas tout sur les batteries.
La deeptech planche en parallèle sur deux procédés de production d’hydrogène : l’un tire l’hydrogène du silicium sans passer par l’électricité, l’autre le récupère à partir de scories d’aluminium, ces déchets de l’industrie. Rien d’industriel à ce stade, mais l’idée de valoriser plusieurs fois la même chimie du silicium fait son chemin chez l’entreprise lyonnaise.
Au fond, l’histoire de Novacium tient en une image : celle d’une fourmi qui s’est faufilée là où les éléphants n’étaient pas encore, la défense française. Décrocher une première commande militaire, c’est franchir une marche de crédibilité que beaucoup de start-up ne passent jamais.
La pépite lyonnaise a prouvé que sa technologie fonctionnait et intéressait un client aussi exigeant qu’une armée. Il lui faut maintenant prouver qu’elle peut changer d’échelle sans se faire écraser !
Sources :
- Le Journal des Entreprises (édition Rhône), Novacium propulse ses batteries au silicium dans la défense (septembre 2026)
Première commande de Novacium dans la défense, essais avec un régiment de l’armée de terre via LN Innov, investissement d’un million d’euros pour le pilote de Saint-Fons, objectif de 2 à 4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026, projets hydrogène à partir de silicium et de scories d’aluminium. - HPQ Silicon (communiqué officiel), HPQ Silicon and Novacium Receive First Order for GEN3 Battery Packs to Power FPV Drones Destined for a French Army Regiment (19 août 2026)
https://www.globenewswire.com/news-release/2026/08/19/3347506/0/en/hpq-silicon-and-novacium-receive-first-order-for-gen3-battery-packs-to-power-fpv-drones-destined-for-a-french-army-regiment.html
Commande de packs GEN3 6S1P de 6 000 mAh à anode silicium, intégration par LN Innov dans des drones FPV pour un régiment français, entrée dans la chaîne d’approvisionnement de la défense française, présentation à Eurosatory 2026. - IEEE Spectrum, The Age of Silicon Is Here… for Batteries
https://spectrum.ieee.org/silicon-anode-battery
Capacité théorique du silicium face au graphite, problème du gonflement et solution des composites silicium-carbone, panorama des acteurs (Sila, Group14, Amprius). - TechCrunch, Sila lands $1.4B Pentagon loan as militaries demand more batteries (10 août 2026)
https://techcrunch.com/2026/08/10/sila-lands-1-4b-pentagon-loan-as-militaries-demand-more-batteries /
Prêt de 1,4 milliard de dollars du département de la Défense à Sila, dépendance de la chaîne d’approvisionnement au graphite chinois, gain de densité de 20 à 40 % des anodes silicium.
Image de mise en avant : Le 10 septembre 2026, la Direction de la maintenance aéronautique (l’organisme interarmées qui veille sur les aéronefs français) a passé commande auprès d’Airbus Helicopters de quatre systèmes de drones U050 Capa-X. Deux iront à la Marine nationale, deux à l’Armée de terre – crédit : Airbus



