La start-up française Calogena, associée à Veolia, veut utiliser le nucléaire pour un usage assez inhabituel en France : chauffer nos villes.
Veolia, mastodonte français de l’eau et de l’énergie, et Calogena, jeune pousse du nucléaire, viennent de signer un protocole de coopération pour étudier ensemble une idée encore peu exploitée dans le monde : décarboner les réseaux de chauffage urbain grâce à de petits réacteurs dédiés à la chaleur.
L’accord doit durer un an et cible en priorité l’Europe centrale et orientale, où le chauffage collectif carbure encore massivement au charbon.
Une piste inattendue pour l’un des plus gros angles morts de la transition énergétique.
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Veolia et Calogena signent un protocole d’un an pour décarboner les réseaux de chauffage urbain grâce à de petits réacteurs dédiés à la chaleur
Le chauffage, ce gouffre carboné dont on ne parle jamais
La chaleur, c’est le grand oublié du débat climatique. Elle représente pourtant environ 40 % de l’énergie finale consommée en Europe : se chauffer, produire de l’eau chaude, alimenter les fours industriels. Cette chaleur repose en 2026 encore à près de 90 % sur la combustion, donc sur des énergies fossiles.
Les réseaux de chauffage urbain en sont le symbole. Ces boucles d’eau chaude qui desservent des quartiers entiers depuis une chaufferie centrale sont partout en Europe du Nord et de l’Est, et beaucoup tournent au charbon ou au gaz. Les décarboner est un casse-tête : il faut produire des quantités massives de chaleur en continu, y compris en plein hiver, quand le solaire et l’éolien font défaut.
C’est ce vide que Calogena veut combler.
Une « chaudière nucléaire » plutôt qu’une centrale
Le réacteur CAL30 ne cherche pas à produire de l’électricité, seulement de la chaleur. Une chaudière nucléaire, en somme, d’une puissance de 30 mégawatts thermiques, environ cent cinquante fois moins qu’un EPR de nouvelle génération.
Ce choix simplifie tout puisque produire de l’électricité impose des températures et des pressions extrêmes ; en y renonçant, Calogena conçoit un réacteur qui fonctionne à basse température et basse pression. Sa mécanique s’en trouve allégée, et l’entreprise affirme atteindre une sûreté « intrinsèque », avec des barrières qui rendraient la fusion du cœur impossible.
L’objectif est d’installer ces modules tout près des villes, là où la chaleur se consomme, sans l’appareillage d’une centrale géante.

Une pépite française bien née
Calogena n’est pas un amateur qui s’improvise atomiste. Fondée en 2021, l’entreprise est une filiale du Groupe Gorgé, un industriel familial français présent dans le nucléaire depuis près de vingt ans. Le groupe était aussi propriétaire d’Exail, champion des drones sous-marins, qu’il vient de céder à Thales dans une opération à 3,9 milliards d’euros bouclée d’ici 2027-2028, un désengagement qui doit précisément lui permettre de miser davantage sur le nucléaire de chaleur.
Les soutiens suivent. Lauréate du plan France 2030, la société a réuni près de 100 millions d’euros, avec l’entrée à son capital de la Banque des Territoires, de Bpifrance et du groupe SNEF. Elle s’est alliée à Orano pour le combustible et au Commissariat à l’énergie atomique, qui étudie l’accueil d’un module sur son centre de Cadarache. En novembre 2025, elle a déposé son dossier de sûreté auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire, deuxième projet français de petit réacteur à le faire après le Nuward d’EDF.
Ses dirigeants la présentent comme le SMR français le plus avancé vers un premier réacteur commercial.
Chauffer à l’atome, une idée déjà éprouvée ailleurs mais inachevée
L’idée en soi n’est pas neuve puisque la Suisse alimente déjà plusieurs communes en chaleur depuis sa centrale de Beznau depuis les années 1980. La Chine chauffe des villes entières du Shandong avec ses réacteurs. La Russie et plusieurs pays nordiques ont exploré la même voie de longue date.
La nouveauté tient à l’échelle et à l’intention. Au lieu de récupérer la chaleur perdue d’une grosse centrale électrique, Calogena veut aligner de petits modules standardisés, fabriqués en série et pensés dès l’origine pour la seule chaleur. Le marché se chiffre en dizaines de milliards d’euros à l’échelle du continent. La société est déjà en lice pour le programme de la ville d’Helsinki, dont le réseau de chaleur, l’un des plus vastes d’Europe, veut sortir du charbon et du gaz.
L’accord avec Veolia, qui exploite des réseaux de chauffage dans toute l’Europe centrale et orientale, lui ouvre un terrain autrement plus large.
Prometteur, mais rien n’est joué
L’enthousiasme ne doit pas masquer le stade réel du projet. Veolia et Calogena n’ont pas lancé un chantier, ils ont signé un protocole d’étude d’un an, non exclusif, pour évaluer la faisabilité d’un pilote. C’est le tout début du parcours, celui des analyses techniques, économiques et réglementaires qui précèdent la moindre décision.
Le CAL30, lui, n’existe encore que sur le papier et dans les dossiers de l’autorité de sûreté. Aucun exemplaire de série avant 2030 (voire 2032) et les promesses de sûreté comme de compétitivité devront convaincre le régulateur, pas seulement figurer dans un communiqué. Dans le nucléaire, l’écart entre l’annonce et la mise en service se mesure en années et compte nombre d’imprévus.
L’approche a pourtant un vrai mérite : elle s’attaque à un problème massif et négligé avec une réponse concrète. Si Calogena réussit, de petites chaudières atomiques pourraient un jour remplacer les vieilles chaufferies au charbon en lisière des villes, sans panache ni cheminée fumante.
Le nucléaire y gagnerait un visage inattendu, celui…d’un simple radiateur de quartier.
Sources :
- Veolia / Calogena (communiqué officiel), Veolia et Calogena signent un protocole d’accord pour étudier les SMR pour décarboner les réseaux de chauffage urbain (septembre 2026)
Protocole de coopération d’un an, non exclusif, étude d’un pilote SMR pour le chauffage urbain en Europe centrale et orientale, réacteur basse pression de Calogena, propos de Philippe Guitard (Veolia) et Julien Dereux (Calogena). - Connaissance des Énergies (AFP), Mini-réacteurs nucléaires : Calogena demande l’homologation de sa chaudière (5 novembre 2025)
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/mini-reacteurs-nucleaires-calogena-demande-lhomologation-de-sa-chaudiere-241105
Réacteur CAL30 de 30 MW thermiques, dépôt du dossier d’option de sûreté auprès de l’ASN, conception excluant la fusion du cœur, réacteur 150 fois plus petit qu’un EPR, marché du chauffage urbain de plusieurs dizaines de milliards d’euros. - Calogena / Banque des Territoires (communiqué), Calogena accueille à son capital le groupe SNEF, la Banque des Territoires et Bpifrance (17 avril 2026)
https://www.banquedesterritoires.fr/calogena-augmentation-capital-2026
Aide de 48 M€ de France 2030, financement total proche de 100 M€, entrée au capital de la Banque des Territoires, Bpifrance et SNEF, projection à l’export en Europe du Nord et centrale. - Orano / Calogena (communiqué), Orano et Calogena annoncent un partenariat stratégique dédié au nucléaire pour le chauffage urbain bas carbone (6 novembre 2025)
Partenariat sur le réacteur CAL30 (réacteur à eau légère de 30 MW thermiques), cadre du World Nuclear Exhibition, ambition de décarboner la chaleur urbaine en Europe.
Image de mise en avant : représentation d’artiste 3D du CAL30 – crédit : Calogena




