Un appel d’offres que ne doit pas rater Alstom.
Le 16 septembre 2026, SNCF Réseau a lancé un appel d’offres pour acquérir jusqu’à 150 locomotives hybrides diesel-batterie.
Le projet porte un nom assez poétique avec un acronyme à la française : LUCIE (pour « Locomotive Unifiée des Chantiers d’Infrastructure »).
Cet appel d’offres qui ne fera probablement pas la « une » concerne pourtant les locomotives qui entretiennent les 28 000 kilomètres du réseau ferré français.
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La SNCF lance un appel d’offre pour 150 locomotives hybrides diesel-batterie destinées à l’entretien du réseau ferré français
Les forçats de la nuit
Quand vous prenez le train le matin, vous ne pensez pas une seconde aux machines qui ont rendu votre voyage possible.
Pourtant, chaque nuit, pendant que le trafic voyageurs s’interrompt, une petite armée de locomotives se met au travail. Elles tractent les trains de chantier chargés de rails et de ballast, tirent les wagons de maintenance, poussent les engins qui renouvellent les voies, et remorquent les fameux trains de mesures, hérissés de capteurs, qui auscultent les rails et les caténaires à la recherche du moindre défaut.
Ce sont des bêtes de somme, pas des bolides.
On leur demande de la force, de la fiabilité et de la polyvalence, pas de la vitesse. Elles manœuvrent sur les chantiers, transportent, tractent, poussent. Un travail de l’ombre, indispensable, que le voyageur ne soupçonne même pas.
Une flotte de sexagénaires fatigués
Le parc actuel n’est pas de toute jeunesse. Les locomotives que LUCIE doit remplacer, les séries BB69000 et BB69400, sont de vénérables ancêtres, sorties d’usine entre le début des années 1960 et 1971, puis remotorisées dans les années 2000 pour prolonger leur carrière.
À un moment, le rafistolage atteint ses limites. Ces locomotives consomment beaucoup, coûtent cher à entretenir, et surtout elles crachent une épaisse fumée diesel, un problème de plus en plus gênant quand il s’agit de travailler dans un tunnel confiné ou en pleine ville, la nuit, sous les fenêtres des riverains.
Il fallait du neuf et du propre, au moins par intermittence.

(crédit : BB 69431 : depot de longueau.jpg de Wikimedia Commons par BB 22385 , CC-BY-SA 4.0)
L’hybride pour travailler sans enfumer les tunnels
Le cahier des charges de LUCIE exige que les futures locomotives combinent un moteur diesel et des batteries, avec une capacité clé : rouler en mode tout-batterie, sans allumer le diesel.
Sur un chantier en tunnel, dans une gare souterraine ou au cœur d’un quartier dense, la machine avancera en silence et sans le moindre rejet local. Le diesel prendra le relais sur les longs trajets, là où personne ne se plaint des gaz d’échappement (du moins pas trop).
Le cahier des charges impose également que ces locomotives supportent jusqu’à six semaines d’inactivité, le rythme irrégulier des chantiers oblige.
Résumé du cahier des charges de LUCIE :
| Cahier des charges LUCIE | Exigence |
|---|---|
| Volume commandé | de 50 à 150 locomotives |
| Motorisation | Hybride diesel-batterie, mode tout-batterie possible |
| Puissance | au moins 750 kW à la roue |
| Vitesse maximale | 100 km/h |
| Poids | 80 tonnes maximum, 20 tonnes par essieu |
| Sécurité embarquée | KVB et ETCS niveau 2 |
| Premières livraisons | à partir de 2032, 20 à 30 par an |
| Contrat | Accord-cadre de 20 ans, pièces détachées sur 15 ans |
| Options possibles | Télécommande, caméras, attelage automatique numérique |
Une exigence mérite un petit détour : l’attelage automatique numérique, proposé en option.
C’est une petite révolution en préparation dans toute l’Europe, qui doit remplacer l’attelage à vis manuel, un dispositif que les cheminots accrochent encore à la main comme au XIXe siècle. La future loco devra savoir composer avec les deux mondes, l’ancien et le nouveau. Un détail qui résume bien l’esprit du projet : moderniser sans tout casser d’un coup !
Le temps long, et une bataille industrielle en embuscade
SNCF Réseau n’a pas dévoilé le montant, mais au prix du marché d’une telle machine, quatre à sept millions d’euros pièce, la commande représenterait de l’ordre de 600 millions à un milliard d’euros pour les seules locomotives, davantage sur l’ensemble du contrat.
Ce n’est pour l’instant qu’un appel d’offres. Les candidats ont jusqu’au 16 octobre 2026 pour se manifester, l’accord-cadre ne démarrera qu’en décembre 2028, et les premières locomotives ne rouleront pas avant 2032.

Dans cette affaire, Alstom part avec une longueur d’avance. Le champion français fabrique déjà une locomotive hybride diesel-batterie, la Prima H3, et il joue à domicile, sur un marché de son pays.
Jouer à domicile ne garantit cependant plus « nécessairement » la victoire. Ces dernières années, l’espagnol CAF est venu chasser sur les terres d’Alstom et lui a soufflé plusieurs gros marchés de la SNCF, dont les nouveaux trains Intercités. D’autres, comme le suisse Stadler, savent aussi construire ce type de machines. Sur un contrat qui court sur vingt ans et pèse jusqu’à 150 locomotives, la lutte s’annonce serrée, et rien ne dit que le drapeau tricolore flottera au bout du quai.
Sources principales :
Journal officiel de l’Union européenne — Avis de marché SNCF Réseau, projet LUCIE (14 septembre 2026)
https://ted.europa.eu/fr/
Avis d’appel d’offres officiel : volume de 50 à 150 locomotives, calendrier, durée de l’accord-cadre et absence de financement européen.
Railway Gazette International — SNCF Réseau tenders for up to 150 hybrid locomotives (septembre 2026)
https://www.railwaygazette.com/traction-and-rolling-stock/sncf-reseau-tenders-for-hybrid-locomotives/
Détail du cahier des charges technique, des options et du remplacement des séries BB69000 et BB69400.
SNCF Réseau — Projet LUCIE : renouvellement des locomotives des chantiers d’infrastructure
https://www.sncf-reseau.com/fr
Présentation du besoin, missions des locomotives de travaux et de mesures sur le réseau ferré national.
Wikipédia — BB 69400 et BB 66400
https://fr.wikipedia.org/wiki/BB_69400
Origine des locomotives remplacées : BB66400 construites de 1968 à 1971, remotorisées en BB69400 à partir de 2004.
Alstom — Prima H3 : la locomotive hybride
https://www.alstom.com/fr/nos-solutions/materiel-roulant/prima
Existence d’une locomotive hybride diesel-batterie déjà industrialisée par le constructeur français.
Image de mise en avant : Une locomotive BB69400 de la SNCF à la bifurcation de Longeray-Léaz (Ain) – Crédit : Beaufix (Wikimedia Commons)




