Pourquoi certaines fleurs sentent bon et d’autres non ?

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Le règne végétal est constitué d’environ 350 000 espèces de plantes à fleurs, chacune possédant des caractéristiques distinctes afin d’assurer sa survie. Elles adaptent certaines caractéristiques en fonction de leur environnement et de leurs besoins spécifiques pour ce faire. Parmi ces caractéristiques, l’odeur est celle qui nous est la plus accessible.

Pourquoi les fleurs produisent-elles des odeurs ?

L’odeur des fleurs est due à la présence de composés chimiques spécifiques. Elles se servent des odeurs qu’elles produisent comme un moyen d’interaction et de communication entre elles et avec les autres êtres vivants.

La production d’une odeur florale a pour but principal d’attirer les pollinisateurs. La grande majorité des plantes à fleurs sont pollinisées par les insectes et sont dites « entomophiles ». La production d’odeurs florales spécifiques est généralement un des signes indicateurs de la présence de récompenses pour les pollinisateurs : le nectar (sucres) ou le pollen (protéines). Ceci les encourage à s’approcher de la plante pour la butiner et, ce faisant, la polliniser. Les odeurs peuvent également être produites dans le but d’assurer la défense de la plante. Dans ce cas, elles produisent des composés chimiques pour dissuader les herbivores et les florivores. C’est le cas de la lavande (Lavandula angustifolia) qui produit le linalool et le linalyl acetate qui attire des pollinisateurs mais dissuade les herbivores et les florivores.

Les odeurs florales sont un mélange d’un ou plusieurs composés organiques volatils capables de s’évaporer facilement dans l’air. Ces composés sont souvent spécifiques à des groupes de pollinisateurs différents (abeilles, bourdons, fourmis, mouches, papillons, oiseaux, etc.). Ils sont produits en quantité variable par les plantes, aboutissant ainsi à une signature spécifique destinée à attirer un ou plusieurs pollinisateurs.

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Pourquoi les odeurs sont-elles dites agréables ou non ?

Il est important de noter que la qualification d’une odeur « agréable » ou « désagréable » dépend de la perception humaine. Les plantes, elles, produisent des odeurs dans un but bien précis : celui d’assurer leur reproduction et leur survie sur terre.

Les senteurs peuvent varier en fonction des pollinisateurs que souhaite attirer la plante. Par exemple certaines espèces adoptent la stratégie de production d’odeurs « sucrée » comme chez la lavande, le jasmin, le lys et les jacinthes pour attirer des pollinisateurs comme les papillons, des abeilles et des bourdons.

D’autres fleurs comme les Rafflesia, les Araceae ou encore certaines Orchidaceae miment des odeurs associées à la décomposition organique (odeur de charogne, d’urine, de matières fécales, de viande pourrie chez l’orchis brûlé ou l’orchis bouc) pour attirer des mouches ou d’autres insectes nécrophages.

Fleurs d’Orchis bouc, une plante qui produit une odeur de bouc pour attirer des pollinisateurs.
Didier Descouens/Wikipedia, CC BY

Selon les espèces de plantes, les odeurs peuvent être produites pour attirer un pollinisateur particulier, on dit alors qu’elles sont « spécialisées » comme chez des figuiers ou, au contraire, dites « généraliste » lorsqu’elles attirent plusieurs groupes de pollinisateurs comme la lavande.

La production des odeurs des fleurs coïncide généralement avec la période d’activité de leur pollinisateur. Plus précisément, par exemple, on observe chez les orchidées africaines des espèces dites « sphingophiles » qui présentent de grosses fleurs blanches produisant beaucoup de nectar. Celles-ci sont odorantes uniquement pendant la nuit car elles attirent un pollinisateur nocturne : le papillon sphinx. D’autres espèces proches dites « mélittophiles » possèdent de petites fleurs blanches qui sentent uniquement durant la journée et qui sont alors pollinisées par des abeilles qui sont généralement diurne.

Parfois, l’odeur d’une plante peut être imperceptible par le nez humain mais bel et bien détectée par des pollinisateurs. C’est le cas des orchidées du genre Ophrys, qui sont généralement pollinisées par des abeilles solitaires. L’Ophrys utilise une stratégie d’attraction appelée la « déception florale », qui attire les insectes pollinisateurs en imitant des caractères visuels ou olfactifs sans fournir la récompense attendue. Cette stratégie est traduite par la forte ressemblance des fleurs d’Ophrys avec la forme, la couleur et même l’odeur d’une abeille femelle que le mâle ainsi leurré viendra polliniser.

Pourquoi certaines plantes ne sentent-elles pas du tout ?

Dans la plupart des cas, les plantes qui ne produisent aucune odeur sont pollinisées par le vent, elles sont dites « anémophiles » par exemple le noisetier commun et le maïs. Elles possèdent souvent des fleurs discrètes et peu colorées car elles n’ont pas besoin d’un visiteur (autre que le vent…) pour transporter leur pollen vers d’autres fleurs de la même espèce. Pour compenser, elles produisent d’énormes quantités de pollen très léger qui seront facilement dispersées par le vent.

Ceci montre que les plantes ont des stratégies de reproduction très variables (comme les exemples ci-dessus d’anémophilie ou d’entomophilie) adaptées à leur environnement et aux conditions spécifiques de pollinisation.

En conclusion, les odeurs des plantes contiennent des composés chimiques volatils pas simplement agréables ou non pour les humains, mais qui sont avant tout produits pour assurer un rôle dans la survie des espèces impliquées, plantes comme insectes (mais pas que !). Elles permettent la communication avec les autres organismes vivants. En plus des odeurs, les plantes à fleurs utilisent d’autres caractéristiques visuelles toutes aussi fascinantes telles que la couleur et la forme, ainsi qu’une récompense plus ou moins riche, le nectar, pour attirer les pollinisateurs.

La prochaine fois que vous verrez une fleur, vous irez sûrement sentir son parfum, et pourrez imaginer son importance et deviner le groupe de pollinisateurs qui assure sa survie !The Conversation

Lydie Messado, Doctorante en biologie végétale, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Eric GARLETTI
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