ROFA, le pilier allemand des usines automatisées.
SPIE fait partie de ces entreprises que l’on croise partout… sans presque jamais voir son nom. Pourtant, quand en France une usine fonctionne sans interruption, quand un data center tourne jour et nuit ou quand un réseau énergétique distribue l’électricité sans incident, il y a souvent derrière des ingénieurs et techniciens de SPIE.
Son histoire commence il y a plus d’un siècle. En 1900, le baron Édouard Empain fonde la Société parisienne pour l’industrie des chemins de fer et des tramways électriques (Dans les ateliers et les bureaux d’ingénieurs, on l’appelle plus volontiers la « Parisienne électrique »).
Le projet est colossal pour l’époque : électrifier le métro de Paris, encore en construction. Empain a remporté l’appel d’offres en 1898 et crée plusieurs sociétés pour mener à bien le chantier. La future SPIE devient l’une des pièces techniques de cette aventure. Elle installe les infrastructures électriques qui permettront aux rames de circuler sous la capitale.
Au fil des décennies, l’entreprise évolue avec l’industrie. Des transports urbains, elle passe progressivement aux installations industrielles, aux infrastructures énergétiques et aux réseaux techniques. Les usines deviennent plus complexes, les villes plus connectées, les infrastructures plus sophistiquées. SPIE se spécialise alors dans ce rôle d’architecte technique invisible.
Aujourd’hui, le groupe emploie environ 55 000 collaborateurs en Europe et a réalisé 9,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024.
Depuis quelques années, le groupe accélère sa transformation. Son terrain de jeu dépasse largement les installations électriques classiques. SPIE se positionne désormais sur la transition énergétique, la numérisation des infrastructures et l’automatisation industrielle, des secteurs où la technologie et la maintenance deviennent indissociables.
Après l’acquisition du groupe industriel Robur en 2024 afin de renforcer ses activités de services industriels en Europe centrale, SPIE poursuit son expansion sur le marché allemand avec le rachat il y a quelques jours de ROFA Industrial Automation AG, un spécialiste bavarois des systèmes d’automatisation et de convoyage industriel.
Une opération qui positionne SPIE plus haut dans la mécanique industrielle européenne.
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SPIE met la main sur l’entreprise allemande ROFA, spécialiste des systèmes d’automatisation et de convoyage industriel
Basée à Kolbermoor en Bavière, ROFA Industrial Automation AG existe depuis 1967. À l’origine, un spécialiste des technologies de convoyage. Aujourd’hui, un intégrateur de systèmes complets : 80 % du chiffre d’affaires provient de l’automatisation d’usines, les 20 % restants concernent l’automatisation d’entrepôts et l’intralogistique.
ROFA vend des systèmes complets « clé en main » : conseil, ingénierie logicielle et matérielle, fabrication, mise en service et maintenance.
En 2025, l’entreprise affichait 430 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec plus de 1 200 collaborateurs hautement qualifiés. Son portefeuille clients couvre l’automobile, la logistique, l’agroalimentaire, la pharmacie et la santé.
Pourquoi l’automatisation attire autant les investisseurs
Dans un entrepôt moderne, les produits circulent sur des kilomètres de convoyeurs, les palettes sont triées par des systèmes automatisés et les stocks sont pilotés par des logiciels capables d’anticiper la demande. Ce trafic interne d’une entreprise est ce qu’on appelle l’intralogistique, c’est son système sanguin en somme.
L’automatisation industrielle n’est pas une mode. C’est une réponse à trois pressions simultanées :
- d’abord, le coût du travail et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée en Europe,
- ensuite, l’exigence de traçabilité et de qualité dans des filières comme la pharmacie ou l’agroalimentaire,
- enfin, la nécessité d’optimiser l’énergie et les flux.
Selon une étude publiée fin 2025, le marché mondial des solutions d’automatisation intralogistique devrait passer d’environ 22,5 milliards d’euros en 2025 à près de 50 milliards d’euros en 2035.
Cette progression est portée par plusieurs tendances lourdes : explosion du commerce en ligne, modernisation des entrepôts et automatisation des flux industriels. Les machines intégrées représentent déjà plus de 60 % du marché, tandis que les systèmes automatisés de stockage et de récupération occupent une place centrale dans les entrepôts à forte densité.
L’Europe reste aujourd’hui la région dominante avec près de 37 % du marché mondial, tandis que l’Asie-Pacifique affiche la croissance la plus rapide.
On comprend dès lors l’intérêt pour un groupe comme SPIE de pénétrer plus profondément dans ce domaine.

SPIE renforce son ancrage allemand
L’Allemagne est le plus grand marché européen des services industriels. Il est dense, largement tourné vers exportation et technologiquement très avancé.
L’acquisition de Robur en 2024 avait marqué une première étape. Avec ROFA, le groupe élargit encore son périmètre.
Avec ROFA, SPIE ne cherche pas seulement du volume supplémentaire. Il cherche avant tout des compétences très spécifiques dans l’automatisation industrielle et l’intralogistique. Autrement dit, il vise le cerveau des usines, pas uniquement leurs muscles.
Une opération financièrement calibrée
L’acquisition sera autofinancée. L’impact sur l’endettement est donc annoncé comme limité.
SPIE acquerra environ 99 % du capital, tandis que 1 % restera aux mains du management actuel, ce qui signifie que l’équipe dirigeante reste en place. On ne démonte pas la machine que l’on vient d’acheter.
La transaction doit être finalisée au deuxième trimestre 2026, sous réserve des autorités de la concurrence.
Une stratégie européenne à long terme
L’Europe industrielle traverse une période de recomposition. Transition énergétique, numérisation, relocalisations partielles, tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Dans ce contexte, l’automatisation devient un levier de compétitivité majeur. Elle permet de produire en Europe avec des coûts maîtrisés et une qualité constante.
SPIE, en renforçant son portefeuille en Allemagne, parie sur la continuité de cette transformation. ROFA, en rejoignant un groupe de dimension européenne, sécurise ses capacités d’investissement et d’expansion internationale.
Ce tandem franco-allemand illustre une tendance de fond. Les services industriels ne sont plus périphériques. Ils sont au centre du fonctionnement des usines modernes.
Sources :
- SPIE, SPIE signe un accord pour l’acquisition de ROFA Industrial Automation AG en Allemagne (2 mars 2026),
communiqué officiel annonçant la signature d’un accord pour l’acquisition de ROFA. - Fundamental Business Insights, Intralogistics Automation Solutions Market – Industry Report (décembre 2025),
rapport de marché analysant la croissance du secteur des solutions d’automatisation intralogistique, avec des prévisions d’expansion soutenue tirée par l’essor du commerce en ligne, la robotisation des entrepôts et les investissements industriels dans les technologies logistiques avancées. - Max-Talent, ROFA Industrial Automation AG – Company Profile (consulté en 2026),
fiche d’entreprise présentant le groupe ROFA Industrial Automation, ses activités dans l’ingénierie et l’automatisation des flux logistiques industriels, ses principaux marchés ainsi que son positionnement dans le domaine des systèmes intralogistiques et de la robotisation d’entrepôts.




