Parti de la finance avant de bifurquer vers l’entrepreneuriat, Paul Polyakov a co-fondé Atelier Box, spécialiste des cadeaux d’entreprise personnalisés. De la syndication de crédit à la Société Générale aux coffrets sur-mesure pour grandes marques, il revient sur un parcours guidé par l’instinct commercial, marqué par quelques erreurs de jeune dirigeant, et porté par une conviction tenace héritée du sport de haut niveau : la régularité prime sur tout.
Rien ne prédestinait vraiment Paul Polyakov à devenir chef d’entreprise. Diplômé d’une école de commerce, il débute sa carrière dans la finance, à la Société Générale, sur des opérations de syndication de crédit axées sur les pays émergents. Une première expérience formatrice, mais qui lui fait surtout prendre conscience d’une chose : le cadre du grand groupe n’est pas fait pour lui.
Le déclic vient d’ailleurs, et plus précisément d’un court de tennis. Avec un ami croisé dans son club, alors en poste chez Credit Suisse à Londres, il commence à imaginer un projet commun. « On avait envie de créer quelque chose à nous, d’être plus libres, et surtout de construire une boîte concrète », résume-t-il. Atelier Box naîtra de cette envie.
Quelques années plus tard, le « projet lancé presque instinctivement » est devenu une entreprise structurée : une équipe, un portefeuille de clients fidèles et des références de grandes marques qui reviennent année après année. Un basculement que le dirigeant identifie clairement comme le moment où la société a commencé à exister par elle-même, sans reposer uniquement sur ses épaules.
Un profil de commerçant qui décide vite
En tant que décideur, quelles sont selon vous vos principales forces et faiblesses ?
Ma principale force, c’est d’aller vite et de ne pas rester bloqué dans l’analyse. J’aime décider, tester, ajuster, avancer. J’ai aussi une vraie sensibilité commerciale : je comprends assez vite les besoins des clients, les opportunités, et ce qui peut créer de la valeur.
Ma faiblesse, c’est sans doute de vouloir parfois aller trop vite. J’ai tendance à être impatient, à vouloir que les choses avancent immédiatement. Et comme beaucoup d’entrepreneurs, j’ai dû apprendre à mieux déléguer, à ne pas vouloir tout contrôler, et à laisser plus de place aux équipes.
Justement, quel échec a le plus contribué à votre développement professionnel ?
Un des échecs qui m’a le plus fait progresser, c’est d’avoir parfois recruté trop vite, ou de ne pas avoir assez accompagné certaines personnes. Quand on est en croissance, on pense surtout à avancer, à répondre aux demandes, à signer des clients. Mais une entreprise, ce n’est pas seulement du chiffre d’affaires : c’est aussi une équipe à construire.
Ça m’a appris qu’il fallait prendre plus de temps sur les recrutements, mieux transmettre la vision, et surtout mettre les bonnes personnes au bon endroit. Aujourd’hui, j’y fais beaucoup plus attention.
Et le conseil que vous donneriez au jeune homme qui débutait sa carrière ?
De faire confiance à son instinct, mais de ne pas confondre vitesse et précipitation. Au début, on veut tout faire très vite, on pense que chaque opportunité doit être saisie immédiatement. Avec le temps, on comprend que les bonnes décisions viennent souvent d’un équilibre entre intuition, recul et régularité.
Je lui dirais aussi de s’entourer plus tôt des bonnes personnes, de ne pas chercher à tout porter seul, et de comprendre qu’une entreprise se construit autant avec de l’énergie qu’avec de la patience.
Le goût du produit et de la relation client
Quelles tâches du quotidien appréciez-vous le plus ?
Ce que je préfère, c’est la partie commerciale et stratégique : comprendre les besoins des clients, réfléchir aux bons produits, aux bonnes offres, et voir comment créer de la valeur pour eux. J’aime aussi beaucoup travailler sur l’image de marque, le sourcing de nouveaux produits ou le développement de nouvelles offres. C’est là que je sens le plus l’ADN d’Atelier Box : mélanger le business, le produit, le goût et le service client.
À l’inverse, qu’est-ce que vous préférez déléguer ?
Tout ce qui demande beaucoup de rigueur administrative ou de suivi très opérationnel. Ce sont des sujets essentiels, mais ce n’est pas là que j’apporte le plus de valeur au quotidien. Je préfère me concentrer sur la vision, le développement commercial, les clients clés, les nouvelles offres et l’image de l’entreprise. Avec le temps, j’ai compris que bien déléguer, ce n’est pas se désengager : c’est laisser les bonnes personnes gérer les sujets sur lesquels elles sont meilleures que moi.
Parvenez-vous à trouver l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle ?
C’est un équilibre que je cherche encore. Quand on est entrepreneur, la frontière entre le perso et le pro est assez fine, parce qu’on pense souvent à la boîte, même en dehors du bureau. J’essaie quand même de garder des moments pour moi, avec le sport, les voyages ou les proches. Ce n’est pas toujours parfaitement équilibré, mais j’ai compris que pour durer, il faut aussi savoir couper et prendre du recul.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans la réussite d’Atelier Box ?
D’avoir réussi à construire une vraie entreprise à partir d’une idée assez simple au départ. Aujourd’hui, Atelier Box a une équipe, des clients fidèles, des projets variés et une vraie place sur son marché. Je suis aussi fier de voir que de grandes entreprises nous font confiance, parfois sur des sujets importants pour leur image. Quand un client revient, nous recommande ou nous confie un projet plus ambitieux, c’est une vraie satisfaction. Ça montre qu’on ne vend pas seulement des produits, mais aussi un niveau de service et de confiance.
Le tennis comme boussole
Ancien sportif — il a suivi un cursus sport-études tennis —, Paul Polyakov puise une partie de ses repères d’entrepreneur dans le haut niveau. Sans surprise, sa figure inspirante vient des courts.
Une personnalité vous inspire-t-elle particulièrement ?
Roger Federer m’inspire beaucoup. Ayant fait du tennis en sport-études, son parcours me parle forcément. Au-delà de son talent, j’ai toujours aimé son élégance, sa régularité et sa capacité à rester performant pendant des années sans jamais donner l’impression de forcer.
Aujourd’hui, il m’inspire aussi dans sa façon d’évoluer après sa carrière sportive. Il est devenu un vrai entrepreneur, avec des choix cohérents, une image forte et des projets alignés avec son univers. Je trouve intéressant de voir comment il a transformé son exigence de sportif en vision business.
Un livre, un film ou une série qui a nourri votre vision d’entrepreneur ?
Le livre de Phil Knight, le fondateur de Nike, L’Art de la victoire. Ce qui m’a marqué, c’est que le parcours est beaucoup moins linéaire qu’on l’imagine. On voit vraiment les doutes, les problèmes de trésorerie, les décisions prises dans l’urgence, les moments où tout peut basculer. C’est un livre assez rassurant quand on entreprend, parce qu’il montre qu’une grande marque ne se construit pas parfaitement dès le départ. Il faut avancer, prendre des risques, s’adapter en permanence, et surtout tenir dans la durée.
Une devise pour conclure ?
Je n’ai pas forcément de citation que je répète tous les jours, mais j’aime bien l’idée que « rien ne remplace le travail ». C’est simple, mais j’y crois beaucoup. Dans le sport comme dans l’entrepreneuriat, le talent ou les bonnes idées ne suffisent pas. Ce qui fait la différence, c’est la régularité, l’exigence et la capacité à continuer même quand les choses sont moins simples.



