Veolia continue sa moisson estivale de contrats stratégiques dans l’eau.
Cette fois, direction Riyad, où le géant tricolore vient d’annoncer trois protocoles d’accord signés avec trois poids lourds de l’économie saoudienne.
Un pour optimiser le dessalement, un pour verdir l’industrie minière, un pour décarboner le stockage de gaz. Aux côtés d’Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia, on trouve les patrons d’Acwa Power (leader mondial du dessalement privé), de Ma’aden (première entreprise minière du Moyen-Orient) et de Khazeen (spécialiste du stockage de gaz de pétrole liquéfié). Trois signatures le même jour, trois marchés potentiellement colossaux à la clé.
Le tout au moment où l’Arabie saoudite déroule son plan Vision 2030, qui vise à faire du royaume un exemple mondial de développement décarboné et durable. Bref, un triple jackpot bien placé.
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Le groupe français Veolia a annoncé le 1er septembre 2026 la signature de trois protocoles d’accord stratégiques en Arabie saoudite
Trois accords, trois univers
L’accord phare est indéniablement celui avec Acwa Power. C’est celui qui pèse le plus lourd financièrement et symboliquement.
L’entreprise saoudienne cotée à Tadawul est aujourd’hui l’un des principaux acteurs mondiaux du dessalement privé, avec 9,7 millions de m³ d’eau dessalée produits chaque jour (à peu près 3 900 piscines olympiques) à travers ses installations. Veolia va apporter à ce mastodonte ses technologies pour améliorer l’efficacité énergétique de ses usines, optimiser les traitements chimiques et améliorer la qualité de l’eau finale.
Résultat attendu : jusqu’à 500 000 tonnes de CO₂ économisées par an, l’équivalent des émissions annuelles de 110 000 voitures thermiques.
L’accord avec Ma’aden, lui, vise le secteur minier, qui monte en puissance en Arabie saoudite dans le cadre de la diversification économique voulue par le prince Mohammed ben Salmane. Ma’aden est aujourd’hui la première entreprise minière du Moyen-Orient, avec plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires (environ 8,5 milliards d’euros), 17 sites en exploitation et 8 000 employés directs. L’entreprise extrait notamment du phosphate (transformé en engrais), de la bauxite (pour l’aluminium), de l’or et des métaux critiques nécessaires à la transition énergétique. Or, l’industrie minière est extrêmement gourmande en eau (jusqu’à plusieurs milliers de litres pour produire une tonne de minerai) et génère beaucoup de déchets. Veolia va apporter ses solutions pour traiter et réutiliser les eaux industrielles, réduire les déchets à la source et valoriser les matières récupérées. Bref, transformer ce qui coûte cher à jeter en matière première qui rapporte.
Le troisième accord, avec Khazeen, est plus ciblé. Cette filiale du géant national GASCO stocke du gaz de pétrole liquéfié dans plusieurs installations réparties sur tout le territoire. Elle remplit plus de 127 millions de bouteilles chaque année et gère un volume de ventes en gros de plus de 770 millions de litres. Veolia va lui apporter son savoir-faire en traitement des eaux industrielles, en gestion des déchets dangereux et en Facility Management, c’est-à-dire la gestion intégrée des services techniques d’un site industriel (énergie, eau, déchets, sécurité).
Un métier peu spectaculaire mais très rentable, car il crée des revenus récurrents sur toute la durée du contrat.
Les 3 contrats en un coup d’oeil :
| Partenaire | Secteur | Objectif de l’accord | Impact potentiel |
|---|---|---|---|
| Acwa Power | Dessalement d’eau de mer | Optimisation énergétique et opérationnelle des usines | Jusqu’à 500 000 tonnes de CO₂/an évitées |
| Ma’aden | Industrie minière | Gestion de l’eau et des déchets industriels | Réutilisation des eaux, économie circulaire |
| Khazeen (GASCO) | Stockage de gaz de pétrole liquéfié | Décarbonation, traitement eaux et déchets dangereux | Facility Management intégré multi-sites |
Le dessalement, l’obsession absolue de Riyad
Pour comprendre pourquoi ces accords sont aussi stratégiques, il faut plonger dans un paradoxe qui définit l’Arabie saoudite. Le pays est un colosse énergétique, deuxième producteur mondial de pétrole. Il est aussi l’un des pays les plus pauvres en eau au monde. Précipitations annuelles moyennes : moins de 100 mm. Aucun fleuve permanent.
Des nappes fossiles qui s’épuisent à vue d’œil. Bref, un désert avec 35 millions d’habitants à approvisionner !
La réponse saoudienne à ce paradoxe s’appelle le dessalement. Depuis plus de cinq décennies, le royaume a bâti la plus grande infrastructure de dessalement au monde. Aujourd’hui, plus de 60 % de l’eau potable consommée en Arabie saoudite provient de la mer. L’objectif fixé par Vision 2030 est encore plus ambitieux : atteindre 90 % d’ici la fin de la décennie. Le tout financé par des programmes massifs, notamment le lancement en 2020 d’un plan de construction de 14 nouvelles usines pour ajouter près de 6 millions de m³/jour de capacité.
Résultat, l’Arabie saoudite règne en maître sur ce marché. Voici le top mondial des producteurs d’eau dessalée :
| Rang | Pays | Capacité approximative | Part mondiale |
|---|---|---|---|
| 1 | Arabie saoudite | >16 M m³/jour | ~25 % |
| 2 | États-Unis | ~9 M m³/jour | ~15 % |
| 3 | Émirats arabes unis | ~14 M m³/jour | ~14 % |
| 4 | Espagne | ~5 M m³/jour | ~5 % |
| 5 | Koweït | ~3 M m³/jour | ~5 % |
| 6 | Chine | ~2,5 M m³/jour | ~3 % |
| 7 | Israël | ~2,4 M m³/jour | ~3 % |
| 8 | Australie | ~1,7 M m³/jour | ~2 % |
Le domination saoudienne est écrasante. À elle seule, l’Arabie représente autant de capacité que les États-Unis, la Chine et Israël réunis et le royaume progresse toujours. La ville de Ras Al-Khair, sur la côte est du pays, abrite la plus grande usine de dessalement au monde. Le pays affiche par ailleurs une efficacité énergétique remarquable : 2,3 kWh par mètre cube produit, contre 4 à 5 kWh il y a une dizaine d’années. L’un des chiffres les plus performants au monde, précisément grâce à ce type de partenariats technologiques qu’annonce le nouvel accord Veolia-Acwa.
Veolia en Arabie saoudite depuis 1975
Veolia est présent en Arabie saoudite depuis 1975. Un ancrage historique qui explique pourquoi le groupe est aujourd’hui le partenaire de choix des plus grands industriels saoudiens. Le plus grand fait d’armes de Veolia dans le pays est sa présence continue à Jubail, sur la côte est, qui est le plus grand complexe industriel au monde.
Le groupe y traite depuis des décennies les eaux usées industrielles des majors pétrochimiques mondiales, avec un savoir-faire quasi impossible à trouver ailleurs.
Cette longévité explique aussi pourquoi Veolia, dans la course engagée avec son concurrent Suez pour reconquérir les marchés internationaux de l’eau, part avec une longueur d’avance en Arabie saoudite. Alors que Suez vient tout juste de décrocher son plus gros contrat historique au Moyen-Orient en s’imposant à Oman en juillet, Veolia répond deux mois plus tard par un triple accord dans le pays le plus stratégique de la région. Le message est clair : nous sommes là depuis 50 ans, nous y resterons !
Le duel Suez-Veolia continue sur toutes les latitudes
Depuis le démantèlement de Suez par Veolia en 2022, les deux groupes français continuent de se courir après sur tous les continents. On croyait le combat terminé, il n’a fait que changer de terrain. Suez, ressuscité par un consortium mené par Meridiam et la Caisse des dépôts, mise sur les marchés émergents (Oman, Melbourne, Île-de-France). Veolia, resté un mastodonte à 44,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ripostent par des coups massifs en Amérique latine (Cúcuta), en Asie et désormais au Moyen-Orient.
Il est fascinant de constater à quel point les deux groupes finissent souvent par se croiser sur les mêmes marchés, sans jamais s’affronter frontalement. Suez à Oman en juillet, Veolia en Arabie saoudite en septembre. Suez à Cúcuta en Colombie, Veolia à Mumbai en Inde. Une chorégraphie savamment orchestrée qui témoigne de la vitalité française sur le marché mondial de l’eau, désormais estimé à plus de 600 milliards d’euros. Les deux frères ennemis restent, ensemble, les incontestables leaders mondiaux, tenant à distance les concurrents chinois (Beijing Enterprises Water Group), américains (American Water Works) et saoudiens (Acwa Power justement, qui reste toutefois plus positionné sur la production d’énergie que sur les services d’eau).
Sources :
- Veolia, Communiqué de presse – Arabie saoudite : Veolia signe trois accords stratégiques pour accélérer la sécurité environnementale du Royaume (1er septembre 2026)
https://www.veolia.com/fr/nos-medias/nos-communiques-presse/arabie-saoudite-veolia-signe-trois-accords-strategiques-securite-environnementale
Annonce officielle des trois protocoles d’accord signés par Veolia avec Acwa Power, Ma’aden et Khazeen en Arabie saoudite. - Direction générale du Trésor, Le défi du développement d’une puissance désertique face à sa réalité hydrique – Arabie saoudite
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/SA/le-defi-du-developpement-d-une-puissance-desertique-face-a-sa-realite-hydrique
Détails officiels sur le secteur du dessalement saoudien : 41 usines, capacité totale, objectifs Vision 2030. - Vision 2030 (site officiel), Dessalement en Arabie saoudite (mai 2026)
https://vision2030.ai/fr/encyclopedie/dessalement-arabie-saoudite/
Présentation officielle du secteur saoudien du dessalement et de ses objectifs. - Ifri, Géopolitique du dessalement d’eau de mer
https://www.ifri.org/fr/etudes/geopolitique-du-dessalement-deau-de-mer
Analyse géopolitique du marché mondial du dessalement et positions des grands producteurs.




