La Chine établit un nouveau record sur un axe complètement abandonné par l’Occident : la Route maritime du Nord avec 14 voyages de porte-conteneurs en 2025

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Une route plus courte, donc plus rapide qui commence à intéresser l’Empire du Milieu.

En 2025, la Chine a réalisé 14 voyages de porte-conteneurs entre l’Asie et l’Europe par la Route maritime du Nord, contre 11 en 2024 et seulement 7 en 2023. La progression est « on ne peut plus clair », la phase exploratoire est terminé et cette route jadis anecdotique commence à devenir un centre géopolitique qui compte.

Cette montée en puissance est pour le moment quasi exclusivement portée par des armateurs chinois.

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Quatorze traversées arctiques en un an, la Chine établit un nouveau record mondial sur la Route maritime du Nord

La Route maritime du Nord longe les côtes arctiques russes et réduit fortement la distance entre le nord de la Chine et l’Europe. Là où pour un Shanghai – Anvers, le passage par le canal de Suez impose un détour de plus de 10 557 milles nautiques, soit environ 19 550 km, le passage arctique ramène le trajet autour de 8 046 milles nautiques, environ 14 900 km (environ -24%).

Sur le papier, le gain est évident : moins de kilomètres, moins de jours en mer et moins de carburant consommé.

La plus grande flotte arctique jamais déployée par la Chine continue de marquer l’histoire de la Science avec cette première coopération homme-machine en plongée polaire

Deux armateurs chinois en première ligne

Cette dynamique repose principalement sur NewNew Shipping Line et Sea Legend. Les deux compagnies ont déjà annoncé leur intention d’augmenter le nombre de traversées en 2026, avec un objectif simple à formuler mais difficile à tenir : fiabiliser les horaires sur une route où la météo et la glace décident encore trop souvent du calendrier.

La navigation ne peut encore se faire de manière « raisonnable » que sur une période  concentrée sur l’été et le début de l’automne. Pourtant, malgré cette fenêtre étroite, les opérateurs chinois persistent et investissent.

Une saison 2025 plus courte, mais plus dense

La saison arctique 2025 a débuté le 16 juillet, avec le départ du NewNew Polar Bear depuis Shanghai à destination du port russe d’Arkhangelsk. Elle s’est achevée le 30 octobre, avec un transit du Xin Xin Tian 2 reliant Shanghai à Kaliningrad.

La fenêtre de navigation a été environ trois semaines plus courte qu’en 2024, en raison de la formation plus précoce de la glace dans les secteurs orientaux de la route. Malgré cela, le nombre de voyages a augmenté.

Ce détail est important. Il montre une volonté d’exploiter au maximum chaque jour navigable.

400 000 tonnes de conteneurs, un record absolu

Selon Rosatomflot, l’opérateur public russe de brise-glaces nucléaires, le trafic de conteneurs sur la Route maritime du Nord a atteint environ 400 000 tonnes en 2025. C’est 2,6 fois plus qu’en 2024.

Chaque année, la part du conteneur progresse dans un corridor longtemps dominé par les hydrocarbures et les vracs.

L’Istanbul Bridge, symbole de cette nouvelle phase

Impossible de parler de 2025 sans évoquer le Istanbul Bridge. Ce porte-conteneurs a réalisé la première liaison directe entre la Chine et le Royaume-Uni par l’Arctique, en seulement 20 jours. Sur la Route maritime du Nord, il a maintenu une vitesse moyenne de 16,7 nœuds, soit environ 31 km/h.

Ce voyage n’a rien d’anecdotique. Il prouve que, dans des conditions de glace favorables, le gain de temps est réel. Pour les chaînes logistiques tendues, c’est un argument qui pèse lourd.

Un contraste marqué avec les armateurs occidentaux

Le transport conteneurisé arctique n’est pas une idée neuve. En 2018, Maersk avait déjà testé la route avec le Venta Maersk. Le passage avait été techniquement réussi. Commercialement, l’enthousiasme était malheureusement retombé.

Depuis, les grands armateurs occidentaux ont choisi de rester à l’écart. Les raisons sont connues : préoccupations environnementales, infrastructures limitées, coûts d’assurance élevés, cadre réglementaire incertain. La conséquence immédiate est que le terrain est aujourd’hui occupé presque exclusivement par des intérêts russes et chinois.

Le rôle central des brise-glaces nucléaires russes

Derrière cette montée en puissance, il y a aussi la Russie. Sa flotte de brise-glaces nucléaires, unique au monde, permet de sécuriser la navigation dans des zones encore hostiles. Elle soutient le développement d’infrastructures portuaires arctiques et rend la route praticable année après année, même si le conteneur reste dépendant des conditions estivales.

Extension minimale de la banquise en septembre 2005 (source: NASA).
Extension minimale de la banquise en septembre 2005 (source: NASA).

Un record arctique à relativiser par rapport au trafic mondial de marchandise

Le trafic total sur la Route maritime du Nord a lui aussi battu un record en 2025. Les autorités russes comptabilisent 103 transits, pour environ 3,2 millions de tonnes de marchandises. L’essentiel reste composé de pétrole brut, de gaz naturel liquéfié et de vracs.

Ces 14 voyages conteneurs par l’Arctique en 2025 impressionnent à l’échelle polaire. À l’échelle mondiale, ils deviennent presque microscopiques. Chaque année, le transport maritime mondial dépasse 11 milliards de tonnes de marchandises, dont environ 180 millions de conteneurs standards (TEU) déplacés sur toutes les grandes routes océaniques. À lui seul, l’axe Asie–Europe via le canal de Suez voit transiter plus de 13 000 navires par an, quand la Route maritime du Nord en totalise à peine une centaine, tous types de cargaisons confondus.

Autrement dit, le conteneur arctique ne représente aujourd’hui qu’une fraction infinitésimale du commerce mondial, bien en dessous de 0,1 % des flux conteneurisés. Même en année record, les volumes arctiques restent dérisoires face aux mégaports de Shanghai, Singapour, Rotterdam ou Anvers, qui manipulent chacun des dizaines de millions de conteneurs par an.

Le signal n’est donc pas quantitatif. Il est stratégique et symbolique. La Route maritime du Nord ne concurrence pas encore Suez. Elle démontre simplement qu’un autre chemin est techniquement possible, exploitable quelques semaines par an, et désormais utilisé de façon répétée.

À l’échelle du commerce mondial, c’est une goutte d’eau. À l’échelle géopolitique et logistique, c’est un laboratoire à ciel ouvert que la Chine est aujourd’hui la seule à exploiter de manière continue.

Route maritime du Nord - infographie (crédit : Media24.fr)
Route maritime du Nord entre Shanghai et Anvers – infographie (crédit : Media24.fr)

Historique de trafic commercial sur la Route maritime du Nord depuis 2018

Année Pays / opérateurs dominants Nombre de voyages conteneurs via la Route maritime du Nord Nature des opérations Statut par rapport au record
2018 Danemark (Maersk) 1 Voyage expérimental unique (*Venta Maersk*) Premier transit conteneur
2019–2022 Russie, essais ponctuels 0 à 2 par an Tests isolés, pas de service régulier Aucun record
2023 Chine (NewNew, Sea Legend) 7 Premières séries commerciales saisonnières Record annuel à l’époque
2024 Chine (NewNew, Sea Legend) 11 Extension des liaisons Asie–Europe Nouveau record annuel
2025 Chine (NewNew, Sea Legend) 14 Liaisons régulières incluant Royaume-Uni Record mondial absolu

Source :

  • https://www.arctictoday.com/rosatom-fosters-collaboration-with-china-on-the-northern-sea-route
  • https://www.xindemarinenews.com/china/61448.html

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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