Mercredi soir, à 20h27, il restera 0,4 % du Soleil au-dessus de la côte basque. C’est trop peu pour faire la nuit, et beaucoup trop pour retirer ses lunettes.
L’éclipse solaire du 12 août 2026 est la première éclipse totale visible depuis l’Espagne péninsulaire depuis le 30 août 1905.
La bande de totalité traverse le pays d’ouest en est, de La Corogne aux Baléares, en passant par Oviedo, León, Burgos, Santander, Bilbao, Vitoria-Gasteiz, Saragosse et Valence.
Malheureusement, aucune commune française n’y figure mais depuis Hendaye, le maximum qui interviendra à 20h27 couvrira toute de même 99,6 % du disque solaire masqué, le meilleur taux de France métropolitaine.
Le Soleil sera alors à moins de 8 degrés sur l’horizon, et il se couchera à 21h15 en étant encore partiellement mordu.
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La soirée de mercredi, minute par minute
Le calendrier est serré et il tombe pendant l’apéritif. Les horaires ci-dessous sont donnés pour Hendaye, en heure française :
| Heure | Ce qui se passe | Ce que vous verrez |
|---|---|---|
| 19h32 | Premier contact | Une encoche apparaît sur le bord du Soleil, invisible à l’œil nu sans filtre |
| Vers 20h10 | Phase avancée | La lumière se refroidit, les ombres se contractent, la température baisse |
| 20h27 | Maximum | 99,6 % du disque masqué, crépuscule anormal, Vénus visible au sud-ouest |
| 21h15 | Coucher du Soleil | Le Soleil disparaît dans l’Atlantique en étant encore partiellement éclipsé |
| 22h45 | Feux d’artifice à Saint-Sébastien | Pirotecnia Valenciana, triple lauréate de la Concha de Oro, tire dans la baie de La Concha |
Le concours international de feux d’artifice de la Semana Grande occupe la baie chaque soir du 8 au 15 août, et le tirage au sort a placé la favorite du concours précisément le soir de l’éclipse.
Où se placer pour en profiter ?
Les durées ci-dessous proviennent de l’Institut géographique national espagnol :
| Lieu | Ce que vous obtenez | Le pour et le contre |
|---|---|---|
| Hendaye | 99,6 %, sans totalité | Meilleur taux de France, horizon océanique dégagé, aucun trajet ; pas de couronne solaire |
| Saint-Sébastien | 99,7 %, sans totalité | Soleil à 7,5 degrés, feux d’artifice le soir même ; ville saturée pendant la Semana Grande |
| Bilbao | Environ 31 secondes de totalité | Totalité accessible en 1h30 de route ; tout juste dans la bande, la moindre erreur de position la fait perdre |
| Vitoria-Gasteiz | Environ 1 minute de totalité | Le meilleur compromis depuis la côte basque ; affluence massive attendue |
| Burgos | 1 minute 44 de totalité | Une des plus longues d’Espagne, ciel statistiquement plus dégagé ; 3 heures de route et retour de nuit difficile |
Deux règles pour ceux qui visent la totalité : partir très tôt, et viser l’intérieur des terres. Toute l’Espagne du Nord attend une affluence sans précédent, et les axes routiers seront saturés au retour, de nuit, après un événement qui aura mobilisé des centaines de milliers de personnes au même endroit.
Le vrai risque n’est pas la pluie
Avec un Soleil aussi bas, le choix du point d’observation compte davantage que tout le reste. Un immeuble, une rangée d’arbres, une colline à l’ouest, et le spectacle disparaît avant même son maximum. Il faut une plage orientée ouest, une corniche, une hauteur dégagée.
L’ennemi n’est donc pas l’averse mais la nébulosité basse, ces bancs de stratus qui se forment volontiers au ras de l’océan en fin de journée l’été et qui peuvent masquer le phénomène alors que le ciel reste bleu au zénith. Sur ce point, les prévisions du moment sont plutôt favorables : mercredi s’annonce chaud et sec sur Hendaye, avec 27 degrés attendus et un risque de précipitations de l’ordre de 5 %. Une prévision à deux jours reste une prévision, et la formation des stratus côtiers se joue dans les dernières heures.
Il existe une façon de contourner complètement le problème : prendre le large. Depuis le pont d’un bateau.

L’Atalaya, ou l’horizon sans obstacle
L’Atalaya est un catamaran d’expédition de 17 mètres de long sur 7 de large, un ancien voilier de pêche réhabilité, gréé d’une grand-voile et d’un génois que l’équipage hisse volontiers avec l’aide des passagers. Trois espaces se partagent le pont : 24 places abritées à l’arrière, 40 places à l’avant pour ceux qui veulent le soleil et les embruns, et un poste d’observation surélevé de 10 places, qui sera mercredi soir la meilleure position du bateau.
Sa coque en aluminium sert accessoirement d’oreille. Le son s’y propage à 5 100 mètres par seconde, ce qui permet d’entendre les sifflements des dauphins directement à travers le bordé, sans hydrophone ni intermédiaire. C’est le cœur de métier de la maison : Explore Océan, fondée en 2018 par Sophie Préato, organise à l’année des expéditions d’observation des cétacés dans le golfe de Gascogne, avec un guide naturaliste à bord et une procédure d’approche encadrée. La structure est la seule en France à détenir la certification WCA Responsible Whale Watching, et l’Atalaya a été le premier bateau touristique français à décrocher le Pavillon Bleu, distinction qu’il conserve pour la troisième année consécutive.
Pour mercredi, l’enchaînement sera taillé sur mesure :
- 19h15 — appareillage du port d’Hendaye, treize minutes avant le premier contact
- 19h32 à 20h27 — navigation le long de la corniche pendant toute la phase partielle
- 20h27 — maximum de l’éclipse, en pleine mer, horizon ouest entièrement dégagé
- 21h15 — coucher du Soleil, encore partiellement éclipsé, dans l’Atlantique
- Puis — cap sur Saint-Sébastien, mouillage dans la baie de La Concha et collation servie à bord
- 22h45 — tir du concours international de feux d’artifice, vu depuis l’eau
- 1h du matin — retour au port d’Hendaye, sans centre-ville bouclé à traverser
Comptez 99 euros par personne, âge minimum un an, réservation obligatoire.
La sortie se réserve sur la page de la Semana Grande.
Une réserve, tout de même : la sortie ne donne pas accès à la totalité. Pour voir la couronne solaire, il faut aller à terre, plus au sud-ouest. Ce que le bateau offre, c’est la certitude d’un horizon propre, ce qui n’est pas rien quand le Soleil se trouve à sept degrés au-dessus de l’eau.
La règle que 99,6 % rend plus dangereuse que 100 %
C’est le point sur lequel tous les organismes scientifiques insistent, et il est plus critique ici qu’ailleurs. Un taux de 99,6 % donne envie de retirer ses lunettes « juste pour le maximum ». Le filament de photosphère qui subsiste reste environ dix mille fois trop lumineux pour laisser apparaître la couronne solaire, et largement suffisant pour brûler la rétine. Sans douleur, et de façon irréversible.
- Utiliser exclusivement des lunettes certifiées ISO 12312-2, en parfait état, sans rayure ni perforation
- Se méfier à l’achat : la Société astronomique de France alerte sur les contrefaçons, et les stocks se tendent à l’approche de la date
- Proscrire lunettes de soleil, verres fumés, disques compacts, radiographies et filtres improvisés
- Pour photographier : filtre solaire de densité optique supérieure ou égale à 5 sur l’objectif, jamais de visée directe
- Avec des enfants : projeter l’image du Soleil sur un carton à travers une passoire ou un sténopé, sans jamais regarder l’astre
La prochaine totalité approchable depuis la France se produira le 2 août 2027, avec une bande traversant l’extrême sud de l’Espagne et l’Afrique du Nord. Pour une totalité visible depuis Paris, le rendez-vous est fixé au 3 septembre 2081.
Pensez donc à sortir vos lunettes mercredi soir, même si vous n’avez pas pu vous déplacer jusqu’en Espagne, vous n’êtes pas prêts d’en revoir de si tôt !
Crédit image de mise en avant : Explore Ocean




