Malgré les sanctions économiques, Chinois et Américains continuent de travailler sur ce projet vital pour Pékin : le méga-champ pétrolier de Penglai

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Ce géant chinois dont vous ignorez probablement jusqu’à l’existence vient de franchir un nouveau palier au large des côtes chinoises.

Le 6 août 2026, CNOOC et son partenaire historique américain ConocoPhillips ont annoncé la mise en service complète de la Phase 5 du méga-champ pétrolier de Penglai, en mer de Bohai.

Deux nouvelles plateformes de têtes de puits, quatre extensions, 91 puits supplémentaires et une plateforme électrique flambant neuve à 220 kilovolts (la plus puissante jamais déployée en offshore chinois).

Le complexe totalise désormais 19 plateformes offshore et un navire de production. Un mastodonte industriel qui en dit long sur la course chinoise à l’indépendance énergétique.

Lire aussi :

Le Chinois CNOOC a annoncé la mise en service complète de la Phase 5 du méga-champ pétrolier de Penglai en mer de Bohai.

Vingt-cinq ans que Penglai coule à flot

En décembre 1994, Pékin concède à ConocoPhillips l’exploration du bloc 11/05 en mer de Bohai, ce bassin fermé entre les péninsules du Shandong et du Liaodong, à 235 kilomètres au sud-est du grand port de Tianjin. Cinq ans plus tard, en 1999, les géologues américains tombent sur ce qui deviendra Penglai 19-3, le premier des trois champs qui composent aujourd’hui le complexe. Bingo : le gisement se trouve sous seulement trente mètres d’eau, en zone offshore peu profonde, avec des réserves colossales et une géologie complexe mais accessible.

Le pétrole coule pour la première fois en décembre 2002. Depuis, il n’a jamais cessé de couler. Cinq phases successives d’expansion ont progressivement musclé le champ, chacune ajoutant sa dizaine de plateformes et ses centaines de puits, pour un investissement cumulé qui dépasse largement le milliard de dollars.

Au premier trimestre 2024, le site avait accumulé plus de 500 millions de barils depuis 2002, de quoi couvrir les besoins énergétiques de base de 200 millions de personnes pendant une année entière.

Un détail à noter au passage : en juillet 2014, ConocoPhillips avait discrètement transféré à CNOOC le statut d’opérateur du champ, gardant ses 49 % mais laissant les Chinois piloter au quotidien. Une bascule symbolique du savoir-faire.

La Chine vient de battre un record mondial avec 3 ans d’avance sur l’Europe grâce à ce « monstre » de 25 000 tonnes pour convertir l’électricité des éoliennes offshore

Voici la carte d’identité du monstre en 2026 :

Caractéristique Valeur
Localisation Bloc 11/05 en mer de Bohai, 235 km au sud-est de Tianjin
Découverte 1999 par ConocoPhillips (concession signée en 1994)
Profondeur d’eau Environ 30 mètres (offshore peu profond)
Actionnariat CNOOC 51 % (opérateur depuis 2014), ConocoPhillips China 49 %
Plateformes et FPSO 19 plateformes offshore et un FPSO de 300 000 tonnes (un des plus gros au monde)
Pipelines sous-marins Plus de 70 kilomètres
Production cumulée Plus de 500 millions de barils depuis 2002 (au T1 2024)
Pic Phase 5 Environ 29 800 barils par jour prévu en 2027
Électrification Power from Shore à 220 kV, la plus puissante offshore en Chine
Éolien pilote 4 turbines offshore, 34 MW installés depuis novembre 2022

De l’éolien pour extraire du pétrole ?

Point curieux du dossier. Depuis novembre 2022, Penglai fonctionne partiellement grâce à un petit parc éolien offshore de quatre turbines pour 34 mégawatts installés. Assez pour couvrir jusqu’à 30 % des besoins électriques du champ. La nouvelle plateforme électrique Power from Shore installée en 2026, avec son système à 220 kilovolts, permet en plus de brancher directement les plateformes sur le réseau national via des câbles sous-marins. Fini les groupes électrogènes diesel qui tournaient jour et nuit, place à l’électricité verte du continent.

Pékin utilise donc de l’éolien pour extraire du pétrole, dont la combustion aval va générer des millions de tonnes de CO2. Un grand écart environnemental parfaitement assumé par les Chinois. Ils distinguent nettement la décarbonation des opérations d’extraction (où ils investissent à fond) et la question du pétrole lui-même, qu’ils continuent d’accélérer. Cohérent avec l’objectif de neutralité carbone en 2060 promis par Xi Jinping, sans jamais brader les ressources énergétiques domestiques d’ici là.

Pékin ne veut plus dépendre du détroit d’Ormuz

Reste le vrai enjeu géopolitique. La Chine importe environ onze millions de barils de brut chaque jour, ce qui en fait le premier importateur mondial devant l’Inde et le Japon. Sa dépendance passe par plusieurs points de passage stratégiquement inquiétants pour Pékin : le détroit d’Ormuz (par lequel transite un tiers du pétrole mondial), le détroit de Malacca, la mer Rouge en pleine crise houthie. Autant dire que le moindre incident géopolitique dans un de ces goulots peut faire trembler les raffineries chinoises. Face à cette vulnérabilité, la réponse est simple : produire davantage à la maison, et surtout offshore, là où les réserves sont encore significatives.

La production offshore a représenté plus de 60 % de la nouvelle production de brut ajoutée en Chine sur les cinq dernières années, selon la National Energy Administration. La mer de Bohai à elle seule pèse pour 40 % de la croissance nette de CNOOC entre 2019 et 2024. La compagnie annonce d’ailleurs des objectifs de plus en plus ambitieux : 780 à 800 millions de barils équivalent pétrole pour 2026 (contre 720 millions en 2024), avec un budget d’investissement de 125 à 135 milliards de yuans, soit 17 à 19 milliards de dollars (14 à 16 milliards d’euros). Penglai n’est pas un cas isolé mais un maillon d’une offensive industrielle massive qui inclut aussi les champs Bozhong 26-6 (mis en service en 2025), Kenli 10-2 (en mai 2026) et la nouvelle découverte de Qinhuangdao 29-6 avec ses 100 millions de tonnes de brut en place.

Un partenariat sino-américain à toute épreuve

Un dernier point mérite d’être signalé. La coopération CNOOC-ConocoPhillips traverse depuis plus de trente ans toutes les tempêtes géopolitiques sans broncher. Sanctions, guerres tarifaires, contentieux sur les semi-conducteurs, retour de Donald Trump avec ses menaces de droits de douane massifs contre la Chine : rien n’a interrompu le fonctionnement de Penglai. Les industriels de terrain font tourner leurs plateformes, préparent les phases suivantes, discutent des prochaines découvertes.

Il faut dire que ConocoPhillips (basée à Houston, cotée à Wall Street sous le sigle COP, cinquième major américaine du secteur) n’a aucun intérêt à casser un partenariat qui lui rapporte gros sur du pétrole conventionnel bien géré… et de son côté Pékin n’a aucun intérêt à se priver du savoir-faire d’une entreprise étrangère loyale et compétente.

La coopération se poursuit ainsi bon gré mal gré, à mille lieues des rodomontades politiques. Une leçon de pragmatisme industriel dans un monde qui semble parfois l’avoir oublié. Rendez-vous en 2027 pour le pic de production de la Phase 5, et probablement une Phase 6 déjà en gestation dans les cartons de CNOOC.

Le mégachantier Penglai n’a pas fini de faire couler l’or noir chinois, et ce ne sont pas les tweets de Donald Trump qui vont l’en empêcher !

Résumé sur le champ pétrolier de Penglai :le champ pétrolier de Penglai

Sources :

  • Offshore Energy, Latest chapter up and running at Chinese oilfield project housing 19 offshore platforms (6 août 2026)
    https://www.offshore-energy.biz/latest-chapter-up-and-running-at-chinese-oilfield-project-housing-19-offshore-platforms /
    Communiqué initial de la mise en service Phase 5, détails techniques, électrification 220 kV, parc éolien 34 MW.
  • oedigital.com, ConocoPhillips, CNOOC Put Penglai Field off China Into Full Operation (7 août 2026)
    https://www.oedigital.com/news/541884-conocophillips-cnooc-put-penglai-field-off-china-into-full-operation
    Précisions sur la Phase 5, contexte industriel, plateforme Power from Shore.
  • ConocoPhillips China, Upstream Exploration & Production
    https://www.conocophillips.com.cn/what-we-do/upstream-exploration-production/
    Historique de la découverte de 1999, transfert d’opération à CNOOC en 2014, production cumulée >500 millions de barils au T1 2024.
  • NS Energy Business, Penglai Oil Fields, Bohai Bay, Offshore Northeast China
    https://www.nsenergybusiness.com/projects/penglai-oil-fields-bohai-bay/
    Chronologie détaillée des phases 1 à 4, superficie du bloc 11/05, capacités des FPSO Ming Zhu et Peng Bo.

Image de mise en avant : Champ de Penglai ; Source : ConocoPhillips via LinkedIn

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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