Une technologie française qui fait sauter les verrous de l’e-méthanol.
La jeune entreprise française KHIMOD a annoncé le dépôt de trois nouveaux brevets et surtout la validation industrielle d’une technologie qui pourrait rebattre les cartes de la production d’e-méthanol, grâce à son unité pilote de THOR, opéré sur son site de Wissous, en région parisienne.
Petit zoom sur cette « petite » entreprise qui ne connait pas la crise et qui a déjà tout d’une grande !
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KHIMOD dépose 3 brevets dans le e-methanol
L’e-méthanol est un méthanol de synthèse produit à partir de CO₂ recyclé et d’hydrogène bas-carbone, sans recours aux ressources fossiles.
Il peut être utilisé directement comme carburant maritime, comme brique intermédiaire pour les carburants durables ou comme matière première chimique, ce qui en fait l’une des molécules clés de la décarbonation industrielle.
KHIMOD a décidé de faire fonctionner la réaction à près de 300 bars, là où la majorité des technologies plafonnent autour de 80 bars.
Cette montée en pression modifie profondément l’équilibre chimique et fait bondir les rendements.
Un seul « hic » cependant, la réaction dégage énormément de chaleur et un réacteur classique ne tient pas. Il surchauffe, se déstabilise et devient ingérable.
La réponse de KHIMOD repose sur sa spécialité.
Des réacteurs-échangeurs milli-structurés, capables d’évacuer la chaleur presque instantanément, tout en maintenant la réaction dans une zone stable et contrôlée.
La chimie ne subit plus la température, elle est pilotée.
« Avec ces brevets et les résultats obtenus par le projet THOR, nous franchissons une
étape structurante pour KHIMOD »
Des chiffres qui parlent à l’industrie
Les essais menés avec THOR sur le site de Wissous ont livré des résultats intéressants puisque la conversion du CO₂ atteint des niveaux jusqu’à trois fois supérieurs aux technologies de référence.
Le rendement catalytique change d’échelle : jusqu’à 25 kilogrammes d’e-méthanol produits par kilogramme de catalyseur, contre environ 1 kilogramme pour les procédés traditionnels, ce qui permet des unités quatre fois plus compactes.
THOR permettrait ainsi des installations plus simples à déployer, plus rapides à construire, et plus faciles à financer… des projets qui passeraient enfin du démonstrateur à un modèle économiquement viable ?
Comme le dit, Nicolas Serrie, Président de KHIMOD :
« Avec ces brevets et les résultats obtenus par le projet THOR, nous franchissons une
étape structurante pour KHIMOD. Ces performances démontrées sur le terrain, nous
permettent d’engager l’industrialisation du procédé avec ambition, tout en
conservant l’exigence et la rigueur qui caractérisent notre développement. »
Une filière e-fuels sous pression… et en attente de solutions
Cette avancée arrive au bon moment.
Le marché mondial des e-fuels est entré dans une phase d’accélération brutale, tirée par des secteurs qui n’ont pas d’alternative simple à l’électrification.
Selon les projections disponibles, le marché mondial des carburants de synthèse devrait passer d’environ 21 milliards d’euros en 2025 (24,5 milliards de dollars) à près de 57 milliards d’euros d’ici 2030 (66,3 milliards de dollars), avec une croissance annuelle de l’ordre de 22 % !
Au sein de cet ensemble, les e-fuels liquides occupent une place centrale, car ils peuvent être stockés, transportés et utilisés avec les infrastructures existantes, ce qui favorise directement l’e-méthanol.
Ce dernier a plusieurs mérites qui attirent l’industrie puisqu’il sert à la fois de carburant direct, notamment pour le transport maritime, et de molécule intermédiaire pour l’aviation durable et la chimie, dans des secteurs où l’électrification reste complexe.
L’Europe apparaît aujourd’hui comme l’un des moteurs du marché, soutenue par des politiques climatiques volontaristes, des investissements massifs dans l’hydrogène bas-carbone et des partenariats industriels qui accélèrent le passage à l’échelle.

L’industrialisation déjà engagée
KHIMOD n’a pas attendu la publication des brevets pour passer à l’étape suivante.
Deux projets industriels ont déjà été lancés, preuve que le marché ne regarde plus cette technologie comme une promesse lointaine.
Cette dynamique s’appuie sur une base financière désormais solide.
En juin 2025, l’entreprise a levé 23 millions d’euros, notamment auprès du fonds SPI de Bpifrance, du fonds de décarbonation industrielle d’Audacia, et de son actionnaire historique ALCEN.
Une brique stratégique pour les molécules bas-carbone
KHIMOD ne se limite pas à l’e-méthanol.
L’entreprise développe des technologies autour de l’e-méthane, de l’e-kérosène et plus largement du power-to-gas, toujours à partir de CO₂ recyclé et d’hydrogène bas-carbone.
Sa spécialité, les réacteurs-échangeurs milli-structurés, lui permet de répondre aussi bien aux besoins des carburants de synthèse qu’à ceux de la chimie fine, où la maîtrise thermique est souvent le facteur limitant.
Dans un monde qui cherche à décarboner sans casser ses chaînes industrielles, la promesse est claire.
Produire mieux.
Produire plus efficacement.
Et surtout, produire à l’échelle industrielle, là où beaucoup s’arrêtent encore au prototype.
Source :
- MarketsandMarkets, E-Methanol Market – Global Forecast (Taille du marché, croissance, segmentation par usage), juillet 2025
- Communiqué de presse de KHIMOD du 15 janvier 2026
Image : site de KHIMOD de Wissous




