Quand les plus petites étoiles brouillent les cartes
Depuis quelques années, les astronomes pensaient avoir compris un détail important de la « cuisine » des planètes.
Autour des étoiles semblables au Soleil, les petites planètes se rangent en deux groupes bien séparés. Les super-Terres, un peu plus grosses que la nôtre (entre 1 et 1,6 fois). Les sous-Neptunes, plus volumineuses (entre 1,8 et 3 fois la Terre) et entourées d’une couche de gaz plus épaisse.
Entre les deux, presque rien. Un vide statistique.
On a appelé cela la radius valley (en français « vallée des rayons »). Une sorte de creux dans la répartition des tailles.
Or une nouvelle étude cherche à prouver que cette vallée disparaît totalement autour des étoiles les plus petites. Comme si la règle ne s’appliquait plus.
Cela peut paraitre assez inutile pour beaucoup mais c’est en réalité une petite bombe qui vient d’être larguée sur le monde de l’astronomie.
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La radius valley n’existerait pas autour des étoiles naines rouges
pourquoi cette vallée intriguait tant les astronomes ?
Imaginez que vous classiez toutes les voitures d’un pays par taille et que vous vous retrouviez avec uniquement d’un côté les citadines (type Twingo ou Mini) et de l’autre les gros SUV (type Porsche Cayenne), sans voiture de classes intermédiaires comme les berlines (Mégane). Voilà la situation dans laquelle se trouve les scientifiques quand on parle de classification des planètes autour d’une étoile depuis des années.
Alors de toute évidence, les « berlines des étoiles » n’ont pas disparu sans raison.
Les chercheurs pensaient que certaines planètes perdaient leur atmosphère sous l’effet du rayonnement de leur étoile. Elles devenaient compactes et rocheuses. D’autres gardaient leur couche de gaz et restaient plus grosses.
Deux catégories. Deux destins.
Cette idée vient notamment d’un grand travail publié en 2017 par Fulton et ses collègues, qui a clairement montré cette séparation autour d’étoiles comparables au Soleil.
La vallée semblait être une signature naturelle de l’évolution des planètes.
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Que se passe-t-il autour des naines rouges ?
Les naines rouges sont des étoiles beaucoup plus petites que le Soleil, moins lumineuses, moins massives (entre 0,075 et 0,6 masse solaire) et très nombreuses dans notre galaxie.
Les chercheurs ont utilisé les données du satellite Transiting Exoplanet Survey Satellite, qui repère les planètes en mesurant de minuscules baisses de luminosité quand elles passent devant leur étoile.
Les chercheurs ont analysé 8 134 étoiles de masse inférieure à 0,4 fois celle du Soleil grâce aux données combinées de Transiting Exoplanet Survey Satellite et de Gaia et ont trouvé 77 planètes candidates de haute qualité pour l’étude.
Et là, surprise.
La fameuse vallée des rayons n’apparaît plus !
Les tailles des planètes forment une courbe simple, avec un pic autour de 1,25 fois le rayon de la Terre.
Pas deux groupes. Pas de creux.
Comme si, dans notre exemple automobile, les berlines moyennes réapparaissaient en grand nombre dans un village près de Paris !

Quelles planètes dominent autour de ces petites étoiles ?
| Type de planète | Nombre moyen par étoile |
| Planètes de plus d’un rayon terrestre (orbite < 30 jours) | 1,10 avec une marge d’erreur de 0,16 en plus ou en moins |
| Super-Terres | 0,954 avec une incertitude de 0,147 en plus ou en moins |
| Sous-Neptunes | 0,148 avec une incertitude de 0,045 en plus ou en moins |
| Jupiter très proches de leur étoile | ≤ 0,012 |
Pourquoi la vallée disparaît-elle ?
Autour d’une étoile comme le Soleil, la chaleur et le rayonnement peuvent « décaper » l’atmosphère de certaines planètes. D’autres y résistent. Cela donne deux catégories bien distinctes.
Autour des étoiles plus petites, les conditions sont différentes dès le départ.
Les modèles théoriques, notamment ceux de Venturini et ses collègues en 2024, suggèrent que les planètes pourraient se former avec des quantités variables d’eau et de roches, puis migrer vers l’intérieur.
Au lieu d’avoir deux familles séparées, on obtient une transition progressive, un mélange continu.
La frontière entre planète rocheuse et planète riche en eau devient floue.
La vallée se remplit naturellement.
Qu’en est-il des planètes habitables ?
La zone habitable, c’est la région autour d’une étoile où l’eau liquide pourrait exister à la surface d’une planète.
Autour des naines rouges étudiées, les chercheurs estiment qu’il pourrait y avoir environ 0,14 planète de taille terrestre par étoile dans une zone favorable large.
Cela signifie qu’une étoile sur sept environ pourrait héberger une planète de taille terrestre dans une zone potentiellement tempérée, selon une définition assez optimiste.
En revanche, les auteurs de l’étude notent qu’aucune planète n’a été clairement détectée dans cet échantillon.
Cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas mais pas dans cet échantillon.
Pourquoi cette découverte est importante ?
Les naines rouges représentent la majorité des étoiles de la galaxie.
Comprendre leurs planètes revient à comprendre la majorité des systèmes planétaires.
Si la vallée des rayons disparaît autour des étoiles les plus petites, cela signifie que la formation des planètes dépend fortement du type d’étoile et qu’il n’existe pas une règle unique valable partout.
Pour les futures observations avec le James Webb Space Telescope, cela signifie que les cibles les plus fréquentes seront probablement ces super-Terres compactes autour de naines rouges.
La fameuse vallée n’était pas une loi universelle mais une particularité des étoiles plus massives.
Comprendre la découverte sur les naines rouges en un coup d’oeil :
Sources :
- Lu, X., et al. (2026). TESS Planet Occurrence Rates Reveal the Disappearance of the Radius Valley Around Mid-to-Late M Dwarfs. arXiv. https://doi.org/10.48550/arXiv.2602.23364 [Preprint]
- The California-Kepler Survey. III. A Gap in the Radius Distribution of Small Planets
Benjamin J. Fulton, Erik A. Petigura, Andrew W. Howard, Howard Isaacson, Geoffrey W. Marcy, Phillip A. Cargile, Leslie Hebb, Lauren M. Weiss, John Asher Johnson, Timothy D. Morton
Publié le 24 août 2017 • © 2017 The American Astronomical Society. Tous droits réservés.
The Astronomical Journal, volume 154, numéro 3
Référence : Benjamin J. Fulton et al., 2017, AJ 154 109
DOI : 10.3847/1538-3881/aa80eb
Crédit image de mise en avant : NASA.




