La France abrite la 4e plus grande réserve de corail au monde et une technique électrique américaine pourrait permettre de gagner assez de temps pour la sauver

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Et si on faisait pousser les coraux… avec de l’électricité ?

Entre 2023 et 2024, plus de 80 % des récifs coralliens mondiaux ont subi un stress thermique extrême et l’état de ce dernier inquiète beaucoup les scientifiques du monde entier qui constatent qu’on ne laisse plus le temps au récif de se reconstituer.

La question n’est donc plus seulement de protéger, il faut trouver comment donner ce qui manque le plus à cet organisme si singulier : du temps pour se reconstituer.

Une technique venue des laboratoires américains pourrait leur donner un peu d’air.

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Un effondrement qui s’accélère

Les coraux ne meurent plus seulement à cause d’un choc unique. Ils n’ont tout simplement plus le temps de récupérer. Les vagues de chaleur marines se succèdent plus vite qu’autrefois, plus longues, plus intenses, sans laisser de répit entre deux épisodes de blanchissement. Cette respiration naturelle (encaisser, puis se régénérer) a disparu.

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La conséquence est dramatique : certaines colonies s’effondrent avant même d’avoir transmis leurs gènes de résistance. Les algues opportunistes prennent le relais, les structures coralliennes s’effacent, et le retour à l’état initial devient presque impossible. Les modèles climatiques les plus récents sont sans appel : même sur la Grande Barrière de corail australienne, analysée sur plus de 3 800 récifs, le déclin semble inévitable d’ici le milieu du siècle, quel que soit le scénario d’émissions retenu. La différence se joue dans l’ampleur et dans notre capacité à agir vite.

Lésion massive observée sur une colonie de corail cerveau (Orbicella faveolata) dans les Florida Keys.
Lésion massive observée sur une colonie de corail cerveau (Orbicella faveolata) dans les Florida Keys.

La France, quatrième puissance corallienne mondiale

C’est un fait méconnu : la France abrite près de 60 000 km² de récifs coralliens, soit environ 10 % de la surface mondiale. Ses 12 territoires d’outre-mer en font le quatrième pays au monde pour cette richesse. Une position stratégique, mais fragile.

Depuis 1870, plus de la moitié des récifs de la planète ont disparu. Les récifs français n’échappent pas à cette pression : blanchissement massif, espèces invasives comme l’astérie couronne d’épines, pollution côtière, sédimentation, cyclones. Selon l’Initiative française pour les récifs coralliens, plus de 60 % des récifs sont aujourd’hui dégradés aux Antilles et dans l’océan Indien, contre environ 30 % dans les territoires plus isolés du Pacifique.

Or ces écosystèmes, qui couvrent moins de 1 % des fonds marins, abritent près d’un quart de la biodiversité marine mondiale. Ils protègent les littoraux, soutiennent la pêche, alimentent le tourisme.

La France s’est engagée à protéger 100 % de ses récifs d’ici 2025. Mais comme nous l’avons vu dans l’intro, protéger ne suffit plus toujours. Il faut réparer, et des Américains ont peut-être trouvé une solution.

Champ : Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Polynésie française, La Passion-Clipperton), îles Éparses dans l'océan Indien (TAAF), Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Saint-Barthélémy, Saint-Martin), Mayotte et La Réunion.Source : Ifrecor, État de santé des récifs coralliens, herbiers marins et mangroves des Outre-mer français, 2020. Traitements : SDES, 2022
Champ : Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Polynésie française, La Passion-Clipperton), îles Éparses dans l’océan Indien (TAAF), Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Saint-Barthélémy, Saint-Martin), Mayotte et La Réunion.
Source : Ifrecor, État de santé des récifs coralliens, herbiers marins et mangroves des Outre-mer français, 2020. Traitements : SDES, 2022

Le problème de fond : l’acidification

Comprendre pourquoi les coraux dépérissent, c’est d’abord comprendre ce qui se passe dans l’eau.

Chaque année, un corail ne produit que quelques centimètres de squelette en carbonate de calcium. Une croissance lente qui repose sur un équilibre chimique précis. En absorbant le CO₂ atmosphérique, l’eau de mer devient progressivement plus acide avec pour conséquence direct que les coraux peinent à fabriquer leur squelette, tandis que les structures existantes se fragilisent et se dissolvent plus vite.

Ajoutez les maladies, les pollutions côtières et les vagues de chaleur répétées, et vous avez des récifs qui déclinent bien plus vite qu’ils ne peuvent se reconstruire.

L’électricité comme remède : l’eAE

C’est dans ce contexte qu’une équipe du NOAA Atlantic Oceanographic and Meteorological Laboratory, en collaboration avec l’University of Miami, a testé une approche inattendue : utiliser de l’électricité pour modifier localement la chimie de l’eau.

La technique s’appelle electrochemically-induced alkalinity enhancement (en français « Augmentation de l’alcalinité induite électrochimiquement »), ou eAE. Le principe est simple : un faible courant électrique est injecté dans l’eau de mer. Cette énergie déclenche une réaction chimique qui produit des ions hydroxydes, augmentant localement l’alcalinité, donc autrement dit, rendant l’eau moins acide. On crée une micro-zone chimique favorable, une sorte de bulle où les coraux peuvent construire leur squelette plus facilement et plus vite.

Dans le protocole expérimental, des fragments de coraux ont été fixés sur des plaques métalliques faisant office de cathodes. L’environnement immédiatement au-dessus de ces plaques devient alors propice à la calcification. Deux espèces ont été testées pendant 60 jours : Acropora cervicornis, un corail branchu très menacé, et Pseudodiploria clivosa, un corail massif en forme de cerveau.

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Des résultats prometteurs, avec une limite nette

Les résultats publiés par le NOAA Coral Reef Conservation Program sont encourageants — mais nuancés. Sur Acropora cervicornis, aucun effet notable n’a été observé. Sur Pseudodiploria clivosa en revanche, les chiffres parlent d’eux-mêmes : +43 % de calcification pour les petits fragments, et +53 % de croissance tissulaire.

Un détail conditionne tout : seuls les coraux entièrement contenus dans la micro-zone alcaline bénéficient du système. Dès qu’une partie du fragment déborde hors de la bulle chimique, l’effet disparaît. La technologie fonctionne… mais à l’échelle de quelques centimètres.

C’est à la fois sa limite et sa promesse. Utilisée dans les nurseries de restauration, où l’on cultive des fragments avant de les replanter sur les récifs, l’eAE permettrait d’accélérer significativement la croissance des jeunes coraux. Des colonies plus grandes, remises en milieu naturel plus tôt, sont statistiquement plus résistantes. Gagner quelques mois dans cette course peut sembler dérisoire mais dans un écosystème en train de basculer, c’est considérable (et pour le moment, notre seule solution).

L’eAE ne sauvera pas les récifs coralliens à elle seule. Elle ne peut être que locale, nécessitant pas mal de matériel et dépendante d’infrastructures dédiées. Les chercheurs du NOAA sont les premiers à le dire : restaurer ne remplacera jamais la prévention. Réduire les émissions de CO₂, limiter le réchauffement en dessous de 2 °C, protéger les littoraux… ce sont là les seuls vrais leviers à notre disposition.

L’art de sauver les coraux par l’électricité en un coup d’oeil :

Sauver les coraux par l'électricité

Sources :

  • Kiel, P.M., McConnell, M., Boyd, A. et al. Electrochemically induced alkalinity enhancement increases coral growth rates in the local microenvironment. Coral Reefs (2026). https://doi.org/10.1007/s00338-025-02791-x
  • Bozec, YM., Adam, A.A.S., Arellano-Nava, B. et al. A rapidly closing window for coral persistence under global warming. Nat Commun 16, 9704 (2025). https://doi.org/10.1038/s41467-025-65015-4
  • Ministère de la Transition écologique – Service des données et études statistiques (SDES), Les récifs coralliens (édition 2023),
    https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-mer-littoral/35-recifs-coralliens
    publication statistique présentant l’état des récifs coralliens, leur répartition géographique, leur rôle écologique et les pressions environnementales qui menacent ces écosystèmes.

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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