Pendant que les prix du diesel explosent, une alternative déjà prête reste largement ignorée en France… alors qu’elle roule depuis des années chez nos voisins.
Avec un prix du litre de gasoil à plus de 2 euros 30 dans certaines communes, on peut dire que le carburant est au centre de toutes les préoccupations des Français depuis le début de la guerre dans le détroit d’Ormuz.
Certains répondront du tac au tac que la seule solution viable à long terme serait de basculer sur du tout électrique ou au moins hybride… Ils n’auraient pas tort mais on sait que cette conversion sera encore longue et semée d’embûches dans les pays occidentaux (prix, réticence du grand public, batteries pas encore au point etc).
Une autre voie existe déjà. Elle ne sort pas d’un laboratoire futuriste et circule même sur les routes depuis des décennies : le gaz naturel.
En Europe, certains pays l’ont adopté massivement. L’Italie, par exemple, en a fait une véritable alternative au diesel, la France ne fait pas encore partie des bons élèves en la matière mais a quelques atouts dans sa manche comme on va le voir.
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La France peut-elle miser sur le bioGNV pour sortir de la crise du carburant ?
Comprendre les gaz carburants sans se perdre dans les sigles
Derrière les acronymes GPL, GNL, GNV ou GNC, il n’y a pas une jungle incompréhensible, mais une même idée déclinée en plusieurs formes : utiliser du gaz comme carburant, en l’adaptant aux contraintes de transport et d’usage :
- Le GPL (gaz de pétrole liquéfié) est sans doute le plus familier pour les Français. Il s’agit de propane ou de butane, liquéfiés sous une pression relativement faible, entre 1,5 et 7 bars. Concrètement, c’est à peu près la pression de l’eau du robinet. Il facile à stocker, facile à transporter, d’où son succès dans les bouteilles domestiques… et dans certaines voitures.
- Le GNL (gaz naturel liquéfié) repose sur une autre logique. Ici, on prend du gaz naturel, composé à plus de 90 % de méthane, et on le refroidit à environ –161 °C. À cette température, il devient liquide. Son volume est alors réduit d’un facteur proche de 600. Cette transformation permet de transporter d’énormes quantités de gaz par bateau, sans gazoduc.
- Le GNV (gaz naturel pour véhicules), lui, désigne l’usage du gaz comme carburant. Il peut prendre deux formes :
- GNC (gaz naturel comprimé) : stocké sous haute pression, généralement autour de 200 bars
- GNL carburant : utilisé surtout pour les poids lourds, avec une forte densité énergétique
Enfin, le petit dernier, le bioGNV, produit à partir de déchets organiques comme les rebus agricoles, boues, résidus alimentaires…qui peuvent être transformés en biométhane, puis injecté dans le réseau ou utilisé directement comme carburant.
Un marché mondial déjà massif mais très inégal
Le gaz carburant n’est pas une énième expérimentation. À l’échelle mondiale, il représentait déjà 19 millions de véhicules en 2015, soit environ 2 % du parc et devrait dépasser les 32,5 millions en 2026 selon Global Industry Analysts, Inc. . Ce chiffre peut sembler modeste au regard des quelques 1,645 milliard de véhicules actuellement en service mais il cache des réalités très contrastées, avec une poignée de très gros clients qui tirent ce marché.
| Rang | Pays | Nombre estimé de véhicules | Ce qui explique cette position |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | ~7 à 10 millions (2020) ; plus de 1,5 million de camions GNL (2023) | Leader mondial, très forte présence dans les bus, les flottes urbaines et les poids lourds. |
| 2 | Iran | 3,5 à 4 millions | Déploiement ancien, usage massif dans les taxis et les bus, réseau de stations dense. |
| 3 | Pakistan | 2,5 à 3 millions | Très forte diffusion via les taxis, les trois-roues et les kits de conversion. |
| 4 | Inde | Plus de 5 millions (2024) | Croissance rapide, stratégie nationale ambitieuse, objectif de plus de 10 000 stations d’ici 2030. |
| 5 | Argentine | 2 à 2,5 millions | Référence latino-américaine historique, adoption ancienne et réseau bien installé. |
| 6 | Brésil | 1,5 à 2 millions | Marché soutenu par les conversions et par la recherche d’alternatives moins coûteuses. |
| 7 | Égypte | Environ 1 million | Forte accélération récente, poussée par les politiques publiques et la conversion des flottes. |
| 8 | Italie | 0,9 à 1 million | Leader européen, réseau mature, usage installé depuis des années chez les particuliers. |
| 9 | Bangladesh | 0,5 à 1 million | Usage important dans les trois-roues motorisés et les taxis urbains. |
| 10 | Colombie | 0,4 à 0,5 million | Marché latino-américain actif, porté par les conversions et les usages professionnels. |
Source : naturalgasworld.com
L’Italie, le bon élève européen
Avec près de 900 000 véhicules GNV, l’Italie domine largement le marché européen (qui en compte peut-être 1,2 millions à l’échelle de tout le continent). Le pays s’est construit un réseau dense de stations, a soutenu la filière depuis des années et propose une alternative crédible au diesel.
En comparaison, la France fait figure de retardataire. On compte environ 39 000 véhicules GNV, soit moins de 0,8% du parc. Autant dire une goutte d’eau !
Le gaz a toutefois augmenté la taille du parc par 3 en 10 ans (12 000 en 2015) et déjà bien présent dans notre pays pour certains usages :
- les bus urbains
- les bennes à ordures
- les flottes de transport
Deux tiers des grandes villes françaises utilisent déjà du GNV ou du bioGNV pour leurs transports collectifs. Sur les trois dernières années, près de 50 % des bus vendus fonctionnent avec ce carburant.
En clair, le modèle existe… mais il reste cantonné à des usages professionnels.

La France championne d’Europe du biométhane
C’est une des paradoxes dont notre pays a le secret.
À peine 0,8% de voitures qui roulent au GNC et pourtant sur l’autre côté de la pièce, l’Hexagone a détrôné l’an passé l’Allemagne comme premier producteur de biométhane en Europe avec 15,6 TWh/an de capacités maximum, ce qui ferait 21% du total européen alors qu’elle ne possède que ne représente que 3,25% du parc automobiles roulant au GNC !
La part de bioGNC en % dans la consommation de GNC en France suit d’ailleurs une courbe exponentielle depuis quelques années :
| Année | Part de bioGNC |
|---|---|
| 2014 | 0,6 % |
| 2018 | 12,5 % |
| 2021 | 20,0 % |
| 2024 | 53,8 % |
| 2025 | 67,4 % |
Sources : data.gouv.fr
Toute l’ironie française, qui semble se spécialiser dans un domaine « vert » promis à un bel avenir mais dont le parc automobile ne suite pas.
Derrière le carburant, un enjeu industriel et géopolitique
Cette transformation ne concerne pas seulement l’écologie. Elle touche directement à la souveraineté énergétique.
Le diesel et l’essence restent dépendants de marchés mondiaux instables. À l’inverse, le biométhane peut être produit sur le territoire, à partir de ressources locales. Moins d’importations, moins d’exposition aux crises.
L’Europe l’a bien compris. Une directive impose désormais aux États de développer un réseau minimal :
- une station GNC tous les 150 km
- une station GNL tous les 400 km
L’objectif est de lever le principal frein psychologique des utilisateurs, la peur de ne pas trouver de station.
Dans le même temps, la pression réglementaire s’intensifie. Les zones à faibles émissions, les contraintes CO₂, les objectifs climatiques poussent à accélérer.
Le terrain semble prêt : la filière industrielle est présente, les réglementations suivent et le contexte internationale semble propice. Reste une dernière question, la population française serait-elle prête à rouler au gaz ?
Quelques chiffres sur le bioGNC en France :
Sources :
- Natural Gas World, Global NGV fleet reaches 29.5mn in 2020 – IGU (consulté le 20 avril 2026),
https://www.naturalgasworld.com/global-ngv-fleet-reaches-29.5mn-in-2020-igu-88803
article présentant l’évolution du parc mondial de véhicules roulant au gaz naturel (NGV), avec des données chiffrées sur leur diffusion et les dynamiques de croissance à l’échelle internationale. - Gaz Mobilité, Panorama du gaz naturel pour véhicules en France (2026),
https://www.gaz-mobilite.fr/docs/upload/doc_20260415174144.pdf
rapport détaillant le développement du GNV et du bioGNV en France, incluant les infrastructures, les usages, les acteurs du marché et les perspectives de décarbonation du transport. - data.gouv.fr, Part de bioGNV dans la consommation totale de carburant depuis 2014 (cosulté le 20 avril 2026),
https://www.data.gouv.fr/datasets/part-de-biognc-dans-la-consommation-totale-de-carburant-depuis-2014-1
jeu de données officiel présentant l’évolution de la part du bioGNV dans la consommation de carburant en France, permettant d’analyser la montée en puissance de cette énergie alternative dans le mix de transport. - PR Newswire, New analysis from Global Industry Analysts reveals steady growth for natural gas vehicles (NGVs) (22 mars 2022),
https://www.prnewswire.com/news-releases/new-analysis-from-global-industry-analysts-reveals-steady-growth-for-natural-gas-vehicles-ngvs-with-the-market-to-reach-32-5-million-units-worldwide-by-2026–301502453.html
communiqué présentant une analyse du marché mondial des véhicules au gaz naturel, avec des prévisions de croissance et une estimation du parc global attendu à horizon 2026.
Crédit image mise en avant : ENGIE





