Le recyclage des métaux n’a rien de glamour. Pourtant, c’est là que se joue une partie de l’avenir industriel européen.
Le recyclage pour Derichebourg, c’est une histoire qui remonte à 70 ans en 1956, bien avant que l’on parle d’économie circulaire. À l’époque, l’entreprise s’appelait encore Compagnie Française des Ferrailles. Son métier était simple : récupérer, trier, revendre du métal.
Au fil des décennies, le groupe a changé de dimension pour devenir le colosse qu’il est aujourd’hui. Il s’introduit en Bourse dès 1963, se développe dans le recyclage, puis élargit ses activités aux services aux entreprises. En 2007, il prend le nom de Derichebourg et accélère sa transformation.
Acquisitions, cessions, recentrage stratégique : le groupe passe progressivement d’un acteur de la ferraille à un pilier de l’économie environnementale, capable de traiter des millions de tonnes de déchets chaque année dans plus d’une dizaine de pays.
Avec le rachat du géant allemand Scholz Recycling survenu il y a quelques jours, Derichebourg se positionne désormais comme l’un des plus grands architectes du marché européen du recyclage.
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Derichebourg frappe fort en rachetant l’allemand Scholz Recycling
Derichebourg, c’est 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025. En face, Scholz Recycling pèse :
- plus de 3 500 salariés
- 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires
- 180 sites industriels
- plus de 3 millions de tonnes de métaux traitées chaque année
Autrement dit, un sacré morceau qui va devenir une brique complémentaire d u Français.
Scholz est notamment solidement implanté en Allemagne, en Europe centrale et de l’Est, des zones où Derichebourg était peu présent. En une seule opération, le groupe français élargit son réseau à des marchés industriels clés.
Derrière la ferraille, une bataille industrielle
Recycler du métal, ce n’est pas juste une affaire d’écologie. C’est devenu une question stratégique.
L’acier européen est en train de vivre une révolution. Les hauts-fourneaux traditionnels, très émetteurs de CO₂, sont progressivement remplacés par des fours à arc électrique. et ces derniers fonctionnent principalement… avec de la ferraille recyclée.
Dit autrement : plus on recycle, plus on peut produire de l’acier bas carbone.
Et la demande explose.
Dans ce contexte, contrôler des flux de métal recyclé, c’est un peu comme contrôler une mine… déjà extraite, triée et disponible. Les acteurs du recyclage deviennent ainsi des fournisseurs critiques pour l’industrie sidérurgique.
Derichebourg ne rachète pas seulement des sites avec Scholz Recycling GmbH. Il sécurise surtout des volumes, des circuits logistiques et des clients.
Un marché en pleine consolidation
Le marché mondial pesait déjà 598,7 milliards de dollars (≈ 509 milliards d’euros) en 2025. Il devrait atteindre 1 093,6 milliards de dollars (≈ 929,6 milliards d’euros) d’ici 2034, avec une croissance annuelle proche de 7 %.
Désormais on ne parle plus d’un secteur de niche mais d’un pilier industriel.
Produire de l’acier ou de l’aluminium à partir de ferraille consomme beaucoup moins d’énergie que l’extraction minière. Ce qui explique que toutes les grandes industries — construction, automobile, énergie basculent progressivement vers ces matières premières secondaires.
Aujourd’hui, 64 % du marché repose sur les métaux ferreux (acier, fer), au cœur des infrastructures et de la construction. Les 36 % restants concernent les métaux non ferreux comme l’aluminium ou le cuivre, devenus stratégiques avec l’essor des véhicules électriques et des réseaux électriques.

Cliché réalisé le 20 septembre 2013 par Kevin.B
Une compétition mondiale
Dans ce contexte, Chine, États-Unis et Europe jouent la même partition : sécuriser leurs approvisionnements sans dépendre de l’extraction minière, de plus en plus coûteuse, polluante… et géopolitiquement plus aventureuse.
Le métal recyclé est devenu une arme stratégique, et ça, la Chine l’a bien compris. L’Empire du Milieu contrôle déjà près de 80 % des terres rares et métaux critiques, et développe en parallèle son propre marché du recyclage, en forte croissance. Une double maîtrise, à la fois sur l’extraction et sur la récupération, qui lui donne une longueur d’avance.
De son côté, l’Union européenne vise 23,2 % de taux de recyclage des minerais métalliques d’ici 2030. Sur l’ensemble des matériaux, seulement 12,2 % sont issus du recyclage, avec un gain d’à peine un point en près de dix ans donc l’Europe avance… mais à petits pas
Le secteur y représente toutefois 3,5 millions d’emplois.
Et maintenant ?
L’opération doit encore être validée par les autorités, avec une finalisation attendue au second semestre 2026 pour un montant qui devrait situer entre 800 millions et 1,2 milliard d’euros.
Une fois intégrée, la nouvelle entité pourrait peser près de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec un réseau européen dense et une position renforcée sur le marché des métaux recyclés.
Sources :
- Fortune Business Insights, « Marché du recyclage des métaux » (05 mai 2026)
https://www.fortunebusinessinsights.com/fr/metal-recycling-market-104562
Étude de marché détaillant la taille, la croissance et les perspectives du secteur mondial du recyclage des métaux. - Wikipédia, « Derichebourg » (consulté en avril 2026)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Derichebourg
Présentation de l’entreprise française Derichebourg, ses activités dans le recyclage et les services environnementaux, ainsi que son positionnement sur le marché.
Image de mise en avant : l’immeuble du 117 avenue du maréchal Michel Bizot, Paris 12e arr., siège de la société Derichebourg




