L’Europe devrait s’inspirer de la Chine qui a été capable de sortir de 0 en moins d’un an le premier centre de données sous-marin à grande échelle de l’Histoire

Date:

Au large de Shanghai, près de 2 000 serveurs viennent d’entrer en service dans des conteneurs étanches posés au fond de la mer.

Alimentés par les éoliennes offshore qui les surplombent, ce centre de données sous-marin est refroidi par l’eau de mer. Il a été mis en service la semaine du 12 mai 2026 après plusieurs mois d’essais.

Coût total : 226 millions de dollars. Première mondiale opérationnelle pour ce type d’installation à grande échelle.

L’annonce survient alors que le problème de l’impact environnemental des centres de données est au centre de toutes les attentions et Amazon vient tout juste de signer avec Veolia pour recycler les eaux usées du Mississippi afin de refroidir un des siens.

La Chine a choisi pour sa part avec ce centre de données de Lingang de carrément se passer d’eau douce !

Lire aussi :

La Chine immerge ses serveurs dans la mer et n’a plus besoin d’une seule goutte d’eau douce pour les refroidir

Les centres de données, vraiment des ogres assoiffés ?

Pour commencer, avant d’accuser les centres de données de tous les maux de la Terre, un peu de recul. Les chiffres qui circulent sur la consommation d’eau des centres de données sont souvent présentés de manière assez biaisés : un gros chiffre qui fait peur, multiplié pour aligner les zéros.

Or l’eau, contrairement au charbon par exemple, n’est pas une ressource qui « disparaît ». Elle suit un cycle. Ce qui est évaporé dans une tour de refroidissement retombe ailleurs sous forme de pluie. Raisonner en stock total prélevé n’a donc qu’un intérêt limité.

Ce qui compte, comme le rappellent si judicieusement le site Les Électrons Libres, c’est où, quand et à quelle vitesse l’eau est prélevée par rapport à son cycle local de renouvellement. Pomper dans une rivière en crue n’a aucun impact. Pomper dans une nappe phréatique en plein été dans une région aride peut être catastrophique. Le vrai problème des centres de données n’est donc pas leur consommation absolue, mais leur localisation.

Et pour le coup, c’est là que le bât blesse.

Selon un rapport de Nature Finance publié en février 2025, 45 % des datacenters dans le monde sont implantés dans des bassins fluviaux à risque hydrique élevé. 42 % des sites de Microsoft, 15 % de ceux de Google se trouvent dans des zones de stress hydrique avéré. La Virginie, qui concentre la plus forte densité mondiale de datacenters, a vu sa consommation d’eau pour ces installations passer de 4,3 à 7 milliards de litres entre 2019 et 2023, soit +64 % en quatre ans. Le problème n’est pas l’eau qu’on utilise, c’est l’eau qu’on utilise là où elle manque déjà !

Encore une nouvelle technologie spatiale qui va rejoindre le quotidien des Terriens, cette fois-ci sous l’impulsion de la Chine : la fibre de basalte

Le datacenter de Lingang change de paradigme

Le centre chinois a donc fait preuve de bon sens dans le choix de sa localisation.

Aucune tour aéroréfrigérante, aucun pompage de nappe phréatique, aucun litre d’eau potable détourné. Les serveurs sont enfermés dans des modules pressurisés posés sur le fond marin, et la chaleur qu’ils dégagent est évacuée directement vers l’eau de mer environnante via un échangeur thermique.

Un fluide réfrigérant circule dans des tubes de cuivre au contact des serveurs, capte la chaleur, devient gazeux et remonte vers la couche supérieure du module par simple poussée d’Archimède. Là, il cède sa chaleur à l’eau de mer dans un échangeur, redevient liquide et redescend par gravité dans la salle des serveurs.

Toute la boucle fonctionne sans pompe et sans alimentation électrique. C’est à peu près la chose la plus économe en énergie qu’on puisse imaginer pour évacuer de la chaleur.

L’eau de mer, elle, est une ressource quasi infinie à l’échelle d’un site. La chaleur restituée se dilue rapidement dans la masse océanique. Pas de conflit d’usage, pas d’effet sur des écosystèmes fragiles (à condition de surveiller les rejets thermiques localement).

L’autre soif des centre de données : l’électricité

L’eau n’est qu’une moitié du problème. L’autre moitié, c’est l’électricité. Un centre de données, c’est d’abord une infrastructure qui carbure au mégawattheure. Un site français de 10 000 m² consomme à lui seul autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants, et près de la moitié de cette consommation ne sert même pas aux serveurs : entre 30 et 40 % part dans les systèmes de climatisation et de ventilation. Le poste énergie représente à lui seul 54 % des dépenses d’un centre de données.

Au niveau mondial, la filière du numérique pèse environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre, et les centres de données concentrent 25 % de cette empreinte. La France compte 264 centres de données sur son territoire, dont 43 % concentrés en Île-de-France.

Aux États-Unis, on en dénombre environ 2 700. Le Parlement français table sur une croissance annuelle de 21 % de la demande pour les centre de données classiques jusqu’en 2040, et 35 % pour les hyperscale, ces installations géantes qui pèsent à elles seules plusieurs centaines de mégawatts.

Le centre de données de Lingang fait encore une fois un choix intelligent puisque, branché directement sur les éoliennes offshore qui le surplombent, il évite toutes les pertes de transport et n’entre pas en concurrence avec les autres usages électriques de Shanghai.

Du papier blanc à la production commerciale en quelques mois

L’accord-cadre du projet a été signé en juin 2025 entre le comité administratif de la zone spéciale de Lingang, le groupe d’investissement local et HiCloud Technology. La construction a été bouclée en octobre 2025, la phase d’essais a été validé début 2026 pour une mise en service complète mi-mai 2026. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est du rapide !

Le centre de données a démarré avec un démonstrateur de 2,3 MW, avant de monter en charge jusqu’à 24 MW. Les modules abritent près de 2 000 serveurs, dont des clusters GPU fournis par China Telecom et le spécialiste local LinkWise.

Les chiffres qui font réfléchir l’industrie occidentale

Voilà où les choses deviennent vraiment intéressantes. Le centre de données de Lingang affiche un PUE (Power Usage Effectiveness, le rapport entre l’énergie totale consommée et celle utilisée par les serveurs) de 1,15. Un centre français moyen tourne à 1,36, un centre de données classique mondial autour de 1,5. Plus le PUE est bas, plus la part d’énergie « gaspillée » dans le refroidissement et l’infrastructure est faible.

Avec un tel ratio, le modèle de Lingang semble moins fou qu’il en a l’air !

Au passage, le développeur HiCloud revendique une consommation électrique réduite de 22,8 % par rapport à un centre de données terrestre équivalent, 0 litre d’eau douce consommé, et une emprise au sol diminuée de plus de 90 %.

La France devra mettre les bouchées doubles pour rattraper la Russie qui avance vite sur cette technologie dans le nucléaire civil : le réacteur rapide refroidi au plomb

Microsoft avait essayé, mais avait jeté l’éponge

L’idée n’est pas nouvelle. Microsoft avait lancé en 2015 le projet Natick au large de la Californie, puis en 2018 au large des îles Orcades, en Écosse. Une capsule étanche contenant 864 serveurs, immergée pendant deux ans. Les résultats étaient au rendez-vous avec un taux de panne huit fois inférieur à celui des serveurs terrestres, grâce notamment à l’absence d’humidité fluctuante, d’oxygène libre et de vibrations.

Microsoft avait pourtant abandonné le projet en 2024, sans déploiement commercial. La raison officielle n’a jamais été clairement explicitée : sans doute un mélange de coûts d’ingénierie, de complexité de maintenance et de calcul stratégique. La Chine, elle, vient de franchir le pas que Redmond n’a pas voulu faire.

Reste à voir si l’avantage tiendra dans le temps. Les défis techniques d’un centre de données sous-marin sont déjà connus sur le long terme : corrosion par les sels marins, étanchéité longue durée sous pression, fiabilité des câbles sous-marins, et surtout maintenance quasi impossible sans intervention d’équipes spécialisées en plongée ou en robotique. HiCloud parie sur des modules scellés, du monitoring à distance et une redondance massive pour limiter les remontées.

L’avenir nous dira si le modèle est viable économiquement sur le temps long mais on ne pourra pas en vouloir à la Chine d’avoir essayé !

Sources :

  • People’s Daily Online, China advances major industrial and technological projects  (31 mars 2026)
    https://en.people.cn/n3/2026/0331/c98649-20441982.html
    Article présentant les avancées de grands projets industriels et technologiques chinois, avec un focus sur les capacités d’innovation et les ambitions stratégiques du pays.
  • Hellio, Tout savoir sur la consommation d’eau des data centers (24 février 2026)
    https://www.hellio.com/actualites/conseils/consommation-eau-data-center
    Synthèse complète sur la consommation d’eau des datacenters mondiaux : chiffres AIE, technologies de refroidissement, stress hydrique et leviers d’optimisation.
  • Hellio, Zoom sur la consommation énergétique d’un data center (24 février 2026) https://www.hellio.com/actualites/conseils/consommation-energie-data-center Décryptage de la consommation électrique des datacenters français et mondiaux : poids du refroidissement, PUE moyen français à 1,36, croissance attendue de la demande.
  • Les Électrons Libres, La gestion de l’eau, c’est pas sourcier ! (27 juin 2025)
    https://lel.media/la-gestion-de-leau-cest-pas-sourcier
    Article de référence pour comprendre la différence entre stock et flux d’eau, et pourquoi les chiffres globaux de consommation d’eau ne disent pas grand-chose sans contexte local et temporel.

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Un seul navire en France est digne en 2026 de recevoir le label Pavillon Bleu et grâce à lui vous pouvez découvrir ce genre...

Troisième titre d'affilée pour le catamaran d'Hendaye.   Sur les 485 sites français labellisés Pavillon Bleu en 2026, il y...

La France devra mettre les bouchées doubles pour rattraper la Russie qui avance vite sur cette technologie dans le nucléaire civil : le réacteur...

À Seversk, la Russie coule le béton du réacteur nucléaire le plus original au monde. À 3 500 kilomètres...

Le Concorde pourrait un jour être « ringardisé » par un de ces projets qui revendiquent l’héritage du mythique avion franco-britannique

Le monde regorge d'acteurs privés prêts à tous les risques pour trouver un remplaçant au mythique avion franco-britannique. Le...

Encore une nouvelle technologie spatiale qui va rejoindre le quotidien des Terriens, cette fois-ci sous l’impulsion de la Chine : la fibre de basalte

Pour arrêter la désertification, la Chine se sert maintenant du textile qui a planté son drapeau sur la...